Louis Fouché, médecin anesthésiste, auteur et conférencier

Publié le 25 mars 2024, par Katia Crabé

Temps de lecture : 65 min

Présentation de Louis Fouché, médecin anesthésiste, auteur et conférencier
Interview de Louis Fouché
Le Nouveau Monde selon Louis Fouché
Le portrait chinois de Louis Fouché

Photo de Louis Fouché, interviewé pour le podcast de Katia Crabé

Katia : Louis Fouché est une des personnalités engagées qui m’inspire le plus. J’ai beaucoup
de gratitude à son égard parce que comme pour beaucoup, il a été un phare pour moi durant ces 4 dernières années de tempête. Si je devais le décrire en un seul mot, je dirais que c’est un humaniste avec un grand H. J’ajouterais : un altruiste, un créatif culturel et un gardien du vivant. Il fait partie de ceux qui sont prêts à tout perdre et à risquer leur vie pour préserver notre intégrité et notre liberté de consentir. Il ne fait pas un métier à risque, quoi que. De formation médecin anesthésiste réanimateur, il est aujourd’hui, auteur et conférencier. Il a écrit 3 livres que je vous recommande. Souvent, je me surprends à dire qu’il est un prophète ou un visionnaire. Je me souviens parfaitement bien de ce jour de mai 2021 où d’une lucidité déconcertante, il m’annonçait ce à quoi nous allions être confrontés dans les mois à venir. Il ne me donnait pas à entendre ce que j’avais envie (ou besoin) d’entendre pour me rassurer mais ce qui relevait d’une vérité glaçante. Je l’en remercie, il m’a permis de me préparer ce que j’allais vivre de traumatique quelques mois plus tard, en septembre 2021.J’ai rarement rencontré quelqu’un avec pareille culture et capacité de résilience. Malmené, maltraité par les médias, par ses pairs, il garde le même cap depuis mars 2020 et dénonce sans relâche avec intelligence, les dérives d’une société en perdition. Il ne fait pas que dénoncer, il est force de proposition. Louis a cette capacité de transcender les pires évènements pour en faire des occasions de réflexion et d’évolution de notre condition humaine. Parce que ce qui l’anime, c’est la permaculture (humaine), la créativité, le beau, l’humain, le fait d’être en lien et la co-création. Chacune de ses prises de parole est salutaire. Il aspire à un monde plus juste, plus éthique, plus en humanité. Comment pourrait-on lui en vouloir de cela ? Sans plus tarder, je vous invite à découvrir Louis et à vous immiscer dans notre conversation. Installez-vous confortablement. Bonne écoute.

Katia : Bonjour Louis

Louis : Bonjour Katia, je suis un peu ému par votre texte. C’est très flatteur et en même temps, je le prends de manière simple en me disant que ces trois dernières années, elles m’ont d’abord permis à moi, avant même de penser à qui que ce soit d’autre, d’essayer de trouver le bon chemin pour moi-même, d’essayer d’être sur le fil rouge de ce qui me rend heureux et qui me donne de la joie au quotidien. Et évidemment, ça bouge, ce n’est pas tout le temps stable. Il y a des moments de colère, il y a des moments de tristesse, il y a des moments de désespérance. Et puis, il y a toujours cette petite flamme qui revient. Et j’ai été très marqué dans ma vie de lecteur par une auteure qui s’appelle Christiane Singer. Et Christiane Singer, elle fait sans concession, le constat très sombre, des dérives de notre société. Mais dans chacun de ses textes, elle met de la lumière qu’à travers toutes ces failles, toutes ces brisures qui sont en train de se passer, il y a quelque chose comme de la beauté, comme de l’amour, comme une possibilité de vrai qui s’ouvre à mesure. Et que peut-être ce processus-là de descendre tout au fond de nos boues intérieurs, de nos boues collectives est nécessaire pour aller chercher le beau, le vrai. Parce que j’essaie de vivre, donc c’est peut-être égoïste au départ. Et puis pour mes enfants aussi. Je ne veux pas du monde transhumaniste qu’on nous propose. Alors, soit je passe ma vie à me révolter derrière un écran en envoyant des Twitter, sur un réseau social, x ou y, soit je me mets au travail. Et il s’est révélé pour moi que ce travail-là, dans ces trois dernières années, il n’était pas pénible. Il n’était pas cette vision habituelle qu’on a de l’ouvrage où on passe des heures pour rien, etc. Au contraire, c’était quelque chose d’assez joyeux qui ouvrait plein de possibilités. Donc de réanimateur, j’ai commencé à faire des films, des livres, des conférences, des œuvres d’art. À réunir des collectifs et participer à d’autres. Et ça, c’était plutôt très joyeux. Moi, je ne reviendrai pas en arrière pour rien au monde. Et je n’envie pas ma vie d’avant.

Katia : À quel moment avez-vous compris ce qu’il se passait ?

Louis : Je ne sais pas très bien vous dire, parce que c’est une sorte d’éclairage à mesure, où en plus le temps est comme déjà entremêlé, déjà un peu confus sur tout ce qui s’est passé ces trois dernières années, comme si la chronique des jours avait été… insuffisamment précise pour moi. J’aurais sûrement dû tenir un journal ou une chronique, parce qu’il s’est passé tellement de choses que déjà, elles s’entremêlent et se mélangent. Et donc, j’ai beaucoup de mal à vous dire quand est-ce qu’il y a eu le premier confinement. Ça, encore, j’ai travaillé. J’ai posé des choses précises pour avoir travaillé les faits scientifiques et tout ça. Mais quand est-ce que dans les rues, il s’est passé ci ou ça ? J’ai déjà du mal à leur vous dire, à l’intérieur de moi, qu’est-ce qui s’est passé, à quel moment. Et en plus, cette prise de conscience a été à la fois douloureuse et lumineuse. Et en même temps, elle s’est émaillée de nuances, de contrastes au fur et à mesure du temps. Comme si le choc initial avait été extrêmement éblouissant, avec une image fausse, finalement, de ce qui était en train de se passer, un peu grotesque, un peu outré de ce qui était en train d’arriver à notre société. Et que plus mes yeux commençaient à s’habituer à voir à travers ça, et plus j’arrivais à voir des contrastes, des nuances, à voir que, non, bien sûr, tout le monde n’était pas corrompu. Non, bien sûr, tout le monde n’était pas méchant. Il y avait plein d’autres choses, plein d’autres finesses et subtilités à aller creuser, gratter à l’intérieur de la réalité qui était en train de nous arriver.

Katia : Parce que j’ai l’impression que vous avez pris la parole assez tôt. A quel moment avez-vous pris la parole ? La toute première fois, est-ce que vous vous en rappelez ? Celle où vous vous êtes dit, j’y vais ?

Louis : Pour le coup, je me souviens très bien, parce que c’était lié à mon travail, si vous voulez. C’est le constat de la distance entre ce qui était raconté dans les médias et ce que je vivais dans mon service de réanimation, où je prenais en charge des malades de réanimation atteints de Covid sévères. Donc, moi, je savais ce que c’était. Si vous voulez, j’avais les mains dans le cambouis, comme quelqu’un qui fait quelque chose. Et ce qui était raconté dans les médias était faux, très profondément faux. Et ce qui nous était dit par nos tutelles institutionnelles ou au niveau médical, que ce soit le ministère de la Santé, la Direction générale de la Santé, les sociétés savantes, etc., était faux aussi. Ce n’était pas ce qu’il fallait faire pour que les gens aillent bien. Et donc, je n’ai pas été le seul. J’ai agi collectivement en essayant de discuter avec nos tutelles et ça a été une fin de non-recevoir. Ce n’était pas possible. On nous a expliqué qu’on devait être le petit doigt sur la couture du pantalon quand on était dans une situation de crise. Et qu’en situation de crise, on n’écoutait pas les divergents, on ne se permettait pas de réfléchir, on appliquait le protocole. C’est quelque chose que je connais bien en réanimation, parce que la situation de crise, c’est le quotidien de la réanimation. Effectivement, au tout début, on applique un protocole. Quand vous arrivez sur un arrêt cardiaque, vous commencez par mettre en place un certain nombre de choses dont vous savez qu’elles garantissent la survie. Et pour vous aider aussi à ne pas céder à la panique, à la peur, que quand vous avez un humain devant vous qui est en train de mourir, en train de s’étouffer, ou qui n’est plus capable de circuler au niveau hémodynamique, au niveau de la circulation du sang, c’est quelque chose qui vient vous chercher de manière mimétique à l’intérieur, qui fait peur. Il vous fait peur de votre propre mort, de votre propre souffrance, de votre propre agonie, de votre propre essoufflement ou étouffement. Et donc, se rattacher à ce moment-là à des protocoles, c’est un petit peu comme se rattacher à un rituel. Un rituel contraphobique. Quelque chose qui vous aide à tenir le coup alors que tout se fragmente autour de vous. Et on a des protocoles en réanimation. ABC, Airway, Breeze, Cardiac, ce sont les principes de réanimation cardiopulmonaire qui nous aident à ne pas réfléchir, qu’on connaît par cœur. En médecine, on dit sous-cortical. Ça ne vient pas dans la couche du cerveau qui est censée analyser les choses. Mais ça, c’est très temporaire. Ça dure quelques secondes ou quelques minutes, le temps de poser les choses. Ensuite, vous réfléchissez. Vous commencez tout de suite à réfléchir et à remettre en cause le protocole. Est-ce que je ne suis pas en train de me tromper ? Est-ce qu’il ne faudrait pas faire autrement ? Quelle est la spécificité de ce malade-là, avec son histoire-là, dans son histoire clinique de ces dernières heures, de ce que me raconte l’infirmier, de ce que me raconte la médecin qui est sur place, etc. Et là, vous amendez ce que vous êtes en train de faire. Donc, il y a un processus permanent d’application d’un protocole, mais de feedback sur ce protocole, où vous le redigérez et vous le transformez. Donc, quand on m’a expliqué que non, il ne fallait surtout rien dire, et que ce n’était pas possible, là, j’ai su qu’on avait des gens qui n’étaient pas rompus à gérer l’exercice de l’urgence. Et donc, ça, ça a été tout au début, puisque c’était dès le mois de mars, on va dire, 2020. Et puis, j’ai rongé mon frein en discutant avec mes collègues. On a fait ce qu’on a pu pour soigner les gens le mieux possible. Et tout le monde a fait de son mieux, je pense, honnêtement. Je veux aussi rendre ça à tous les gens qui sont restés fascinés par ce qui était raconté par les médias ou le gouvernement. Quand même, ils ont essayé de faire le mieux qu’ils pouvaient avec leurs ressources à eux. Et je n’ai pas de pierre à jeter ou de jugement à faire. Je peux juste constater qu’à un moment, ils ont peut-être oublié, justement, de se poser, de prendre le temps, de prendre du recul et d’avoir un regard critique sur ce qui était en train de se passer. Et donc, ça, c’est au mois de mars. Et puis, durant l’été 2020, on nous a imposé d’être masqués dans le grand public, dans les rues. Et ça, pour moi, c’était extrêmement choquant. Parce que, voilà, c’est juste une évidence, que le port du masque facial n’a aucun rôle de prévention dans la transmission des infections respiratoires. Attention, je dis ça en général, mais ça ne veut pas dire que, dans certains cas particuliers, le masque ne serait pas utile. Je ne suis pas ni pour les masques, ni contre les masques. Je ne suis pas anti-masque ou pro-masque. J’essaie de savoir comment cette thérapeutique-là, à certains endroits, à certains moments, à certaines doses, peut être utile ou pas, ou toxique, ou trop toxique. Comme on le fait pour n’importe quel traitement. On fait la balance des bénéfices et des toxicités. Le masque pour les enfants à l’école, par exemple, c’est beaucoup plus toxique que ça n’est bénéfique d’une quelconque façon. Et ça, c’était quelque chose de très choquant pour moi, qui m’a poussé à dire, il faut que je parle. Il faut que je dise quelque chose. Parce que j’ai quelque chose à en dire, à la fois au niveau réanimatoire, à la fois au niveau des traitements, à la fois sur l’organisation des soins. Parce que j’avais non seulement cette casquette de réanimateur, mais cette casquette aussi de quelqu’un qui organise des réseaux de soins. Puisque c’est une autre de mes casquettes, j’étais en charge de la présidence de la commission sur la qualité dans mon hôpital. Et avant, j’avais été président d’un comité de lutte contre la douleur. Donc j’avais été en charge de justement protocoliser et mettre en place des actions concertées et collectives sur certains sujets, comme la douleur, l’amélioration qualité des services ou l’organisation de réseaux de soins, notamment de réhabilitation améliorée après chirurgie en ville. Donc, en accord entre l’hôpital et la médecine de ville et les prestataires de services en ville et tous les intervenants de santé qui pouvaient agir autour de la réhabilitation de quelqu’un qui a eu une chirurgie, par exemple, pour un cancer. Donc ça, c’est quelque chose que je connaissais très bien. Et là, en l’occurrence, j’ai vu que pour la question du Covid, ces réseaux de soins, ces parcours patients étaient absolument erronés, induisaient des blocages systémiques, mettaient des goulots d’étranglement à tous les endroits et que ce n’était ni favorable aux patients, ni au système de santé et évidemment défavorable aux autres patients qui avaient d’autres pathologies, qu’elles soient cardiaques, cancéreuses ou autres. Finalement, ça ne permettait pas à ces gens d’être soignés correctement. Et donc, j’ai vu avec effroi la destruction méthodique au fond par cette crise de notre système de santé et toute notre possibilité de prendre soin les uns des autres. Donc ça, ça m’a poussé à prendre la parole parce que je ne savais pas quoi faire autrement. C’est-à-dire qu’après avoir soigné les gens, après avoir essayé dans mon hôpital de discuter, après avoir essayé de rassembler les gens, je me suis dit, je suis seul, je suis fou, qu’est-ce qui se passe en fait ? Donc j’ai pris la parole au fond pour crier à l’aide. Pas tant pour dire ce que je comprenais ou ce que je ne comprenais pas, mais plutôt pour dire aidez-moi, est-ce qu’il y a quelqu’un d’autre qui pense qu’il y a un problème ? Est-ce qu’on veut bien se poser autour d’une table ? Et ça a été l’objet d’un premier message que j’ai envoyé dans mon hôpital en demandant à tout le monde : « Est-ce qu’on peut se mettre autour d’une table et discuter ? Parce que je pense que ça ne va pas ».

Katia : Et quelle a été la réaction de vos collègues ?

Louis : C’est assez drôle parce que vous savez, dans les grands hôpitaux comme ça, il y a une option mail à tous. En général, ça donne lieu à des trucs un peu grotesques pendant des semaines où tout le monde répond à tous, qu’il ne faut pas répondre à tous. Donc on avait déjà quelques précédents un peu célèbres dans l’hôpital, où il s’en restait des bons moments assez de rigolade collective assez importants. Donc j’ai utilisé cette option mail à tous, un peu un tabou, et j’ai reçu évidemment des mails à tous de réponses, mais aussi des mails individuels. J’ai reçu plus d’une centaine de mails me disant merci d’aborder le sujet, moi aussi je pense que ça ne va pas. J’aimerais bien qu’on en discute. Et tu as raison, il faut ouvrir le dialogue. Et ça, pour moi, c’est très satisfaisant. En fait, on est nombreux. Il y a beaucoup de gens qui se posent la question et qui ont envie qu’on essaye d’y travailler ensemble, dans une certaine bienveillance mutuelle, à ce moment où on est dans la défiance les uns pour les autres. On se met des masques, on se met des distanciations sociales, on a peur qu’on se transmette des bactéries, des champignons, des virus, on se plonge dans le gel hydroalcoolique ou à la messe, les gens ne font même plus la paix du Christ, ni quoi que ce soit, ou des choses comme ça. Ils font un petit signe comme ça, un peu ridicule. Et bon, on ne sait même plus se dire bonjour. On se donne un coup de poing à la place de se serrer la louche ou de se faire un câlin ou un bisou. Il y avait comme un appel, il y avait beaucoup de gens qui ressentaient qu’il y avait ce besoin-là. Et ça, ça a été très réconfortant pour moi et ça m’a donné de la force. Et par contre, il y a eu une dizaine de réponses, dans les mails à tous, extrêmement violentes. Pareil, qui étaient un peu inattendues, parce que mon mail n’était pas très violent. Ils étaient de l’ordre : « Va discuter avec Dieudonné ». Je ne sais pas quoi dire.

Katia : Ah oui, pour le coup, un amalgame complet avec tout plein de choses.

Louis : Moi, je parlais du Covid, je ne parlais de rien d’autres. Et j’ai rappelé et écrit à ces gens individuellement, rappelé pour ceux qui ont bien voulu me répondre, écrit à ceux qui ne voulaient pas me répondre quand je les ai appelés. Mais je voulais comprendre. Et j’ai compris que ces gens avaient peur. Il y en a certains qui étaient tétanisés. Pas peur tous pour les mêmes choses. Il y en a qui étaient tétanisés à cause du Covid. D’autres tétanisés de ce qui était en train d’arriver à notre société. D’autres qui avaient peur pour leur carrière, qui étaient en train d’être agrégés, et qu’il ne fallait pas faire de vagues, etc. Mais chacun avait peur. Et ça a été le constat initial pour moi, c’est que ça y est, notre société était remplie de peur. Tout le monde avait peur de quelque chose. Et y compris ceux qui pensaient qu’il y avait un problème. Et y compris pour moi-même, il y avait de la peur. La peur que Big Gates ait pris le contrôle sur notre système de santé. La peur que nos élites soient corrompues jusqu’à l’os et capables de vendre notre pays et de le brader à des industries pharmaceutiques ou des industries de la data. Tout plein de peurs de cet ordre-là, en miroir de celle de la peur du virus. Et ça a été le tout début de RéinfoCovid. On a commencé par faire des réunions dans la salle de staff du service avec une quinzaine de personnes et avec des objectifs très faibles au départ qui étaient : « Est-ce qu’on peut créer une commission de réflexion au sein de l’hôpital ? Est-ce qu’on peut aller faire des tracts pour les distribuer dans les services ? » Et ça n’avait qu’une ambition à échelle locale. Et puis, petit à petit, c’est devenu un peu plus que ça.

Katia : Et oui, parce qu’il y a même des antennes maintenant par le monde.

Louis : Oui, il y a des antennes partout dans le monde. C’est devenu une multinationale tout à fait étonnante, puisqu’il n’y avait pas de statut juridique ou administratif. Il n’y avait même pas une Association. Il n’y avait pas de compte en banque, pas d’argent. Ça aussi, c’est un peu étonnant. D’habitude, on se dit, tout commence par l’argent. Nous, on s’est rendu compte qu’absolument pas. Que l’argent était absolument secondaire et que ce n’était pas du tout l’enjeu d’une énergie collective qui se met en place et de la possibilité d’émergence aussi de la créativité individuelle. Ce n’était pas l’argent le frein, ni le moteur. C’était autre chose. Et donc ça, c’était un enseignement très riche. Et puis, dans une gouvernance très alternative, c’est-à-dire une façon de gérer notre collectif qui n’avait rien à voir avec un président, un trésorier, un bureau et un secrétariat, ni avec une entreprise tutélaire, ni avec une chefferie de services habituelles, avec le vieux patron à l’ancienne, dans sa blouse blanche qui lit la messe, mais dans une gouvernance partagée qui, pour moi, a été mise dès le début parce que c’est quelque chose que j’avais déjà vécu en faisant du bateau, notamment dans l’enseignement du bateau, où on part au début d’un capitaine qui est présent et qui transmet jusqu’à un équipage qui, en fait, fonctionne ensemble et qui n’a plus besoin de capitaine. En passant par le travail avec les Colibri, qui est un collectif soucieux de questions environnementales et de transformations sociétales pour lesquelles j’avais travaillé, j’avais été bénévole pendant plusieurs années, et où j’avais appris ces techniques de travail collectif. Donc ça, ça a été, la mise en pratique a été très chouette et ça aussi, ça a donné beaucoup d’énergie. J’avais essayé de le faire plein de fois à l’hôpital, dans les structures où je pouvais travailler, ça n’avait jamais marché, parce que les gens n’avaient pas la culture, ils étaient plutôt dans l’attente d’un sauveur, dans la volonté d’avoir un chef tout puissant, ou au contraire…

Livre Agonie et renouveau du système de santé de Louis Fouché

Katia : Ou dans la résistance au chargement peut-être aussi ?

Louis : Exactement, ou à crier contre le chef, parce que c’est quand même bien pratique d’avoir quelqu’un en disant « Il n’est pas assez bon », et puis quand on leur dit « Bon alors vous, faites quoi ? » « Non, on ne fait rien, il nous faut un bon chef ». C’est drôle ça, au bloc opératoire. Donc ça a été une expérience étonnante, et je pense qu’il faudra la raconter, et on n’a pas pris le temps, parce que les médias se sont chargés de la raconter d’une manière complètement caricaturale et diffamatoire et grotesque, mais les gens qui l’ont vécu, eux savent qu’il s’est passé quelque chose d’assez étonnant, et qui n’avait rien à voir avec beaucoup d’autres collectifs. Et où il y avait tout le temps, dans RéinfoCovid, cette double idée de à la fois traverser la peur, à la fois nourrir le courage, et à la fois essayer de recréer du dialogue, à la fois faire le constat, mais recréer du dialogue. Et ça pour moi, c’est un des enjeux de la transformation sociétale dans laquelle on est pris aujourd’hui, c’est que peut-être qu’il y en a certains qui voudraient tout casser, qui voudraient se révolter, descendre dans les rues, etc. Et c’est en train d’arriver. Il y a des agriculteurs qui sont tellement maltraités dans leur quotidien, et avec un tel démantèlement de notre tissu agronomique français et international, qu’il faut réagir, bien sûr. Eux sont dans la révolte. Ils sont contre le système. C’est bien, il en faut des gens qui sont contre le système. Mais c’est dur, ce n’est pas payé en retour. Ça peut finir mal. Vous prenez des coups, et il n’y a pas grand monde pour vous aider. Donc c’est vraiment un chemin très difficile d’être contre le système. Vous êtes minoritaire, vous êtes jugé fou, vous êtes traîné dans la boue. Mais en même temps, ces gens-là sont absolument nécessaires. Parce qu’ils viennent justement ébranler le système sur ses bases et dire, mais il y a un vrai problème avec notre façon de faire de l’agriculture. Et en fait, ça ne date pas d’aujourd’hui, ça ne date pas d’Emmanuel Macron, ça ne date pas du World Economic Forum, etc. Ça fait bien plus longtemps que ça que notre tissu agricole et paysan s’est délité. On sait tous, finalement, ce sont les films de Marie-Monique Robin sur Monsanto ou sur d’autres groupes. C’est comment est-ce que l’agro-industrie petit à petit a détruit l’agriculture paysanne en s’emparant des répertoires de semences, par exemple. C’est tout le travail de Vandana Shiva sur la liberté des semences et les semences paysannes. C’était le travail de Kokopelli, tout plein d’autres groupes qui se forment sur le remembrement des parcelles agricoles, qui a abouti à des énormes parcelles agricoles, où je crois que la moyenne maintenant, c’est plus de 600 hectares pour une exploitation. Vous avez un agriculteur tout seul sur une immense moissonneuse-batteuse qui fait épandre des pesticides, récolter, remettre des entrants, etc. Et qui quand même perd de la fertilité, va à perte sa production avec la survie par des aides de l’Union Européenne. Tout ce système est aberrant. Il n’y a pas de raison qu’on ne vive pas. Vous sentez que c’est un sujet assez sensible pour moi, parce que je pense qu’il est au cœur de tout plein d’autres. De notre façon de nous nourrir, de notre façon d’être ensemble, de notre façon de composer un essuie-urbain et paysans entremêlés. Et qu’aujourd’hui, la maltraitance qui a lieu auprès des paysans, elle aboutit à des suicides, en fait. Il y a un suicide par jour, à peu près, de paysans en France. Il n’y a pas de renouvellement des anciens, et ça ne va pas. Alors ça, c’est le constat de déploration. Mais il y a aussi quelque chose qui se passe en même temps, et ce sera vrai dans le monde de la paysannerie, comme dans tous les autres systèmes institutionnels qui s’effondrent aujourd’hui. C’est qu’il y a un durcissement totalitaire, autoritaire, autour d’un système unique qui serait le bon. En gros, Monsanto, vous livrerez les graines, vous auriez une application où vous programmez les épandages par drone de pesticides et d’engrais, et puis vous, vous êtes paysan tranquille derrière votre ordinateur, en train de regarder YouTube. Bon, c’est le rêve de l’agriculteur, l’agro-industriel moderne de la FNSEA, mais ce n’est pas épanouissant, ça rend malheureux, et en gros ça n’a aucun intérêt, et ça produit une nourriture toxique. Il y a ça. Et effectivement, c’est en train vraiment d’aller très fort et très vite un peu partout, avec un accaparement des terres par les multinationales semencières et les multinationales de la phytochimie. Mais de l’autre côté, il y a un foisonnement de possibles. De plus en plus de jeunes se réinstallent en agriculture paysanne sur petites parcelles. De plus en plus de jeunes, à la sortie d’études qui normalement les conduiraient à faire ça, disent non, non, nous on va bifurquer. On a tous suivi ces jeunes de AgroParisTech qui ont dit, non, non, on n’a pas envie, nous, de faire le boulot qu’on nous a appris, et de faire du greenwashing, on va faire autrement. Il y a des campus de la transition qui se sont installés, ou des jeunes qui ont fait des études d’ingénieurs ou autres, finalement vont poser des questions sur comment faire autrement, faire du low-tech, faire de la permaculture, de l’agroécologie. Toutes ces formations en agroécologie, qui ne sont pas à des niveaux industriels, justement, touchent le jardin. Aujourd’hui, dans une jardinerie que ce soit truffeau ou autre, ou bio, ou je ne sais pas quel truc, vous n’avez que des livres sur la permaculture, sur jardiner avec la lune, sur faire de l’agroécologie. Vous n’allez pas épandre pesticides et engrais en permanence sur votre jardin potager. Ce n’est pas ça la norme. On a fait un documentaire qui s’appelle « Tous résistants dans l’âme » avec Stéphane Chatry, où on est allé voir des acteurs de ces sujets-là, en se rendant compte qu’il y avait effectivement des gens plus âgés, mais il y avait aussi beaucoup de jeunes qui étaient en train de s’installer et d’essayer de réussir. Alors, personne n’a dit que c’était facile. Mon maraîcher, il est en bio, mais plutôt intensif, on va dire. Et quand je discute avec lui, il me décime le mythe des petites abeilles et des pâquerettes. C’est un métier qui est dur, qui est très dur, et qui, en même temps, est absolument nécessaire et qui est central. Donc, voilà, cette double tension, je ne sais pas si je l’ai bien décrite, d’un côté, entre un raidissement un peu univoque, où on pense tous pareil, avec des mots-clés qui font semblant que c’est bien, alors qu’on sait très bien que c’est mal. Et de l’autre côté, tout plein de possibles, avec là-dedans des choses qui vont marcher, des choses qui ne vont pas marcher. Des initiatives foisonnantes, bigarrées, qui permettent de reprendre espoir et de trouver pour chacun où est-ce qu’il a envie d’œuvrer.

Katia : C’est là, justement, où moi j’ai envie de mettre le coup de projecteur. Je fais le lien avec Frédéric et Marion, qui sont à une trentaine de kilomètres de chez moi, qui ont créé la Forêt d’Emeraudes. Je les ai interviewés il y a quelque temps. J’avais surtout interviewé Marion. Frédéric était un peu moins disponible, puisqu’il était en train de cultiver ses terres. Et j’ai quelqu’un qui m’a sollicité pour avoir plus d’informations sur la syntropie, parce que Frédéric est spécialisé dans la culture syntropique. Ce n’est pas beaucoup développé en France. On sent une volonté de faire autrement, cette culture amène l’abondance. Avec un petit bout de terrain et peu de choses, on peut nourrir je ne sais plus combien, il m’a donné les proportions. On sent en tout cas qu’il y a des choses qui s’engagent, effectivement, et qui vont plutôt dans le bon sens. Qui demandent de l’huile de coude, parce que c’est difficile, mais en tout cas, il y a une production abondante.

Louis : Ce qui est drôle, c’est qu’il y a vraiment des réticences et des résistances. On diffusait le film Tous résistants dans l’âme du côté de Marignane, et il y avait un responsable local du Parti En Marche. Alors on était intéressés qu’il vienne, parce que ce n’était pas habituel qu’on ait quelqu’un de là. Et donc il regardait, et puis à la fin on discute. Il dit « Mais combien on peut produire avec cette permaculture ? » etc. « Combien on peut être sûr de nourrir de gens ? » etc. Parce qu’on est quand même responsable, en tant que politicien, de nourrir les gens. Et ça, ça me permet d’insister sur un point très important pour moi. C’est cette idée que notre société était bâtie sur une vision du monde où il s’agirait de prédire et de contrôler. Où il s’agirait de toujours savoir qu’est-ce qui va se passer demain, plus tard. Mais, comme pour la météo, par exemple. Pourquoi vous avez besoin d’avoir la météo à 15 jours ? Ce qui compte, c’est la météo là tout de suite. Et si vous sortez et que vous regardez dehors, en général, vous l’avez. Il n’y a pas besoin d’être allé sur un site compliqué, avec des milliers de drônes, de satellites, de prises de sondes dans tous les sens, thermiques, barométriques, pour essayer de savoir ce qui se passe. Non, vous sortez, vous regardez, vous voyez bien quel temps il fait, puis vous vous adaptez. Vous mettez un K-Way vous n’en mettez pas, c’est la bonne journée pour planter, vous savez. Non, non, il faudrait qu’ on prédise tout le temps ce qui va se passer. Pour nos vacances, pour notre vie, pour notre vie professionnelle, pour notre compte d’exploitation, pour notre entreprise. Pour notre famille, pour même notre vie personnelle. Aujourd’hui, des gens sont rentrés dans une logique programmatique de leur propre existence. À tel âge, je ferai ça. À tel moment, je recevrai tant de traitements injectés, voilà, lors de mes premières années de vie, pour permettre de ne pas avoir ci ou ça ensuite. Je ferai des études comme ci, comme ça, un parcours sup me permettra de me guider et tout ça. Je prendrai une contraception pour être sûr de ne pas avoir d’enfants, de pouvoir finir mon travail et mes études, histoire d’avoir une bonne situation. Et ensuite, comme je serai trop âgé, je ferai de la procréation médicalement assistée, voire même je mettrai mes ovocytes en cryoconservation avant le début de mes études. Et aujourd’hui, ce qui est proposé par une professeure de mes amis qui dirige le centre de PMA de Marseille. Elle propose aux étudiants de faire des cryoconservations d’ovocytes en disant, bon ben voilà, quand tu seras assistante, ce sera trop tard, donc fais ça maintenant. Alors ça paraît fou, hein. Et jusqu’à la fin, arriver à quoi ? Vous mettez de côté pour votre retraite, pour votre convention obsèques, vous avez déjà prévu quelle serait la petite boîte finale dans laquelle vous serez mise, et comment le marbre sera taillé. Alors que normalement, ça c’est le boulot des enfants, c’est eux qui doivent réparer la mort, quoi. Et puis ça finit par le suicide assisté.

Katia : J’allais dire, jusqu’à peut-être la programmation de sa propre mort.

Louis : Exactement, jusqu’à la mort programmée, exactement. Et ça, c’est vraiment la crispation autour de cette programmation et de cette prédiction. C’est une crispation du contrôle, c’est une volonté du contrôle intégral. Et quand on veut contrôler intégralement quelque chose, ça s’appelle la paranoïa. L’envie que tout le monde autour de nous pense comme nous, que ça se passe exactement comme on a prévu, parce que ce serait insupportable de recevoir une contradiction ou quelque chose d’imprévu. Ça ferait trop peur. On déteste les surprises, vous savez. Parce qu’on se retrouvera à pas savoir quoi faire. Et ça veut dire que c’est à la fois une société et des personnes qui sont très instables sur eux-mêmes, qui n’ont pas d’individuation, qui n’ont pas réussi à avoir un noyau dur intérieur, qui leur permettent d’affronter cette constante transformation à laquelle ils sont soumis. Parce qu’on est soumis en permanence à une transformation, à commencer par les enfants. Les enfants voient en permanence tout changer tout le temps autour d’eux. C’est très inquiétant pour eux. C’est pour ça qu’ils cherchent des rituels, des refrains qui bâtissent, la prière du soir, le doudou du matin, le câlin de telle heure. C’est qu’au fond, tout bouge. Et puis quand leur maman s’en va, est-ce qu’elle va revenir ? Pas sûr. Et donc il y a une vraie angoisse de la perte et ces rituels de l’enfance, ils sont très importants justement pour stabiliser les choses et dire non, non, ça se passe bien, regarde. Quand même, le monde a une certaine stabilité que tu peux retrouver. Tu peux la retrouver dans les chansons, dans les refrains, dans les poésies que t’apprends, dans la journée de classe typique, qui est toujours la même. On écrit la date au tableau, etc. Il se passe ci, ça, ça. Petit moment de méditation collective, etc. La façon dont ton petit déj est agencé. Vous savez, les enfants sont en général très irascibles quand on leur change de place à table, quand ils n’ont pas du tout envie. Ça ne les amuse pas du tout. Mais pour autant, ils vont oser découvrir des choses tout le temps. Alors nous, adultes, on est comme des enfants mais en pire. C’est-à-dire qu’on n’a même plus la volonté de découvrir quelque chose ou d’accepter que ça ne va pas se passer comme prévu. Alors peut-être parce qu’on ne peut pas se rouler par terre en criant et que ça nous ferait peut-être du bien de temps en temps. Il faudrait le faire. Mais dire je ne veux pas en devenant tout rouge, ça nous éviterait de nous bouffer un ulcère ou de nous faire un cancer du côlon. Mais il y a cette volonté de contrôle. Et cette volonté de contrôle, elle est intégrale désormais dans notre société. À tel point que toute notre vie devrait être contrôlée de partout avec des assurances pour tout. Une assurance pour aller pisser, pour aller faire du ski. Une assurance pour prendre l’avion. Une assurance pour ne pas perdre ses bagages dans la SNCF. Une assurance sur tout. Vous voulez de l’assurance sur la vie. Mais ce n’est pas ça la vie. Ce pas ça. Ce n’est juste pas ça. C’est un constat. Parce que ça, c’est passer à côté de la vie. C’est vouloir être déjà mort alors qu’on est vivant.

Katia : C’est ça. Ça vient toucher à l’angoisse de mort. C’est la peur, la plus effroyable qu’on puisse avoir.

Louis : Exactement.

Katia : Vous en évoquez d’autres dans votre dernier livre, la peur que l’on puisse toucher aux enfants. Mais la peur de la mort, c’est une peur qu’on a effectivement en commun et qui nous fait avoir ces comportements de contrôle ou complètement irrationnels.

Louis : Ça vaut le coup de mettre de la clarté là-dessus avec de la conscience. Parce qu’une fois que vous avez touché du doigt le fait qu’on a peur de la mort. Ok. Qu’est-ce que je fais avec ça ? Est-ce que je peux me bâtir moi des refrains et des rituels qui ne soient pas toxiques, qui me permettent au contraire de me stabiliser à l’intérieur, mais qui m’aident à mourir au monde extérieur ? Est-ce que quand je construis quelque chose, je peux avoir d’emblée cette idée que ça doit être ouvert à la fécondation par le monde extérieur ? Je vais vous donner un exemple. Il y a un moment, avec les colibris, il y avait tout un projet qui s’appelait les oasis en tous les lieux. Les oasis étaient des habitats partagés avec certaines règles, certains invariants. L’idée de mutualiser le plus possible ce qu’on pouvait, mais pas tout. On avait aussi besoin de choses privatisées. Alors le jardin avec les jeux pour les enfants, oui, bien sûr, on peut le mettre ensemble. Mais ça, chez moi, c’est chez moi, c’est mes toilettes. Je n’ai pas envie d’avoir des toilettes collectives dans toute la copropriété. Donc, mutualiser le plus de trucs possibles. Être en éco-construction et respecter l’environnement sont des principes bioclimatiques, etc. Essayer d’avoir un impact énergétique modéré, etc. Et puis, avoir une gouvernance partagée explicite, avec des critères d’inclusion et d’exclusion qui soient très clairs, etc. Et puis, il y avait un dernier critère qui était très important, qui était, dans votre projet, est-ce que vous avez d’emblée conçu comment est-ce que vous serez ouvert sur le monde extérieur ? Est-ce qu’il y aura une boutique chez vous pour vendre des choses aux gens, aux autres gens que vous produisez localement ? Est-ce que ce sera une école qui accueillera des enfants qui viennent d’un peu partout du village ? Est-ce que ce sera peu importe, un centre culturel qui sera ouvert ? Est-ce que d’une manière ou d’une autre, vous êtes capable d’avoir le feedback du réel par les autres ? Sinon, vous êtes une secte. Sinon, vous devenez un groupe fermé sur lui-même qui devient fou parce que tout groupe fermé sur lui-même ou tout individu enfermé sur lui-même devient fou. Et sa vie est arrêtée. Il est comme dans un pas de temps qui n’est plus… L’engrenage n’est plus enclenché. Il ne se passe plus rien. Nous avons besoin de la fécondation par le réel tous les jours, en fait, tout le temps. Ça se passe tout le temps. Et quand je dis fécondation, c’est au sens propre. Je pense que ça amène une transformation et une richesse. Et en même temps, ça nous brûle. Comme le spermatozoïde va brûler l’ovocyte et se brûler au passage pour faire advenir la cellule œuf. Quelque chose qui n’a rien à voir avec l’ovocyte ou avec le spermatozoïde et qui pourtant est les deux mélangés, les deux mélangés transformés qui vont donner un nouveau petit être, une nouvelle vie potentielle. Donc ça, c’est effectivement tout l’objet de mon troisième livre sur la peur.

Livre de Louis Fouché

Katia : Vous décortiquez la peur sous toutes les coutures. C’est vrai qu’on se rend compte qu’on est régi par la peur finalement dans notre vie. On n’est pas encore né peut-être qu’on est déjà porteur des angoisses ou des peurs de nos parents. C’est vrai que j’ai vraiment pris conscience combien elle est présente dans nos vies, et comment elle peut être utilisée contre nous avec la manipulation. Et c’est comment effectivement on peut arriver à s’en dégager pour enfin se mettre en action. Cela demande un travail d’introspection, en tout cas d’abord d’aller voir à l’intérieur.

Louis : Alors vous l’avez dit, ça peut être un outil de manipulation très efficace. On voit qu’aujourd’hui qu’on est dans un gouvernement permanent par la peur et la terreur. Au fond, une terreur en succède à une autre. Aujourd’hui, les enfants qui vont à l’école sont tenus, pas seulement de faire l’alerte incendie, qu’on faisait nous aussi quand on était jeunes. On sortait tous en se tenant la main. Ça faisait deux heures, peinards. Maintenant, au début de chaque année scolaire et parfois tous les deux mois ou tous les trois mois dans certaines écoles, les enfants doivent se mettre sous un bureau et attendre dans le cas d’une attaque terroriste potentielle. Et ça, c’est ce qu’on fait vivre à des enfants au quotidien. C’est une espèce de simulation de la peur par le terroriste, la pire, celle inférieure qui vient tous nous tuer. Et où ce qui l’aurait enseigné, c’est surtout ne pas bouger. C’est bizarre. Moi, je pense que si j’avais été à la tête de 30 gamins, on aurait sauté sur le gars, on lui aurait mordu les fesses et les pieds, etc. Et on l’aurait arrêté. Parce qu’à 30, on peut facilement y arriver. Et puis à 200 dans une école, on peut très facilement y arriver. Donc, on n’aurait surtout pas attendu que le GIGN arrive un jour après qu’il ait pris en otage trois gamins. Mais bon, en plus, c’est quelque chose qui juste n’arrive pas. Donc, on est dans une terreur permanente.

Katia : Et puis, sous prétexte de vouloir les préparer à ce qui pourrait arriver, c’est en fait les exposer davantage et créer encore plus de peur et les terroriser et les sidérer au lieu de les préserver, ce que ça pourrait être si ça arrivait.

Louis : Exactement. Et puis, c’est les conditionner à l’asservissement. Le fait de les conditionner à les mettre en cas d’attaque sous une table, plutôt qu’à réfléchir à « Tiens, comment je ferais un escape game à partir de ça ? » On aurait pu le faire complètement différemment sous la forme d’un jeu. Aujourd’hui, c’est la grande mode, les escape games. Il faut sortir d’une situation de merde. Ça veut dire quelque chose sur notre société, très profondément. Partout, vous avez à vendre des escape games. On rêve tous de s’enfuir de cette situation pourrie. Elle est où la sortie ? Comment on sort de la salle ou passe partout à la clé à l’entrée du Fort Boyard ? C’est un outil de manipulation qui est fortement employé. Et de l’autre côté, vous l’avez dit, il y a un intérêt, il y a quelque chose à creuser. Parce que je ne crois pas qu’il faille se dégager de la peur. Je crois qu’il faut la traverser. Je pense qu’il faut la vivre pour de vrai. Elle nous indique quelque chose. Vous avez peur de ne pas avoir à manger l’année prochaine ? Mais vous avez raison, en fait. Vous ne savez pas faire à manger. Vous n’avez pas de copain agriculteur. Vous n’avez pas de petit lopin de terre à côté de chez vous. Vous vivez dans un immeuble au 40ème étage. Vous dépendrez. Du carouf d’à côté ou du super casino. Vous êtes fragiles. Vous n’êtes pas résilients sur la question de la nourriture. Et on vous fait manger ce qu’on veut, y compris des choses toxiques toute la journée. C’est un vrai sujet. C’est un énorme vrai sujet. Comment récupérez-vous votre autonomie alimentaire ? Comment est-ce que vous pouvez, même petitement, même au début, en mettant trois plants de framboises sur votre terrasse ou sur votre balcon ? Même juste en allant discuter avec les voisins en disant, bon, est-ce qu’en bas ? On ne ferait pas un petit quelque chose où on plante des arbres fruitiers, là, plutôt que les arbres qu’on a mis jusqu’ici ? Ce terrain-là qui est un parking. Et si on faisait trois trous et qu’on plantait des graines et qu’on fasse pousser des abricotiers, etc. ? Alors vous aurez des gens chagrins qui vous diront, ouais, mais si les fruits tombent, ce sera tout collant. C’est bon. OK. Mais il y a plein de gens qui vont dire, ah ouais, ce n’est pas idiot, effectivement. Ça existe, ça ? C’est possible de le faire ? Et vous vous rendez compte que, bah oui, c’est possible. Et que ça a déjà été défriché. Alors là, je parle des incroyables comestibles. Vous étiez alors en Angleterre au départ. Incroyables, des gens qui ont fait ça, qui ont mis dans tous les ronds-points de leur ville des arbres fruitiers, des potagers, etc. Une abondance et avec une responsabilité. L’idée que, bah oui, je deviens responsable. Je ne suis pas juste un enfant qui attend d’être nourri par le supercarouf. Je me rends responsable. Vous avez à Chicago des gens qui ont créé un supermarché coopératif où ils ont passé des accords avec les agriculteurs locaux et avec les prestataires locaux et où eux-mêmes sortent les palettes, font la caisse, etc. Et au fond, se rétribuent comme ça et rétribuent les agriculteurs à un juste prix sans avoir besoin de l’intermédiaire organisé que serait supercar ouf. À Marseille, il y a un lieu comme ça qui s’appelle supercafouch. C’est pour ça qu’un cafouch, c’est un placard mal rangé, on va dire, où on peut mettre tout ce qu’on veut, un gifoutou. Donc il y a supercafouch, mais il y a d’autres endroits où c’est en train d’arriver. Et ça, c’est très joyeux. C’est des initiatives de reprise d’autonomie qui ne sont pas tristes. Et l’idée, ce n’est pas forcément d’arriver au bout d’être complètement autarcique. Ce n’est pas du tout un but en soi d’être autarcique. Ce n’est même pas tellement un but en soi d’être autonome. L’autonomie, c’est un moyen de se mettre au contact de ce qui est vivant en nous. Un moyen pour aller chercher. À tel endroit, quand je commence à savoir faire un peu de nourriture, à avoir une toute petite récolte de quoi que ce soit, ça y est, je ne me sens plus fort. Je ne me sens plus résilient. À tel endroit, sur la question alimentaire, quand j’arrive à jeûner pendant trois jours ou à jeûner pendant une semaine et me rendre compte que ça va en fait, je suis capable de jeûner, en fait, je mangeais trop. Ça me fait même du bien de jeûner comme ça. Waouh, je suis capable de tenir une semaine sans bouffe. Waouh, il n’y a rien qui peut m’atteindre là. Et ainsi de suite. Donc ça, c’est à la fois une voie de sagesse, une voie de liberté et une voie d’empuissantement au sens de la puissance d’agir sur le monde. Il y a un penseur qui s’appelle Spinoza, dans un livre qui s’appelle L’Éthique, qui a vraiment fait de la philosophie pratique en disant mais le bon chemin, c’est ce qui nous rend joyeux, c’est ce qui nous rend plus puissant à agir sur le monde. Pas au sens où on voudrait le contrôler et le faire comme on a envie, mais au sens où on ressent les choses, on peut s’y ajuster. Et chaque fois qu’on fait quelque chose, le monde entier vibre avec nous et fait que ça advient. Notre projet, il est catalysé par le reste du monde. Tous les autres viennent nous aider à le faire. Ah, je n’avais pas d’argent, il y a quelqu’un qui me propose de m’aider. Ah, je n’avais pas de micro, il y a quelqu’un qui me propose un micro pour faire mon podcast. Et tiens, ça, ça veut dire c’est juste, je suis au bon endroit. C’est joyeux. Alors que si je galère, je lutte contre des moulins à vent, que la journée c’est dur, je me prends des vagues plein la figure. Pas sûr que ce soit le bon chemin. Peut-être qu’il faut faire autrement, quoi. Et je reviens à ce que je vous disais tout au début, c’est qu’il y a les gens qui sont contre. Il y a les gens qui sont dans le système. Ils sont profs, instits, enseignants, chefs d’entreprise. Bon, ils sont dans le système et ils essayent de survivre vaille que vaille. Ils avalent des couleuvres toute la journée. C’est très dur. Ils savent qu’une bonne partie de ce qu’ils font, ça n’a pas de sens. Et en même temps, ils sont très importants parce que parfois, ils arrivent à mettre des bâtons dans les roues. Et ils arrivent à changer d’échelle certains projets qui ont une belle possibilité, quoi. Je pense aux professeurs qui sont restés à l’école pendant le Covid. Il y en a certains qui ont dit à leurs élèves « Moi, je m’en fous du masque. Tu le mets, tu ne le mets pas. C’est ton problème. » Et eux, ils ont permis à des enfants de respirer, de ne pas être traumatisés par le masque, de prendre un certain recul dessus. Heureusement qu’ils étaient là. Parce que sinon, on aurait des enfants qui seraient… Bon, déjà, ils sont un peu tremblotants pour pas mal d’entre eux. Mais ce serait encore pire. Heureusement qu’il y a des médecins qui ont fait des faux pass, qui sont restés dans le système, qui ont fait des faux passes à des gens qui avaient besoin de travailler, de faire des stages, et qui refusaient des injections expérimentales. Chacun fait bien ce qu’il veut. Les gens qu’ont consenti, tant mieux pour eux. S’ils étaient d’accord, qu’ils étaient suffisamment informés, de manière claire, loyale et appropriée, moi, je n’ai rien à leur dire là-dessus. Je n’ai aucun jugement à porter. Par contre, pour ceux qui ne voulaient pas, il y avait une pression sociale et comme une sorte de tentative d’extorsion de consentement. Ils disaient qu’ils étaient conduits à ça et y compris s’ils n’avaient aucun bénéfice. Là, heureusement qu’il y a des médecins, des soignants, qui ont fait des faux et qui ont permis à des jeunes d’aller faire leur stage sans avoir à se dédire d’eux-mêmes et à se laisser pénétrer par un traitement dont ils ne voulaient pas. Parce que ça, c’est la culture du viol et il ne faut pas la laisser s’ancrer. On est aujourd’hui avec des mots tout le temps, répétés de lutte contre les violences faites aux femmes, etc. Mais c’est que des mots. Le réel, c’est qu’il faut le faire pour de vrai. Il faut sortir de cette culture-là.

Katia : Je fais le lien. Un ancien directeur nous obligeait à nous faire tester, alors que ce n’était pas encore obligatoire, ça ne l’était pas en début 2021. C’était des recommandations de nos chères tutelles, mais eux se sont fait un plaisir de les mettre en application. Je me souviens avoir eu extrêmement mal parce que c’est un boucher qui m’a testée. Je suis allée voir mon directeur qui m’a dit « il faut que vous trouviez la personne qui vous fasse le moins mal ». Et là, je me suis dit « mais ce n’est pas possible qu’on puisse me dire quelque chose comme ça. » C’est-à-dire, j’entends que ça vous fait mal, c’est traumatique, traumatisant, mais débrouillez-vous, ayez le moins mal possible, mais allez-y.

Louis : Et je trouve ça terrible parce qu’il y a une banalisation. Vous voyez quelque chose comme ça, une espèce de culture de vouloir rentrer dans le corps de l’autre pour essayer de le contrôler sans son consentement. Et ça rejoint cette question du contrôle et de la peur. Il y a beaucoup de gens comme ça qui étaient prêts à sauter sur les autres pour leur faire un test ou pour les vacciner. Quand on a entendu certains journalistes dire « il faudra aller chercher les non-vaccinés pour les injecter de force » et tout ça, on est dans la même idée. Ce sont des gens qui ont tellement peur qu’ils ont besoin de contrôler la personne en face. Mais c’est un tabou, c’est un interdit dans les structures anthropologiques. Je ne dois pas. Je vais le présenter autrement, il y a un tabou qui s’appelle le tabou d’indifférenciation. C’est quoi ? C’est chez François Zéritier ou Claude Lévi-Strauss qui sont des penseurs de l’anthropologie, c’est-à-dire comment l’humain habite le monde et construit sa personnalité propre et ses interactions collectives. L’idée qu’on doit être différenciés les uns des autres. Et que souvent, ce sont des paires d’opposés, de polarités qui vont s’opposer, le masculin, le féminin, le sombre et la clarté, etc. qui rejoignent un peu le Tao chinois, si vous voulez, qui ressemble beaucoup à ça. Il y a un équilibre sans cesse entre ces deux polarités qui s’entremêlent comme le Ying et le yang en permanence, mais qui ne sont pas mélangés. Vous n’avez pas le Ying et le yang gris, où l’un a pénétré l’autre, ni rien. Et ce n’est pas comme ça que ça se passe. Ce tabou d’indifférenciation, c’est pareil ? C’est qu’un adulte n’est pas un enfant. Et il aboutit au tabou de l’inceste. Je ne dois pas coucher avec mon enfant. Ce n’est pas possible. Ni avec mon père ou ma mère. Et ça, c’est une nécessité pour la survie de la société dans l’anthropologie structuraliste qui a été mise en place par Lévi-Strauss, etc. L’anthropologie structuraliste, c’était trouver les structures récurrentes, les signatures profondes des groupes sociaux qui font que ça c’est toujours là. Et donc, si c’est toujours là, c’est que c’est quelque chose, ça fait partie de la recette. Ce n’est pas négociable, en fait. Et aujourd’hui, dans le transhumanisme qui est à l’œuvre aujourd’hui, on est typiquement dans cette voie vers l’indifférenciation. Je ne sais pas si je suis un garçon ou une fille. Je ne sais pas si je suis… Et je ne jette pas la pierre aux gens. La dysphorie du genre est un problème, etc. Mais la solution n’est pas, à l’évidence, de par les résultats qu’on a, à la fois au niveau scientifique, etc., n’est pas l’indifférenciation. N’est pas devenir une sorte d’être hybride. Hybride entre la machine et l’humain. Ce n’est pas possible, ça. C’est le bout de course d’une société. Ça nécessiterait un long développement. C’est un très vaste sujet aujourd’hui. Mais vous pouvez réfléchir à ça dans notre société. Tout ce qui est du domaine de l’indifférenciation. Le public et le privé sont mélangés. L’école et la maison sont mélangés. La carrière et l’école sont mélangés. La monnaie… Bref, tout est mélangé. En permanence. Alors que normalement, il y a des secteurs. La politique et la science sont mélangés. L’économie et le politique viennent se mélanger ensemble. Normalement, ces choses-là sont différenciées. Elles se nourrissent les uns des autres. Elles ont des porosités, bien sûr. Mais elles ne sont pas la même chose dans un grand globi-boulga. Aujourd’hui, c’est le grand globi-boulga. Je pense qu’on est à un moment d’effondrement de nos structures institutionnelles. Comme de mort collective de notre façon de vivre jusqu’ici. Par mort institutionnelle, j’entends ces institutions, ces pivots, ces piliers qui étaient en charge de nous permettre de vivre ensemble. Que ce soit l’école, la monnaie, les médias, la science, l’université, la santé. Tout ça, ce sont des institutions. Voilà, c’est comme… les piliers du temple, si vous voulez. Ils sont là, ils sont stables. Et bien là, ils sont complètement déstabilisés. Ils sont en train de voler en éclats avec une indifférenciation complète et notre société ne tient plus ensemble. Dans un moment où ça ne tient plus ensemble, le réflexe de la plupart des gens c’est de se cramponner. Se cramponner à ce qu’il reste. Et le plus fort qu’ils peuvent. Comme si le bateau était en train de faire naufrage et qu’ils avaient un bout de mât dans les bras. Le mât est cassé, etc. Mais la barque est crevée. Ils sont en train d’être précipités sur les rochers et pourtant ils se cramponnent à ce morceau-là et ils ne veulent pas sauter à l’eau, ils ne veulent pas oser faire autre chose parce que tant qu’ils tiennent le truc, ça va, je suis encore sur le bateau.

Katia : Alors comment est-ce qu’on peut aider ces gens-là ? Et comment est-ce qu’on peut aider ceux qui sont dans la peur à sortir de la peur ?

Louis : Alors, moi j’ai un peu renoncé à aider qui que ce soit au sens où il y a une grande attente en général d’une aide extérieure. Il est écrit, Aide-toi et le ciel t’aidera. Donc je crois que déjà si on s’aide soi-même, c’est déjà pas mal. C’est déjà un gros travail. Que si on a du mal à s’aider soi-même, aider les autres … C’est un chemin pour comprendre sa mission de vie et sa quête de vie. Effectivement, c’est difficile de savoir ce qu’on vient foutre sur Terre. C’est une question spirituelle profonde. Qu’est-ce que je suis venu faire là ? Pourquoi je traverse cette vallée de larmes et de souffrances qui dure encore pas assez longtemps ? Je voudrais vivre encore plus vieux pour souffrir un peu plus. Bon, pourquoi ? Et à tel point qu’il y a des gens qui renoncent de suicide, c’est ça. Parce que ça n’a pas de sens. Je ne sais plus à quoi ça sert, etc. Et c’est vrai que le fait de se remettre en lien avec d’autres permet tout de suite de retrouver une sorte de sens. Tout de suite de retrouver un élan vital, comme un partage d’amour qui nous redonne cette impulsion initiale qu’on avait reçue à la naissance peut-être. C’était l’impulsion du père et de la mère dans la confusion ou dans le bonheur qui se sont dit, c’est l’étincelle, vas-y, fais ton chemin. On la retrouve à chaque fois qu’on célèbre quelque chose ensemble. On fait la fête, on boit un coup, une célébration rituelle ensemble, quelle qu’elle soit. Ça peut être un bal populaire comme d’aller à la messe. Au fond, c’est re un afflux d’énergie pour aller affronter la vie. Et donc ça, c’est très important à comprendre. Pour moi, ce serait une des premières choses à reprendre à titre personnel, c’est ces moments collectifs de célébration joyeuse qui, en plus, ancrent dans les lieux où ils sont faits, cette joie. Alors peut-être que c’est un peu éthéré pour les gens, là je vais essayer de m’expliquer. En termes d’énergie ? Ouais, si vous passez à côté d’une prison, même si la prison est vide, même si elle est désaffectée, la pierre est marquée des souffrances de cette prison. Les lieux sont marqués, les gens qui visitent Treblinka ou Auschwitz le savent. La terre, profondément, est marquée. Si vous allez près d’une école moderne dont l’architecture est carcérale pour une bonne partie d’entre elles, vous savez, les lycées Jules Ferry, quoi, avec des grilles partout, etc. Vous sentez que ça ne va pas non plus, quoi. Par contre, vous allez dans une école d’antan avec les platanes dans la cour, le toboggan, le préau, des dessins d’enfants partout, les cartes et tout. Vous êtes replongé dans cette ambiance-là et dans la joie de cette ambiance-là aussi. À la fois d’apprentissage, d’une sorte de leçon de sagesse quotidienne, de vie collective difficile, de bagarre, etc. Vous êtes replongé dans ça. C’est présent, même s’il n’y a plus d’enfants. Et bien c’est pareil. Dès que vous faites quelque chose à un endroit, vous allez charger cet endroit de cette énergie, de cette vitalité ou de cette tristesse et de ce côté sombre de ce que vous, vous ritualisez. Donc, quand vous célébrez tous ensemble un truc glauque, c’est terrible, on va tous se faire bouffer par Klaus Schwab, etc. On va tous mourir sur Internet. Vous chargez l’Internet de cette charge-là.

Katia : Ça crée des égrégores négatifs.

Louis : Exactement. Alors, moi, j’essaie de trouver des mots qui soient entendables pour beaucoup de gens parce qu’égrégore, énergie, dans le monde dont je viens, de médecine réanimatoire, on peut vous dire que vous êtes tout de suite catalogués gros barrés. Mais je veux essayer de le faire ressentir de manière sensible, palpable. C’est juste sensible. C’est une réalité sensible. Il n’y a pas besoin d’explications. Et ça, ça donne une clé très importante. Si vous faites un bal populaire au village, vous allez tout de suite recharger votre village d’une force. Si vous faites tout de suite un bar du coin sympa, où les enfants sont invités, les personnes âgées, etc. Pas juste un bar à poivreaux délabrés. Tout de suite, ça va être avec le PMU, etc. Non. Si vous faites un truc beau, où vous mettez des fleurs, il y a de la beauté, vous chargez le lieu de ça, ça y est, vous avez créé une pile de recharges pour tous les gens qui vont y venir. Et c’est très facile. Ce qui est fou, c’est que cette capacité collective qu’on a, elle a été complètement subvertie. Vous le savez déjà, il est écrit que les marchands du temple doivent être chassés. Pourquoi ? Parce qu’à côté du temple, il y a toujours des marchands qui viennent sucer l’énergie du temple. À côté du Mont-Saint-Michel, il y a des gens qui vous vendent des crêpes et des frites et des souvenirs chinois. À côté de tous les endroits où il pourrait y avoir de l’énergie collective, que ce soit Notre-Dame-de-Paris ou autre, il y a cette utilisation de l’énergie à des fins mercantiles, à des fins sombres, à des fins de pouvoir ou tout ce que vous voulez. Donc c’est pareil, c’est l’Ying et le Yang, c’est consubstantiel, on pourrait dire. C’est presque nécessaire. Ça veut dire, vous savez d’emblée que quand on vous réunit à 50 000 dans un stade, il va y avoir de la joie, on va être content d’être ensemble, on va regarder l’OM et tout. Mais vous avez des gens qui vont faire des milliards là-dessus, tellement il y a d’énergie qui est développée par cet égrégore positif qui a été créé ensemble. Et à tel point, ils vont finir par dégrader tellement l’égrégore qu’à la fin aller au stade, en fait, ça donne la nausée. Alors pas à Marseille, c’est familial et sympa. Pour beaucoup de gens, c’est toujours un rituel sympa, mais ils se font sucer leur énergie. Pareil pour un concert ou pour quelque chose comme ça. Donc ça, c’est peut-être une première clé. Organiser de l’événementiel collectif, joyeux, avec de la beauté, de la poésie. Le décompte sur le Covid, c’était terrible, ils vont tous nous bouffer. Vous allez créer un égrégore négatif, vous allez charger le lieu où vous le faites de négativité. Donc d’emblée, réfléchissez à cet équilibre. Comment faire pour dire les choses ? Il ne s’agit pas d’être une autruche. On ne fait pas semblant, on regarde la peur en face. On regarde le monstre droit dans les yeux.

Film de Fabien Moine : Suspendus ... Des soignants entre deux mondes

Katia : Mais on ne va pas se tétaniser devant.

Louis : Exactement. Et en le regardant dans les yeux, on se rend compte qu’on a passé notre temps à le sur flatter, qu’on lui a mis des griffes, des crocs immenses, des ailes gigantesques, etc., des écailles imperçables. Mais dès qu’on regarde de près, tiens, maintenant, il y a des trous entre les écailles. Il a des yeux immenses, mais en fait, il est myope, il est borne, il voit à peine. Puis je suis trop petit pour lui, donc il n’arrive même pas à me voir. Puis au fond, il n’est pas si grand que ça. Puis moi, dès que je me mets avec d’autres, j’ai l’impression de grandir et le monstre devient plus petit. Ça aussi, c’est assez intéressant à constater. C’est ce qu’on a fait pendant le Covid, quand on s’est assemblés pour donner une parole scientifique, citoyenne, artistique, avec des témoignages, avec de l’art, avec de la science. C’était pour nous donner à nous-mêmes de la force et se rendre compte qu’en face, la propagande était assez grotesque. Et qu’on était capable de la concurrencer assez facilement, d’ailleurs. Sans argent, sans aucune organisation précise. On a réussi à faire que les gens étaient au courant et que tous ceux qui ont voulu être au courant, ils ont été au courant. Là, c’est très réjouissant pour moi.

Katia : Et qu’est-ce qui vous a aidé à tenir bon, ces quatre dernières années ?

Louis : Ma femme. Ma femme et mes enfants. Non, vraiment, c’est-à-dire que je pense qu’il y a d’une part les ressources intérieures propres de chacun et je crois qu’un certain nombre de personnes qui ont réussi à tenir bon, ont réussi à tenir parce qu’eux, ils avaient déjà traversé des choses difficiles. On n’est pas des petits lapins tout neufs et innocents. La plupart d’entre nous avons déjà vécu des choses, alors pas forcément terribles, je veux dire, mais des épreuves initiatiques d’une manière ou d’une autre. Et moi, j’en ai vécu plein. Des confrontations à la mort, des confrontations à la peur, des confrontations à mes insuffisances. La pression d’être dépassé, ça m’est arrivé tout le temps. Donc j’étais déjà un peu rompu à l’exercice, on pourrait dire. Et il s’est trouvé qu’au moment du Covid, toutes les compétences que j’avais assemblées pendant ces années, qui me semblaient disparates, ne pas forcément avoir de correspondance les unes avec les autres, sur, d’un côté, les questions de gouvernance, d’écologie, de management d’équipe, d’autre côté, des questions scientifiques, médicales, d’autre côté, des questions statistiques, biostatistiques, de l’autre, des connaissances sur la permaculture, etc. Tout ça paraissait très épart, c’est ne pas forcément avoir de lien les uns avec les autres. Au moment du Covid, tout ça a été mis ensemble pour que ce soit utile. Et c’est là où moi, je pouvais me réaliser, en fait, vraiment donner ce que j’avais à donner, et puis prendre aussi beaucoup de choses. Moi, j’ai énormément appris. J’ai fait plein d’erreurs et appris pendant ce temps-là. Ça, c’est les ressources intérieures, et la confrontation au réel, envisagée à chaque fois comme l’idée, je vais me frotter au monde, et ça va me poncer. Ça va me poncer l’escorie. Je vais maigrir. Je vais avoir moins de pensées parasites, etc. Et avec ce parti pris-là, dès le départ, de ressentir et de m’ajuster. Ce n’est pas vouloir contrôler et prédire. Je n’avais pas de but précis à la fin. Je ne voulais pas changer le monde, ni quoi que ce soit. Je voulais ressentir ce qui était en train de se passer, et essayer de trouver la juste place où je pouvais être utile. Et arriver à y vivre. J’ai souvent dit ça aux gens qui étaient très en colère et qui voulaient en découdre. Mon grand-père, qui était général de corps d’armée, m’avait dit, l’important, ce n’est pas de vaincre l’ennemi. L’important, c’est de survivre. Et moi, je pense que l’important, c’est de vivre pour de vrai, ou de supervivre. Survivre, on pourrait le voir comme ça. Parce qu’on vit plus fort, on vit plus dense ces dernières années. Ça ne veut pas dire que c’est confortable. Ça ne veut pas dire que c’est facile. Mais il y a du chemin. Il se passe quelque chose. Et souvent, quand on croise des collègues ou des amis qui, eux, sont restés un peu piégés dans tout ce qu’on leur a raconté, les médias et le gouvernement, on se dit, bah, waouh, on est plus dans le même monde, quoi. Clairement. On n’est plus au même endroit du chemin. Chacun son moment, hein. Mais… Voilà, moi, j’en suis plus au même endroit, quoi. Et ça n’empêche pas qu’on peut trouver des points de prorogéité et de réconciliation. Mais parfois, c’est difficile. On se dit, waouh, de quoi on va parler, quoi. Et ça va être de la pluie, du beau temps. Ouais, c’est ça. C’est peut-être important aussi, hein. Donc, voilà. Et je reviens sur les ressources extérieures, parce qu’il y a beaucoup de gens qui sont seuls. Je ne fais pas une fixation sur la question collective. Je suis tout à fait convaincu qu’on a besoin de l’étincelle individuelle. Et qu’il y a cette nécessité que des gens osent, individuellement, quelque chose qui n’était pas attendu, quelque chose qui vient les mettre au défi. Et ça, on pourrait dire, là-dessus, je suis libéral. Quelque part, je pense que c’est complètement nécessaire. Mais de l’autre côté, je vois que ça ne survit que dans une cohérence collective. Parce qu’autour, il y a un groupe qui donne de la force, qui réconforte, qui donne… Alors, ce groupe, ça peut être la famille, les enfants, mais ça peut être plus largement collectif, les collègues de travail, etc. Des gens qui viennent soutenir. Et c’est un peu le conseil que je pourrais… Je ne peux pas donner de conseil, mais enfin, l’expérience que je pourrais rapporter aux gens qui sont en train de se transformer, là, dans leur vie, parce qu’il y en a beaucoup, c’est de ne pas rester seul. C’est de s’entourer. C’est d’avoir toujours autour de soi une épaule sur laquelle on peut pleurer. Un autre qui va pouvoir aider et débrouiller une situation compliquée. Un autre qui va juste écouter. C’est un enjeu fondamental. Et que ce n’est pas pour se diluer dans le collectif. C’est pas l’idée d’« Ah, je vais revenir dans le ventre de ma maman et tous les autres, on sera bien contents. » Non, non. C’est ne pas rester seul et pourtant individué. Donc, avoir une attention, c’était quelque chose qui était difficile pour moi, parce que pour moi, les relations inter-individuelles sont un peu inconditionnelles et je n’ai pas besoin de les revalider chaque jour. Je n’ai pas besoin d’envoyer un cadeau à quelqu’un ou d’envoyer un SMS. Mais je me suis rendu compte au fur et à mesure du temps que ces petits cadeaux, ces petits cadeaux symboliques qui sont d’avoir une attention, envoyer un mail, passer un petit coup de téléphone, juste adresser une prière, même si ce n’est pas forcément entendu, ou une pensée à quelqu’un dans ma journée, va servir ça aussi, va servir ce lien et va l’entretenir. J’essaie de le faire.

Katia : Et comment faites-vous pour être aussi clairvoyant et avoir autant de sagesse ? Parce que vous êtes dans une posture de non-violence depuis que je vous connais. Je crois que rarement je vous ai entendu vous énerver. Peut-être un soir au CSI avec Jean-Dominique Michel, je vous ai senti un peu plus énervé qu’à l’habitude. Mais vous êtes, dans votre discours et dans vos mots, toujours très pondéré, jamais dans l’accusation de l’autre. Même dans les pires moments de la crise qu’on a pu traverser. Comment vous faites pour gérer vos propres émotions ?

Louis : Ça va, ça vient. Vous n’avez pas forcément tous les moments. Bien sûr. Il faut le témoignage de Carole pour les mauvais moments. C’est aussi pour ça qu’on a besoin des autres autour de ce giron protecteur. C’est pour qu’ils viennent éponger les mauvais moments pour pouvoir offrir aux autres le meilleur, ce qui est le plus utile. Mais pour moi, il y a un choix conscient qui est « qu’est-ce que j’ai envie de vivre ? » Et ça ne concerne que moi. C’est en souveraineté. Ça ne dépend pas des gens en face. Sans cesse, on est mis sur le grill d’être en colère, d’avoir peur, etc. Chaque fois que je fais une conférence, les journaux locaux disent que je suis un gourou d’une secte anti-vax, d’extrême droite, qui appelle à la violence, qui maltraite les patients, qui fricote avec des néo-nazis, etc. Chaque fois que j’envoie un tweet.

Katia : Et comment vous gérez ça ? Ces étiquettes qu’on vous accole sans arrêt ?

Louis : D’un côté, le premier réflexe, c’est que ça me met en colère. Et de l’autre côté, je me dis « mais c’est faire trop d’honneur et trop de plaisir à ces gens. Pourquoi je me mettrais en colère ? Est-ce que je pense une seule seconde que je suis un gourou d’une secte anti-vax d’extrême droite ? » Ben non ! Qu’est-ce qui compte ? C’est moi, mon regard là-dessus, et le regard des gens que j’aime. Le regard du système que je viens bouleverser.  Au fond, c’est une réponse évidente fournie par le système au fait que je vienne le titiller. Et donc, pour moi, c’est plutôt un indicateur. Ça me dit « tiens, est-ce que la façon dont je dis les choses, ou la façon dont j’essaie de faire passer des messages ou de l’action, est-ce que c’est adapté à cet endroit-là ? » Non, cet endroit-là, ce n’est pas adapté. Ce n’est pas adapté puisque la réponse que je reçois, c’est une réponse violente. Et qui m’accuse, moi, de manière mimétique. Et donc, ça veut dire peut-être, quelque part, je viens trop les mettre en accusation. Moi aussi. Et donc, j’essaie de retourner le regard et de me dire « tout ce qui a l’air de m’être imposé comme un jugement, comme une dégradation de moi-même, au fond, c’est que peut-être je l’ai fait à l’autre. » Et ça, c’est effectivement vraiment la communication non-violente et la non-violence qui m’aident là-dessus. D’essayer de le vivre, parce qu’il y a beaucoup de gens qui font de la non-violence une sorte de culture béni-oui-oui, un impératif de la bienveillance. Moi, je ne suis pas toujours bienveillant. Des fois, j’ai du mal. J’essaie, mais des fois, j’ai du mal. Quelqu’un avec son FFP2, en janvier 2024, au fin fond de sa voiture, qui a peur de tout le monde. Des fois, j’ai un instinct méprisant. Mais très vite, j’essaie de le corriger. « Tu reçois ça ? C’est ça que t’as envie de dire ? T’as envie de mépriser des gens ? » Non. Est-ce que tu connais l’histoire de cette personne ? Est-ce que tu sais d’où elle vient ? Est-ce que tu sais ce qu’elle a vécu ? Est-ce que tu peux te mettre à sa place une seule seconde ? Imaginez que peut-être elle-même peut envisager que c’est absurde, mais qu’elle n’arrive pas à faire autrement. Ou peut-être qu’elle y croit et qu’elle a envie d’y croire. Parce que c’est tellement énorme de regarder en face l’immensité du mensonge. Bon, ça, tout de suite, ça remet de la douceur, au fond. Donc, il y a une technique simple, c’est de prendre une grande respiration, que vous recevez quelque chose d’agressif. Voilà, un soupir, quoi. Ce n’est pas à moi. Voilà, essayez de le prendre en rigolant. C’est plutôt ingénieux. Ils ont trouvé des mots intéressants pour essayer de me diffamer. C’est mettre de la distance entre le personnage qui est le plus important, qui est créé, par exemple. Et moi, ce n’est pas moi. Je ne suis pas mes pensées. Je ne suis pas ce qui est raconté dans les médias. Je ne suis pas ma fiche Wikipédia. Je ne suis pas mon site Internet même à moi. Je ne suis même pas mon Twitter. Je ne suis rien de tout ça. Je suis moi, là, tout de suite, l’habile, émotionnellement, en permanence, en train de bouger, avec mes idées qui changent, ce que je pensais il y a trois mois. Peut-être que c’était des conneries. Alors, je ne veux pas tomber dans un relativisme non plus. Il y a des choses qui restent. Mais, justement, c’est quoi, moi ? Et à la fin, qu’est-ce que je veux être moi ? C’est plutôt être quelqu’un de souriant, joyeux et d’ouvert, ou c’est porter de la tristesse, être sombre, penser à demain comme un truc terrible ? Et là-dedans, il y a une ambiguïté. Il y a beaucoup de gens qui me voient un petit peu comme quelqu’un qui ferait l’autruche, qui serait un peu un bisounours, qui ne se rend pas compte. Je me rends tout à fait compte, je vous assure. Je me rends absolument compte de la profondeur de l’illusion et du mensonge. Parce qu’en plus, ça renvoie à des textes très anciens, soit les textes du bouddhisme ou d’autres. Tout ça n’est qu’illusion. Donc, évidemment, nous vivons dans un mensonge. Après, on peut le regarder de manière plus récente avec le Truman Show, avec la Société du spectacle de Guy Debord et les Situationnistes. Mais au fond, ils disent la même chose. Tout ça est une illusion. Et tout le monde ment en permanence.

Katia : Et puis nous incarnons des personnages.

Louis : Exactement. Des personnages de théâtre dans le grand théâtre. Et donc, à la fin, là-dedans, qu’est-ce qui est vrai ? Est-ce qu’il reste quelque chose où, à travers l’illusion, il y a quelque chose ? Il y a un grain central. Qu’est-ce qui est vrai ? C’est le vide profond ? Et ça, c’est une vraie question. Je n’ai pas la réponse complètement. Je cherche. Je cherche en moi ce qui est vrai et ce qui est pérenne. Et encore une fois, avec une philosophie pratique qui est celle de Spinoza, qu’est-ce qui m’amène de la joie et de la puissance d’agir ? Quand je suis sombre, je ne change rien au monde. Dès que je suis joyeux, je rencontre des gens, je discute, je peux leur transmettre une information différemment. Dès que je suis en colère, j’essaie de rentrer dans quelqu’un. En fait, je rejoue en mimétique cette culture de la violence qu’on déplorait tout à l’heure. J’essaie d’obliger quelqu’un à penser comme moi. C’est une sorte de viol de la pensée. Je ne pouvais pas le faire. Je ne pouvais pas changer l’autre. Ça induit vite à se regarder soi-même, à se demander si je suis à la hauteur de ce que je prône. Est-ce que je suis suffisant ? Est-ce que je suis en cohérence ? On est tous en incohérence tout le temps. Ce n’est pas facile du tout. Tu demandes à Thomas D’Ansembourg, quelqu’un que j’aime beaucoup et que j’admire beaucoup, qui est un formateur de communication non-violente avec qui j’ai l’honneur de faire des conférences. Il dit que tu ne peux pas vouloir la paix là-devant si tu ne l’as pas là-dedans. Et donc, ça commence là-dedans. Est-ce que je suis en paix ? On se rend compte que des fois, non. Peut-être qu’il y a des fois, il faut taper sur un punching ball, évacuer tout ça. Parce qu’il ne s’agirait pas non plus de le nier. Mais pour moi, c’est plutôt une histoire d’alchimie. Il s’agit de transmuter le plomb en or. Est-ce que je peux transformer ce qui m’arrive là, qu’on pourrait juger négatif, en tout cas, en quelque chose de positif ? Et c’est tous les jours un défi remis sur le métier. Donc, on ne s’ennuie pas.

Katia : Qu’est-ce qu’il en est pour vous aujourd’hui en tant que médecin ? Est-ce que c’est terminé, en stand-by ? Vous vous orientez sur vos nouvelles activités en tant qu’auteur, conférencier, peut-être même d’autres projets ?

Louis : Alors, il y a plein de projets qui se sont imposés à moi. C’est pareil, j’ai essayé de les ressentir et de m’y ajuster. C’étaient des projets plutôt culturels et artistiques ou intellectuels. Les projets bénévoles, associatifs ou collectifs, on va dire, que ce soit le Conseil scientifique indépendant, qui essaie de donner à voir une science impeccable, dénuée de conflits d’intérêts, on va dire, qui permettent aux gens de rediscuter entre eux et qui remettent la science à sa place, c’est-à-dire un outil à notre service pour une réflexion collective médicale, sanitaire, politique, sociale. Donc là, c’est le CSI, c’est une émission tous les jeudis soirs. Je continue d’y contribuer techniquement, parfois scientifiquement, et puis en termes d’animation aussi. Il y a un travail avec l’International Covid Summit aussi, qui est un peu la même chose, mais au niveau international. Ça, on va dire, c’est tout le champ scientifique, la casquette scientifique que je pourrais avoir. Sur le champ médical et du soin, c’est pareil, j’étais plutôt à l’initiative de création de réseaux de soins, notamment avec une initiative qui s’appelle Une Notre Santé, qui était de mettre ensemble, sur les territoires, à des échelles locales, un généraliste, un naturopathe, un acupuncteur, un médecin chinois traditionnel, un médecin ayurvédique, un kiné, un psychologue, que sais-je encore, une sage-femme. Bref, essayer de faire des réseaux le plus foisonnant possible, des bouquets de soignants avec différents regards et différentes dimensions pour exercer du soin pour de vrai. Donc ça, c’est toujours en cours. Je suis un peu moins dans le projet, mais il y a beaucoup d’initiatives locales qui ont germé, et l’idée c’était de permettre aux gens de se donner à voir les uns aux autres ce qu’ils faisaient, et de s’entraider, de créer cette matrice dans laquelle eux peuvent grandir et fournir ce qu’ils ont envie de fournir. Dans le cadre de ce projet, il y a un projet de documentation, TERC, qui est prévu au cours du printemps et de l’été prochain, qui va aller voir des groupes de santé intégrative, et au passage, essayer de réconcilier la médecine allopathique dont je viens, et toutes les thérapeutiques complémentaires, on pourrait dire si on prend le langage officiel du Conseil de l’Ordre, ou les autres médecines, de les réconcilier, parce qu’il y a une complémentarité à avoir. Je veux dire, la médecine allopathique que je fais, si jamais vous croûtez sur l’autoroute, etc., dans un bain de sang, vous serez bien content qu’elle existe. Pareil, si vous en êtes au stade d’une leucémie ou d’un faume ou d’un cancer. Par contre, c’est une médecine qui ne marche pas et qui est très inefficace et toxique dans toutes les pathologies chroniques. Ça ne marche pas. Vous donnez des médicaments pour la tension, vous ne résolvez pas le problème de la tension. Vous les intoxiquez, peut-être progressivement, à des antihypertenseurs. Vous avez une maladie inflammatoire chronique, vous mettez des immunosuppresseurs comme des corticoïdes, ça ne marche pas, ce n’est pas le traitement. On ne traite rien. On est avec une béquille, une jambe de bois pendant des années, qui va rapporter beaucoup d’argent à l’industrie pharmaceutique, mais qui ne va jamais se soigner. Or, il y a des façons de soigner et ces façons de soigner, elles reviennent à aller chercher de l’autonomie. Il y a plein de médecines de l’autonomie, pas de l’hétéronomie. L’allopathie est une sorte de médecine hétéronome, alors que la médecine chinoise traditionnelle, l’allopathie, l’herboristerie, la phytothérapie, sont plutôt des médecines d’autonomie. Moi, ça, ça m’intéresse beaucoup. C’est redoter les citoyens et les gens d’outils qui leur permettent d’affronter la vie sans avoir peur. En disant je vais rester en santé, il n’y a pas de raison que je me lève le matin en ayant mal partout, en ayant l’impression de me traîner comme un vieux de 80 ans alors que j’en ai 45. Il y a sûrement un truc à changer dans ma vie. Donc ça, il y aura un documentaire là-dessus. Ensuite, il y a encore d’autres projets autour de la santé, mais vous avez peut-être vu passer une émission qui s’appelle Parlons Santé, qui sont des agoras de thérapeutes différents autour d’un sujet. Donc ça, j’y participe, ce n’est pas moi qui coordonne, mais j’ai l’honneur d’y participer. Il y a des réflexions autour du Covid long et de la spikeopathie post-vaccinale. Ça va devenir un vrai gros sujet et en même temps une opportunité justement d’aller réconcilier les médecines, parce que la médecine allopathique répondant complètement à côté de la plaque sur ce sujet, il y a plein d’autres réponses à trouver très intéressantes. Et puis, après, est-ce que moi j’ai envie de réexercer en tant que réanimateur ? Vous entendez à très rares paroles que tout ce que j’ai découvert ces trois dernières années a plutôt ouvert vers d’autres voies. Alors après, il y a une tristesse, il y a un deuil à abandonner ses connaissances, son expertise. Et puis la réa, c’est rigolo. Vous avez une sensation de toute puissance quand vous avez toutes les machines, etc. C’est plutôt sympa à faire. Ça rapporte des sous, je ne sais pas pour vous. Mais là tout de suite, je n’ai pas envie et en plus, les signes de la vie me montrent que ce n’est pas forcément le bon chemin. L’hôpital me met des bâtons dans les roues. Le centre national de gestion administratif qui gère les fonctionnaires comme moi, me met des bâtons dans les roues. L’ordre des médecins fait appel de sa propre décision pour mettre une sanction plus lourde. Donc tout ça, ce sont des signes de dire tiens, peut-être que tu devrais exercer le soin autrement. Alors moi, j’ai encore envie d’être médecin. Et puis c’est intéressant d’être médecin parce qu’on reste un peu dans l’institution. Ça permet des choses quand même. Ça donne une légitimité aussi. Mais peut-être en enrichissant ma pratique et en faisant plutôt une pratique de prévention. Puis après, il y a tout ce que vous avez dit sur les volets culturels et artistiques. On a fait des projets très étranges comme un film dans un jeu vidéo qui s’appelle Escape Game, comme on en parlait tout à l’heure. Comment on sort de la Matrix, comment on sort de la caverne de Platon, comment on sort du Truman Show. C’est un peu la question qui est posée dans ce film, qui est un peu dérangeant quelque part, et qui vient essayer de nourrir une réflexion collective, justement, autour de la question du numérique, de l’intelligence artificielle, etc. Il y a tout un champ autour de l’écriture, effectivement. Soit de BD, soit de film. Donc il y a un projet de BD qui est en cours qui ne sera pas pour tout de suite. Il y a d’autres livres, je ne sais pas si pas des articles qu’on me demande pour pas mal de revues, des choses comme ça. Alors tout ça ne paye pas son âme, mais le paye autrement. Pour le moment, j’ai la chance que mon épouse puisse retravailler, donc je suis à son crochet. Donc voilà, ça change un peu. Je n’ai pas de stress vis-à-vis de ça, tout de suite, parce que mon expérience ces dernières années, c’est aussi de me confronter un peu à la sobriété, à la pauvreté même, on va dire, quand on a été suspendu tous les deux, et de voir que partout il y avait de l’aide, partout il y avait du soutien, partout il y avait ce qu’il fallait. Le seul enjeu, c’était de ne pas rester seul.

Katia : Est-ce qu’on peut dire que cette crise aura eu le mérite de vous révéler en tant qu’écrivain, auteur, conférencier, créateur de BD, ou c’était déjà là en vous précédemment ? Vous écriviez déjà ?

Louis : Oui, sûrement. Alors j’écrivais déjà, j’avais eu un prix littéraire jeune, etc. Mais je n’avais pas publié ni rien, je n’étais jamais passé. J’étais pris par la vie de tous les jours, la vie de papa, la vie professionnelle, etc. Et donc j’avais un peu délaissé ce côté-là, mais moi j’avais commencé avant mes études de médecine par faire des études de philosophie et de littérature. Et donc, j’ai renoué avec ça, au fond. J’avais déjà renoué en faisant de l’éthique, et j’ai une casquette de d’anthropologie de la santé, d’éthique de la santé, qui aurait dû me conduire normalement à un doctorat. Ma carrière a été ruinée par le Covid, mais ce n’est pas très grave. Je l’applique autrement.

Katia : Oui, vous n’avez pas pu aller au bout, c’est ça, c’est ce que j’entendais dans une interview.

Louis : Oui, normalement, j’avais commencé mon doctorat, justement, l’année du Covid, et finalement, ça ne se fera probablement pas tout de suite, en tout cas. Un jour, peut-être. Sinon, à la fin, j’aurais été PLJ en sciences, et j’aurais pu dire docteur Fouché en médecine et en sciences, en éthique. Je suis docteur en éthique. J’aurais pu dire ça. Pas grave. On n’a pas besoin d’être docteur en quoi que ce soit. Ça continue à nourrir mes réflexions. Et presque, je suis assez heureux que ça ne soit pas allé jusqu’au bout, parce que je pourrais le raconter, c’est un peu long, mais aujourd’hui, il y a toute une sorte de blanchiment de ce qui est entrepris au niveau économique par une fausse éthique. Et donc, vous avez des spécialistes de ça qui viennent faire semblant d’être la contradiction. Et donc, on leur donne cinq minutes de temps de parole sur l’intelligence artificielle pour dire, quand même, c’est très dangereux, etc. Mais bon, à la fin, on va le faire quand même, et on va le faire comme ça, et voilà. Et donc, eux, tirent leur marron du feu parce qu’ils peuvent vendre des bouquins, passer sur Thinkerview, je ne sais pas quoi, mais ça n’a aucun impact de réel dans la réalité. Alors moi, ce qui m’intéresse, c’est l’impact dans le réel. Est-ce que cette éthique et cette philosophie, elles peuvent être appliquées au quotidien ?

Katia : Qu’est-ce que vous auriez envie de dire au petit Louis, aujourd’hui ?

Louis : Le petit Louis était pas mal révolté contre ce monde, déjà, à l’époque, et notamment contre la hiérarchie. Il y a toujours eu un problème avec la hiérarchie. Alors, pendant des années, j’ai fait semblant, j’étais très capable de faire semblant, il n’y a pas de problème de faire l’acteur, dire oui, oui, monsieur, bien monsieur, à son chef de service, lui lécher les pieds quand il avait besoin, lui passer de la brosse à reluire quand il avait besoin, voilà. Ça, je n’ai pas de difficultés, je suis assez adaptable là-dessus. Mais, y avait quand même quelque chose qui n’allait pas pour moi. Il y avait une sorte d’imposture de la part des gens qui étaient en situation de pouvoir de prendre ces galons sans en assumer les responsabilités. Ça, je trouvais ça quelque chose qui me mettait en colère et qui continue parfois de me mettre en colère. Que tous les gens qui postulent et obtiennent des postes élevés, ce n’est pas… Moi, j’ai aucune envie de leur poste, je m’en fous, en fait, mais quand vous voulez être maire, il faut assumer la responsabilité. Vous êtes normalement plus sage que les autres. Vous êtes normalement plus abouti que les autres. Quand vous voulez être président de la République, vous devriez être le plus abouti, presque, le plus dans l’oblation au bien commun. Vous êtes complètement oublié à vous-même, quasiment, à ce moment-là, si vous décidez de faire ça. Et c’est l’inverse que je vois. Il y a un auteur que j’aime bien qui s’appelle Roland Gori, qui avait écrit un livre qui s’appelle La Fabrique des Imposteurs. Et donc, au petit Louis, on pourrait dire, ne t’inquiète pas, les impostures sont toujours révélées. Et les imposteurs, c’est une phrase de Christiane Singer que j’aime bien, je crois que c’est dans le livre « Bon usage des crises », justement, où elle dit, à la longue, parce que je dis bien qu’au début, on pourrait tenter de penser le contraire, à la longue, il n’aura servi à rien d’avoir été un marlou, un tricheur, un menteur, un escroc, d’avoir voulu être le meilleur, the best, écraser les autres. À la longue seulement. On comprend que c’est le bon chemin. Donc, voilà.

Photo écran de l'interview de Louis Fouché avec Katia Crabé

Katia : J’ai intitulé ce podcast Aujourd’hui, écrivons demain. J’ai décidé de donner la parole aux acteurs du Nouveau Monde. C’est quoi pour le Nouveau Monde ?

Louis : Merci de poser cette question, parce que je suis partagé là-dessus. Et je pense que c’est intéressant de peut-être poser une nuance, parce qu’il y a beaucoup de gens qui rêvent au Nouveau Monde comme une sorte de fantasme, qui vont eux aussi imposer au réel. Être eux aussi dans le contrôle et la prédiction. En disant, ça va se passer comme ça, et on va faire cette belle verte de Coline Serreau. Et je vois tout un mouvement, on pourrait dire un peu new age, nouvel âge, qui émerge, et qui crée une tension, crée de la violence vis-à-vis des gens qui font partie de l’ancien monde, qui déclasseraient ces pauvres gens-là aussi. Et je crois que ce n’est pas possible. Je pense qu’on peut substituer un totalitarisme à un autre totalitarisme, à l’infini, une dictature à une autre dictature. Elle peut être verte, elle peut être rouge, elle peut être bleue, elle peut être dorée, elle peut être de toutes les couleurs que vous voulez. Ça restera une dictature, ça restera imposer aux autres ma vision du monde. Ma vision de la non-violence, c’est que c’est pas comme ça que vit un jardin, c’est pas comme ça que vit la nature, c’est pas comme ça que ça se passe. Ce sont des rapports de force en permanence négociés, avec de la diplomatie, et parfois de la guerre, parfois de l’amour. Toute cette gamme de relations, ces relations-là, sont en permanence là, à l’intérieur du jardin, entre les fourmis, les arbres, les coquelicots, les oiseaux, etc. Et dans cette logique biomimétique, je me dis que l’humain, s’il veut construire une organisation collective un peu idéale, devrait se rapprocher de la vision de la nature. Déjà, il devrait se rapprocher tout court de la nature, et de sa nature profonde à lui aussi, d’être un peu un animal très spécifique. Je ne dis pas qu’on est pareil à tous les animaux, mais voilà. De renouer avec ses émotions, ses instincts, et donc on pourrait dire que le monde dont j’ai envie, en tout cas, qui n’est peut-être pas le monde de demain, on rigolerait plus, on serait plus proche de matière naturelle, on cultiverait la beauté au quotidien, il y aurait une sorte de lenteur, une slow médecine, une slow information, une slow food, vous savez, comme il y a eu ça.

Katia : Alors on est déjà dans le slow entrepreneur, ça arrive.

Louis : Exactement, et pour moi, en fait, c’est déjà en train d’arriver, et c’est ça qui est très réjouissant, c’est qu’au fond, les ferments de la transformation, ils sont présents dans l’hôpital, je l’ai raconté plein de fois, mais les aides-soignants, les infirmiers, etc., ne rêvent pas au prochain protocole de désinfection qualité. Ils s’en foutent, quoi ! Normalement, ça leur passe au-dessus de la tête. C’est complètement mécanique. Non, ils rêvent plutôt de l’acupuncture, de l’homéopathie, de l’aromathérapie, d’autres façons de… Voilà, et puis ils discutent de choses et d’autres, assez légères, de comment vont les enfants, de comment ça va à l’école, d’autres façons de scolariser leurs enfants. Et donc, pour moi, c’est déjà en train d’arriver, et il faut juste nourrir ça, tranquillement, en acceptant que ce ne sera pas exactement comme prévu, en acceptant que les autres ne feront pas comme on veut. J’entends beaucoup, ces derniers temps, parler d’opposition contrôlée, de gens qui seraient dans la résistance, mais qui n’y sont pas. Moi, je ne crois pas. Je crois qu’en fait, chacun fait ce qu’il peut, comme il peut, comme il comprend les choses, et c’est bien. C’est bien comme ça. Il y en a qui sont en colère, ok. Gandhi l’avait dit. Si vous, votre façon de faire, c’est de prendre les fusils et d’aller contre les Anglais, faites-le. Moi, ce n’est pas ma façon de faire, mais vous n’imposerez rien, et sûrement tout ça est nécessaire. Donc, moi, j’ai une sorte de vision de la perfection du monde, qui est que tous ces mouvements sont nécessaires, et que je ne peux pas vraiment les infléchir, les influer. Le seul que je peux influer un tout petit peu, c’est le mien. Et donc, essayez de trouver à quel endroit je raisonne, à quel endroit j’agis. Et là, chacun va être différent. Moi, ça va être dans la non-violence, mais d’autres, ça va être dans aller faire des procès aux autres, les défoncer, etc. Et tant mieux, il en faut qu’ils fassent des procès. Ce n’est pas contradictoire, ce n’est pas antithétique. Donc, ce monde de demain, voilà, il serait vivant, il ne serait pas mort. Je le définirais plutôt par négation, comme quelque chose qui ne serait pas automatique. Vous n’auriez pas un programme pour tout, une assurance pour tout faire. Vous seriez responsable de ce que vous vivez, de ce que vous faites. Vous grimpez à l’arbre, vous êtes responsable de si vous tombez. Ce n’est pas quelqu’un d’autre, c’est pas la faute à l’arbre, c’est pas la faute à… C’est vous ! Vous entreprenez telle chose dans ce monde, c’est votre responsabilité à vous. Alors, c’est un monde plus dur, c’est un monde où on n’a pas de certitude, et où on est obligé de recomposer des appartenances sociales fortes et collectives, justement pour se rassurer. Pour dire, je monte à l’arbre, mais bon, il y en a deux ou trois en bas là qui sont prêts à me réceptionner. Ah ouais, ça va, je vais pouvoir faire des trucs un peu étonnants. Je fais une entreprise, mais d’accord, j’ai des copains qui prennent du pognon, j’ai déjà un réseau de gens prêts à consommer ce que je vais pouvoir produire. Ok, c’est mieux que si je me lance la fleur au fusil tout seul. Donc, j’attends de voir, j’ai été convié à un podcast qui s’appelle KALRECO, les gens peuvent aller voir, K-A-L-R-E-C-O, qui est ce souvenir du futur, qui est un peu une tentative, comme si on était en 2055, de savoir, tiens, ok, a posteriori, où on en est par rapport à ce qui se passait en 2020. Et ça, ça peut être une façon de faire intéressante.

Katia : Est-ce que ce sont des entretiens visionnaires où on se met dans la peau où on est en 2055 et on raconte comme si on était déjà…

Louis : Ouais, c’est ça. Exactement. Et que ça se fait par un ami qui est un artiste, avec de la musique. Et peut-être tous les gens qui rêveraient un monde meilleur et qui voulaient recommencer par ça, moi je les inviterais plutôt à commencer par nous et à quel endroit déjà. Là, tout de suite, je peux faire un monde différent. Il n’est pas demain. Il n’y a pas de monde de demain. Il n’y a que le monde d’aujourd’hui. Et ce monde d’aujourd’hui, il est déjà magnifique. Et c’est aussi quelque chose à transmettre aux enfants et aux jeunes, je pense. En tout cas, moi j’essaye. Mes enfants, ils ont été très baignés dans le Covid, dans des trucs lourds et tout ça. Comment faire pour qu’ils traversent ça sans être traumatisés, sans avoir peur de tout, etc. Sans avoir confiance dans la vie. Moi, j’ai envie qu’ils aient confiance dans la vie, qu’ils aient de l’espoir. Et donc, réussir à leur montrer de la beauté, réussir à leur montrer de l’émerveillement, de leur dire « Regarde, de partout, ça c’est une chance incroyable et inouïe ce qui nous arrive. » Et bon, ça consiste un peu à regarder le verre à moitié plein et le verre à moitié vide. Et ça, c’est un changement de regard intérieur. Je ne sais pas comment on fait. Il n’y a que nous qui puissions changer notre regard là-dessus. Mais c’est un exercice. Je pense que c’est une sorte de discipline. Comme si le bonheur était une discipline quotidienne. Vous savez, comme une ascèse. Comme ces japonais qui, tous les jours, font la même chose pour apprendre à tirer l’arc, etc. Ou font le même mouvement de tai-chi, etc. Tous les jours, remettre ça. Est-ce que je suis capable, ce matin, de me dire « Chouette, une nouvelle journée commence. » Ou le soir, dire « Waouh, quelle journée, tout ce que j’ai vécu. » On pourrait mourir et me coucher heureux.

Katia : On arrive à la fin. Est-ce qu’il y a une question que je ne vous ai pas posée, que vous auriez aimé que je vous pose, Louis ? Ou quelque chose que vous auriez aimé partager ?

Louis : Non, merci. Vous m’avez largement laissé parler. J’ai pu partager ce que j’avais envie de partager. Juste une chose, c’est que tout ce qu’on a dit là, j’ai bien conscience que ce n’est pas facile. Que ce n’est pas une voie confortable. Peut-être que c’est une des grandes méprises de notre société d’aujourd’hui. C’est d’avoir confondu le confort et le bonheur. Le bonheur n’est pas confortable.

Katia : On termine sur mon portrait chinois. Si vous étiez un plat, Louis, lequel seriez-vous ?

Louis : J’adore les frites, mais j’ai beaucoup de mal, malgré toutes les tentatives de transformation de régime alimentaire, à arrêter les frites et la pizza.

Katia : Ça, c’est de la confidence.

Louis : Et je vais vous dire pourquoi. Parce que les frites, pour moi, c’est la joie. Et la pizza, c’est la joie de l’enfance. Quand on allait à la plage avec ma mère, mes parents, enfants, on prenait des frites à la friterie au bout de la plage en revenant. Et on les mangeait dans la voiture avec le sel et tout ça. Et pour moi, c’était la…

Katia : C’est votre Madeleine de Proust ?

Louis : L’insouciance, la joie. Vraiment, la vie est belle. Et je ressens toujours ça quand je mange des frites.

Katia : Vous avez le sourire jusque-là. Les auditeurs ne le verront pas, mais ils l’entendront. Si vous étiez un livre ?

Louis : J’hésite parce qu’entre 1984 de Georges Orwell où il n’y a pas beaucoup d’espoir ou au contraire quelque chose qui serait dans une recherche de profondeur qui ne se bornerait pas à garder un peu la surface des choses. Si j’étais un livre, peut-être que c’est le titre que je garderais et ce serait « Où cours-tu ? Ne vois-tu pas que le ciel est en toi ? » Il y a un livre de Christiane Singer et que je m’adresserais à moi-même en permanence cette question. « Où tu cours ? Qu’est-ce que tu cherches ? » Alors que tout est là.

Katia : Si vous étiez un dicton ? Un dicton ? Un proverbe, une devise ?

Louis : « Don’t worry, be happy ».

Katia : Et si vous étiez un film, lequel seriez-vous ?

Louis : Un film ? Il y en a fait plusieurs. J’ai du mal. Je pense qu’à ceux-là en premier. Il y a eu « Suspendus », « Tous résistants dans l’âme ». Ils sont d’ailleurs premiers au box-office des documentaires sur allociné.com. C’est incroyable. C’est un peu étonnant. Dans le silence et l’assourdissement, vous allez voir « Meilleurs documentaires ». C’est les deux meilleurs documentaires actuellement classés.

Katia : Et qui continuent à être diffusés en salle ?

Louis : Un petit peu, mais pas beaucoup. Maintenant, ils sont plutôt en DVD. Il y a les DVD sur le site de exuvie.fr pour les gens qui voudraient le trouver. Mais ça reste un peu une surprise. Je réfléchis à un film.

Katia : Est-ce qu’il y en a un qui vous vient spontanément ?

Louis : Il y en a trop. Entre « Le dictateur » de Charlie Chaplin, où on oscille tout le temps nous-mêmes à être le dictateur ou être le barbier. Vous savez qu’ils sont des jumeaux, enfin des sosies, et le barbier amoureux qui, à la fin, dit « Non, mais tout ça, ça va pas, quoi. » Donc, peut-être cette vision-là qu’on pourrait sombrer dans les deux côtés tout le temps. Donc, le dictateur. Même si je ne suis pas très dictateur.

Katia : Et si vous étiez un super héros ?

Louis : Je ne suis pas un super héros et je suis bien content de ne pas l’être parce que je pense que les héros gagnent leurs armes de haute lutte. Je pense qu’ils forgent leurs épées et leurs boucliers au feu du combat. Et un super héros, lui, il l’a d’emblée. C’est un peu inné. Il a été irradié, il n’a rien demandé. Il se chope un truc. C’est le fatum, c’est le destin. Moi, je pense qu’on est chacun des héros et qu’on a tous un idéal, une vie, une vie héroïque, une quête héroïque à mener dans cette vie. Chacun à sa mesure. On n’a pas besoin de tous devenir Elon Musk. Ça peut être juste d’avoir des enfants. C’est déjà héroïque en soi ou de ne pas en avoir. Ça peut être héroïque aussi. Pour moi, je suis plus proche du Chevalier à l’armure rouillée qui est un livre aussi où le chevalier est enfermé dans son armure et elle est toute rouillée. À la fin, il a l’impression d’être protégé de tout mais il ne peut plus sortir. Le but, c’est de l’enlever et d’accepter de se retrouver un peu dans la peau du homard sans carapace et de voir qu’est-ce qui reste comme colonne vertébrale. Moi, j’aimais bien Robin Des Bois.

Katia : Merci Louis pour votre participation.

Louis : Merci beaucoup Katia. Merci beaucoup pour ce podcast et pour tous ceux qui acceptent d’y répondre et tous ceux qui nous ont écoutés. Passer un peu de temps ensemble avec un peu de douceur et de paix, c’est reposant. Je pense que ça peut nous redonner de l’énergie pour plusieurs heures, pour plusieurs jours.

Katia : C’est le but. Et merci beaucoup pour votre écoute. J’espère que le parcours de Louis Fouché vous aura inspiré. Alors, n’hésitez pas à le contacter sur ses réseaux. Comment est-ce que vous êtes connecté, Louis ? Comment est-ce qu’on peut vous connecter ?

Louis : Je suis assez peu connecté. J’ai un stupid phone à l’ancienne mais je suis activiste numérique quand même. C’est ça qui est un peu paradoxal. Je suis sur Twitter, à Louis Fouch3, un truc comme ça parce que l’accent s’est transformé. Le E avec accent s’est transformé en 3. Et puis, j’ai un site internet qui s’appelle louisfouché.fr sur lequel tout est à peu près regroupé. À la fois le lien vers les réseaux sociaux, à la fois un agenda où il y a les conférences que je vais donner et il y a une fiche de contact. Alors, c’est un mail. Et puis, c’est moi qui est derrière. Je n’ai pas de secrétaire ni rien. Je ne le regarde pas tous les jours. Et voilà. Donc, il ne faut pas hésiter à insister. À l’envoyer 4 ou 5 fois. Parce que sur mon mail personnel, par exemple, je suis tellement dépassé qu’il y a trop de mails que je n’y arrive pas. Et si je ne réponds pas, il ne faut pas être triste. C’est que ce n’était pas le moment et que ça viendra et ce n’est pas grave.

Katia : D’accord. Merci. Donc, on vous mettra toutes les infos dans le descriptif. Très bonne journée à vous. Au revoir. J’espère que vous aurez pris plaisir à nous écouter. Si vous avez aimé cet épisode, et que vous souhaitez continuer à découvrir les histoires de ces acteurs du Nouveau Monde, n’hésitez pas à vous abonner. Et si vous voulez être tenu informé de la sortie du prochain épisode, abonnez-vous à mon profil sur LinkedIn. Merci d’avoir pris le temps de passer ce moment avec nous. Je vous dis à très vite pour un nouveau témoignage d’une belle âme.

*Retranscription faite à l’aide d’AutoScript.

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