Laurence Benoist, coach de vie et d’évolution personnelle et bibliothérapeute

Publié le 27 mai 2024 par Katia Crabé

Temps de lecture : 35 min

Présentation de Laurence Benoist
Interview de Laurence Benoist
Le Nouveau Monde selon Laurence Benoist
Le portrait chinois de Laurence Benoist

Photo de Laurence Benoist, coach de vie, pour mon podcast Aujourd'hui, écrivons demain

Katia : Aujourd’hui, j’ai la joie d’interviewer Laurence Benoist, installée sur Bayonne (64). Depuis que nous avons fait connaissance, il y a une dizaine d’années, lors d’un atelier de rigologie animé par son amie Christine, nous nous soutenons dans nos chemins de vie et projets respectifs. La vie n’a pas toujours été des plus faciles pour Laurence, qui a su transformer chacune des épreuves auxquelles elle a été confrontée en une force de vie extraordinaire. S’il y a un mot qui la caractérise, c’est la résilience. Laurence est une battante, une guerrière. Après un burn-out en 2015 qui interrompt sa vie professionnelle, elle quitte le monde du salariat pour explorer le chemin de la connaissance de soi et s’épanouir dans un autre champ professionnel. Laurence est coach de vie et d’évolution personnelle ainsi que bibliothérapeute. Elle nous racontera combien l’écriture et la voie du développement personnel l’ont aidé à réparer ses blessures, parce qu’elle est également auteur. Je ne vous en dis pas plus, installez-vous confortablement et immiscez-vous dans notre conversation. Bonne écoute !

Katia : Laurence, bonjour !

Laurence : Bonjour Katia !

Katia : Je suis ravie de te donner la parole, après tout ce qu’on a traversé toutes les deux.

Laurence : Oui, oui, c’est une longue histoire.

Katia : Je vais rentrer dans le vif du sujet. Lorsqu’on parcourt ton site et que l’on te connaît, on comprend combien il t’a fallu en passer par un long parcours psychothérapeutique pour comprendre dans quoi s’originaient tes souffrances adultes. Comment tu vas aujourd’hui ?

Laurence : Alors effectivement, tu as raison de dire que j’ai vécu un long parcours thérapeutique parce que j’avais besoin de comprendre d’où venaient mes souffrances d’adultes. J’ai rencontré plusieurs thérapeutes différents avec certains qui faisaient de la Gestalt, de la TCC, de l’EMDR, etc. Et aujourd’hui, je dirais que je suis réparée et que je vais bien.

Katia : Est-ce que tu peux nous dire qui es-tu, Laurence ? Alors, on a beaucoup discuté sur cette question de qui es-tu.

Laurence : Oui, c’est difficile de répondre à cette question qui est très simple en soi parce que qui je suis sur le plan perso, sur le plan pro, au fond de moi, je dirais que je suis une femme de 62 ans, maman de deux grandes filles adultes aujourd’hui qui sont les trésors de ma vie. Je suis coach de vie et autrice. Et puis, j’ajouterais que je suis une chercheuse dans l’âme, c’est-à-dire que j’ai toujours besoin de comprendre. Alors, je suis très intéressée par tout ce qui touche à l’humain, son fonctionnement, son dysfonctionnement, le fonctionnement du cerveau, les émotions, la génétique, l’épigénétique. Quid de l’inné, quid de l’acquis. Et quand je dis que je suis une chercheuse, ce n’est pas un vain mot parce que ces sujets qui me passionnent me font aller dans de nombreuses lectures, de livres, d’articles. Je regarde beaucoup de vidéos sur ces sujets. Une fois que j’ai, je dirais, comment dire, récolté toutes ces informations, je me fais ma propre opinion. Voilà, donc je suis chercheuse dans l’âme. Pour moi, c’est ce qui me définit le plus.

Katia : J’ai mentionné dans l’introduction que tu as fait un burn-out. J’ai l’impression qu’il y a vraiment un avant et un après de ce que tu me racontais, de ton histoire et de ce que je connais de toi. Quel souvenir est-ce que tu gardes de ton burn-out en 2015 ? Quelle incidence il a eu dans ta vie ?

Laurence : Alors, ce que je voudrais dire, c’est que le burn-out qui m’est arrivé en 2015, ça a été comme on se prend un mur dans la figure. Parce qu’en fait, le burn-out, on voit bien qu’il se passe quelque chose qui ne va pas, mais on ne s’en rend pas vraiment compte. Donc, c’est très, très important de connaître le burn-out. Moi, je sais que j’ai fait une prémisse en 2013. Je me souviens avoir été en arrêt maladie une dizaine de jours. J’étais allongée, je ne pouvais pas me lever et je trouvais que j’avais une maladie bizarre. Mais je suis retournée travailler parce qu’il faut bien gagner sa vie. Et donc, en 2015, ça a été l’épuisement professionnel total, c’est-à-dire que le corps et le cerveau ne fonctionnent plus. Donc, on est en mode allongé les trois quarts du temps. Enfin, ça a été terrible. C’est comme un traumatisme. Et je sais que c’est un traumatisme. Ce n’était pas une dépression en ce qui me concerne. Parce qu’à partir du moment où j’étais en arrêt maladie et où j’ai fait un suivi avec un psychiatre et que j’ai senti que je ne retournerais plus jamais dans cette entreprise, je ne dis pas que j’allais mieux parce que le corps était consumé de l’intérieur. Donc, il fallait que je me répare. Mais en tout cas, je me sentais protégée de ne pas retourner dans l’entreprise. C’est une expérience très, très forte. Et je dirais qu’avant le burn-out, je ne m’écoutais pas du tout. Je pensais qu’il fallait absolument que je gagne ma vie au quotidien et qu’il n’y avait aucune autre solution, que personne ne pourrait m’aider. Et après le burn-out, ça a été une reconstruction pas à pas en faisant un suivi psychiatrique, en étant dans des groupes de parole avec des personnes qui ont fait un burn-out. Et petit à petit, j’ai compris que ma vie, ce n’était pas celle que je pensais avant. Mais ça a été très, très difficile. Ce n’est pas quelque chose qu’on fait comme ça en quelques jours. Je pense que c’est sur des années. Et à l’issue… Est-ce que moi, je peux rebondir ? Oui.

Katia : Est-ce que tu peux préciser quels sont les symptômes du burn-out que tu as eus ? Parce que j’ai l’impression de voir fleurir sur les réseaux de plus en plus de personnes se plaindre d’avoir fait un burn-out ou de faire un burn-out. Et encore ce matin, j’ai aperçu un poste où quelqu’un a essayé de faire la distinction entre ce qui était un burn-out et un moment de fatigue ou de surmenage. Ce n’est pas un burn-out comme ça entre janvier et février 2024. Et puis, j’ai l’impression qu’on a tellement voulu le banaliser ou à trop vouloir le vulgariser, je ne sais pas comment dire, ça a perdu son sens. Parce que tu as parlé tout à l’heure de se consumer de l’intérieur. Il y a vraiment ça, en fait.

Laurence : En fait, pour la petite histoire, j’étais dans une entreprise où au départ, j’avais beaucoup trop de travail. C’est un stress chronique, en fait. C’est-à-dire que ça faisait sept ans que j’étais dans la même entreprise. Et c’est petit à petit que le stress m’a consumé. Ça ne s’est pas fait du jour au lendemain. Donc, au début, il y avait beaucoup trop de travail. Il n’y avait pas suffisamment de personnel. Et petit à petit, il y avait aussi du non-sens. Je n’étais pas en accord avec la façon dont mes patrons géraient leur entreprise. Il me semblait que j’avais de bonnes idées, mais on n’en tenait pas compte. Et puis, j’étais isolée. L’isolement est très important. C’est un paramètre qui fait qu’on peut se retrouver dans le burn-out. Et j’avais de moins en moins de salariés autour de moi puisqu’ils partaient et ils n’étaient pas renouvelés. Et il y avait cette idée à la fin que j’étais comme mise au placard, que l’entreprise ne savait pas ce qu’elle allait devenir. J’étais toute seule. Donc, on essaye de tenir parce qu’on a besoin d’un salaire, de donner du sens là où il n’y en a plus. Et le corps, en fait, donne des signaux. Et pour la petite histoire, quand j’ai vu la psychologue du travail, parce que je sentais que quand j’ouvrais la porte de mon appartement, seulement pour aller travailler, je fondais en larmes. Ce n’est pas normal. Donc, j’ai eu l’idée pour me sauver d’aller vers la médecine du travail alors que je n’y pensais pas du tout avant. Et la psychologue du travail me pose des questions sur le fonctionnement de l’entreprise, etc. Donc là, j’arrivais à parler, dire voilà, ça ne marche pas.  Et puis, à un moment donné, elle me pose une question. Elle me dit, et vous, comment va votre sommeil et votre alimentation ? Et là, j’ai fondu en larmes. En fait, je me suis rendue compte que ça n’allait pas du tout. Donc, c’est très difficile parce qu’on est dans le déni de ce qui se passe pour soi tout en se disant, ça ne va pas, mais il faut continuer à avancer. Et en fait, le corps, il est usé petit à petit. Moi, je sais que je suis restée allongée. Ça me fait rire maintenant. J’étais allongée sur mon canapé toute la journée parce que j’étais en arrêt maladie. Et je me disais, oh, je prendrais bien un thé. Mais le problème, c’est qu’il fallait que je me lève pour aller faire bouillir de l’eau et faire du thé. Je ne pouvais pas. Donc, ça a été ça. C’est assez loin maintenant. C’était en 2015. Mais je me souviens de ce côté où je ne pouvais plus me mouvoir. Je ne pouvais plus faire des courses. Je me revois. Une de mes filles était venue m’aider. Je la suivais. J’ai presque envie de pleurer. Mais je la suivais comme une petite vieille dans la grande surface. Je ne pouvais plus faire mes courses. C’est pour dire que ça va très, très loin. C’est en ça qu’il me paraît important de pouvoir vraiment repréciser aussi.

Katia : Tu n’es pas la première à témoigner du burn-out dans les interviews. On a effleuré la question du burn-out. Je te remercie en tout cas de témoigner de ça. Je vois bien effectivement que ça ravive des émotions. Ce n’était pas une période facile pour toi. Tout d’un coup, tu es terrassée en fait.

Laurence : Oui. C’est ça. Oui.

Katia : Comment est-ce que tu es sortie de cet état ? Qu’est-ce qui t’a aidée à pouvoir reprendre pied Tu nous as dit tout à l’heure que ça a été long.

Laurence : En fait, j’ai eu la chance que la psychologue du travail m’ait donné le nom d’un psychiatre qui prenait en charge des personnes qui avaient fait un burn-out. Et ça a été le début d’un long chemin avec lui, magnifique. Je me demande si je n’y allais pas deux fois par semaine au début puis une fois par semaine. Mais en fait, ça a été sur plusieurs mois. Et cette personne m’a regardée comme un individu. Je ne sais pas. Il a humanisé ma détresse. Ça a été un accompagnement extraordinaire. C’est devenu une personne que j’aime beaucoup puisqu’il m’a suivie pendant deux ans. Et ensemble d’ailleurs, il a créé des groupes de paroles pour des personnes en burn-out. Et il dit que c’est grâce à moi parce que je l’ai un peu boosté. Enfin, c’était drôle parce qu’au bout d’un moment, on échangeait beaucoup sur le sujet, forcément. Au début, j’étais toujours dans les larmes. Et après, j’étais dans l’idée de créer ces ateliers créatifs autour du burn-out. Donc, il l’a créé. Du coup, j’ai rencontré d’autres personnes qui ont fait des burn-out. Et ça, franchement, pour moi, c’est une solution extraordinaire. C’est-à-dire de parler avec des gens qui ont le même vécu, qui sont dans la même détente, qui restent. Et on était dans des entreprises complètement différentes, dans des milieux complètement différents. Il y avait un banquier, il y avait un mec qui travaillait à la ville, il y avait des femmes qui travaillaient dans d’autres domaines. Enfin, on était vraiment dans des domaines très différents. Mais le partage, l’écoute, l’empathie, la compréhension, tout ça, ça fait que, ah, je ne suis pas toute seule. Ah, mon entreprise dysfonctionnait aussi. Je ne suis pas responsable de ce burn-out. Enfin, voilà. C’est ça, la reconstruction d’appétit.

Katia : Tu avais déjà entendu parler du burn-out ? Avant d’en faire toi-même…

Laurence : Pas du tout.

Katia : Et la première fois qu’on a prononcé ce terme-là, est-ce que tu te souviens de la réaction que tu as eue ?

Laurence : Alors, je ne m’en souviens pas du tout. Il faut dire que j’étais dans un état physique et psychique qui fait que les réflexions, je pense que j’ai oublié. Par contre, là, ce qui me vient, c’est que pour les personnes qui seraient dans cette situation, elles peuvent s’adresser via Internet, je pense, sur le site de France Travail, avec Marie-France Pesez, qui est une femme extraordinaire dont j’ai lu les livres, que j’ai écoutée en conférence, et ça aide énormément. Parce que, voilà, il y a une compréhension de comment on est maltraité au travail. Je pense que la maltraitance est aussi au travail. On pourrait beaucoup en parler, parce qu’il y a la maltraitance. Pourquoi maltraitance ? Le système capitaliste, pour moi, est beaucoup responsable de cette situation. Faire du profit à tout va. Enfin, les employés n’ont aucun sens. On perd les valeurs, on perd le sens de l’activité. C’est un ensemble. On dit le bore-out, c’est l’ennui au travail. Le brown-out, c’est le manque de sens au travail. Et le burn-out, c’est on est consumé de l’intérieur, on s’écroule. Voilà, c’est un sujet passionnant. Je l’ai beaucoup exploité en 2015 et les années suivantes, mais aujourd’hui, c’est moins d’actualité. Mais c’est important de le dire aux gens. Il faut conscientiser ça. Ils ne sont pas responsables de l’état dans lequel ils sont quand ça va mal dans l’entreprise. Voilà. C’est ça que je veux dire.

Katia : C’est presque le mal du siècle, parce que c’est aussi une réalité. Je veux dire, je ne minimise pas quand je dis que beaucoup se plaignent ou disent avoir vécu un burn-out et quand on lit leurs témoignages, on peut se poser la question, est-ce que c’est véritablement un burn-out tel qu’il est défini, puisqu’il est reconnu, je crois, comme maladie professionnelle.

Laurence : Oui, je sais qu’à l’époque, il n’était pas reconnu. En 2015, 16, 17, il n’était pas encore reconnu. Aujourd’hui, je ne sais pas. Il me semblait qu’il était question qu’il se soit reconnu comme une maladie professionnelle.

Katia : Donc, c’est un diagnostic médical. Quelle a été ta vie depuis ?

Laurence : Oh là là ! Alors, en fait, entre 2015 et 2019, j’ai mené plusieurs actions pour me sortir de cet état de burn-out. Donc, ça a commencé avec cette thérapie avec le psychiatre, avec qui j’ai commencé bénévolement à animer des groupes de créativité autour du burn-out jusqu’en 2019. Entre-temps, j’ai fait un bilan de compétences parce que je sentais que c’était nécessaire de savoir où j’en étais sur le plan professionnel et j’étais complètement perdue. Et à l’issue de ce bilan de compétences, je me souviens que dans le bilan, il était indiqué que coach était un métier pour moi. Mais j’ai laissé ça un peu comme ça. Et puis ensuite, j’ai fait une autre formation, la bibliothérapie, dont on en parlera peut-être tout à l’heure. La victimologie, c’est un sujet qui m’a intéressée. En fait, je n’ai cessé d’apprendre pendant ce temps qui m’était donné, où je n’avais pas besoin de travailler pour nourrir un objectif particulier. Oui, je suis en train de chercher dans quelle direction j’ai réfléchi à tout ça. Ah oui, ce que je voulais dire, c’est que ce qui s’est passé, c’est qu’en mars 2020, je ne sais pas si vous vous souvenez, on a tous été enfermés chez nous, et toutes les activités se sont arrêtées, et moi, j’étais en plein développement de co-animation avec le psychiatre qui m’avait suivi et tout s’est arrêté. Et donc, c’est là que j’ai fait une formation en victimologie parce qu’on était enfermés chez soi et cette formation se faisait par Internet. Donc, c’était plus par curiosité intellectuelle. Mais c’est intéressant parce que c’est Gérard Lopez qui est président de cette fondation, qui est un psychiatre que j’avais déjà écouté au sujet de la maltraitance des enfants, et donc la victimologie, ça prend en charge toute personne victime dans quelque situation que ce soit, que ce soit un attentat, victime de maltraitance, de harcèlement, de violences conjugales, etc., pour prendre en compte sur plusieurs plans pour les aider à se reconstruire. Donc, il y a une partie légale, psychologie, humanitaire, psychologique, donc je trouvais ça très intéressant d’étudier ça. Bon, moi, je ne suis pas à même d’aider les gens sur le plan légal, mais je peux leur indiquer des pistes d’aller vers des associations, des choses comme ça. Donc, en fait, dans cette histoire depuis mon burn-out, il y a quand même cette histoire de confinement, de soi-disant pandémie Covid, etc., qui fait que j’ai été arrêtée. J’ai un doute sur la chronologie, mais suite au bilan de compétences, j’ai fait une formation pour devenir coach. Et là, j’ai comme un trou de mémoire. Ah oui, voilà, je l’ai faite en ligne, par Internet. Et à l’issue de ça, j’ai eu un magnifique diplôme. Ça me fait rire quand je dis magnifique, c’est qu’en fait, il est joli sur le papier, c’est-à-dire qu’il y a des dorures autour et tout, c’est très joli. Mais pour moi, la meilleure formation que j’ai pour être coach et pouvoir accompagner des gens, c’est simplement l’expérience de ma vie, mon expérience d’enfance, d’adulte jusqu’à aujourd’hui. C’est ça qui me permet d’accompagner des gens, vraiment. Voilà, je me suis un peu perdue chronologiquement, mais on arrive en 2020.

Katia : C’est pas grave. Il m’est venu la notion que tu étais devenue le patient expert. Puisque tu disais que tu allais animer des groupes en partenariat avec le psychiatre qui t’accompagnait. C’est comme si tu avais changé de posture, de patient à patient expert, qui allait à son tour accompagner des personnes qui avaient vécu la même chose.

Laurence : Oui, tu vois, j’avais oublié ce mot patient expert.

Katia : Ce sont les dénominations dans l’éducation thérapeutique.

Laurence : Oui, mais c’est tout à fait ça. Dans mon accompagnement en tant que coach, pour moi, c’est facile, parce que j’ai l’expérience de beaucoup, beaucoup, beaucoup d’épreuves. Et grâce à ça, quand une personne se présente à moi avec une problématique, que ce soit relationnelle, psychologique, dans le travail, etc., je l’écoute. Étant donné que j’ai travaillé sur moi, je peux accueillir cette personne avec ses difficultés, avec ses souffrances, sans que ça m’impacte nullement, mais par contre, je suis en empathie totale. Et ça, je pense que c’est très important. Donc j’écoute cette personne, j’écoute ses silences, et dans les moments où cette personne me parle, il me vient souvent des sortes de métaphores, d’images que je lui suggère quand je sens que c’est le moment de le suggérer, et qui apportent souvent une émotion en cette personne, qui fait qu’elle va pouvoir avancer plus en profondeur que dans le fait juste de raconter. Il y a l’émotion qui monte, et pour moi, ça fait avancer la personne, en fait.

Katia : Il y a quelque chose de l’ordre de l’intuition.

Laurence : Oui. Je ne sais pas si ça vient de moi. Alors, des fois, je dis peut-être que c’est quelque chose que je canalise de là-haut, enfin, je ne sais pas d’où, et parfois, je pense que ça vient de moi, que c’est mon intuition. C’est assez mystérieux, en fait. Je ne maîtrise pas tout.

Katia : En tout cas, c’est juste.

Laurence : Oui. Oui, oui. C’est toujours juste.

Katia : Tu attribues le début de ton cheminement à ta découverte d’Alice Miller. Pour résumer, tu dis dans ta présentation sur ton site Internet que j’ai parcouru de long en large, en travers, tu dis avoir choisi au hasard un livre d’Alice Miller sur l’étagère du rayon psychologie, le parcourir et ressentir en le feuilletant comme si on retirait de tes épaules une sorte de manteau trop lourd, un poids que tu portais depuis toujours, mais qui ne t’appartenait pas. Que s’est-il passé ? Est-ce que tu peux nous en dire plus ? Sur quoi est-ce qu’elle a travaillé ? Qu’est-ce que tu as compris ? Dis-nous tout.

Laurence : Oui, Alice Miller est une femme extraordinaire. Alors, la vie est merveilleuse quand même, parce que j’avais acheté un livre qui s’appelle L’art de coacher, de Pierre Blanc-Sahnoun. Et au début de son livre, il évoque le nom de cette femme, Alice Miller, que je ne connaissais pas du tout. Et donc, je suis allée dans une bibliothèque chercher les livres qu’elle avait écrits, parce qu’elle en a écrit 13. Elle est décédée en 2010. Et j’en prends un au hasard et je commence à le feuilleter. Là, je me vois dans la bibliothèque et franchement, c’est ça. C’est tout d’un coup, c’est comme si quelqu’un venait de me retirer un poids des épaules. Je me sentais allégée parce qu’en fait, Alice Miller, dans ce que je lisais, elle me disait que les souffrances, que ce que j’avais vécu dans l’enfance et les souffrances qui en découlaient à l’âge adulte, c’était pas de ma faute. Et elle rajoutait, c’est de la faute des parents, de mes parents. Jamais, j’avais imaginé penser une chose pareille. Et j’avais 40 ans. Et là, ça a été le début. Alors, j’ai lu tous ces livres, bien évidemment. Et là, ça a été le début d’un cheminement de reconstruction, de réparation, grâce à cette femme. J’aimerais bien parler de quelques arguments que cette femme donne dans ses livres pour montrer aux gens de quoi elle parle. Donc, il y a une des phrases qu’elle dit, parce que ça a été des phrases clés pour moi. Il y a une des phrases qu’elle dit, c’est « Adultes, nous ne sommes pas obligés d’aimer nos parents. » Elle est énorme, cette phrase. Elle vous fait prendre conscience, qu’en fait, il n’y a pas d’obligation. Et donc, toutes ces fois où on s’oblige à leur rendre visite, à les manger une fois de temps en temps, etc., et puis, la journée avec eux passe, on rentre chez soi, mais on se sent vidé, fatigué, pas bien, mais qu’est-ce qui se passe ? Donc, on se remet en question soi-même. Donc, grâce à Alice Miller, déjà, il y a une prise de conscience. On fait un pas de côté. On dit, bon, mais qu’est-ce qui se passe factuellement ? Pourquoi je me sens pas bien, etc. ? J’ai droit de ne pas les aimer. Donc, c’est le début d’une réflexion très, très forte, quand même. Ensuite, elle parle du quatrième commandement. « Tu honoreras ton père et ta mère. » Je ne vous dis pas la suite, mais « Tu honoreras ton père et ta mère. » Ce quatrième commandement est un frein total à une réparation quand on a eu des parents maltraitants. Parce que si, enfant, on refoule la façon dont nos parents sont avec nous, ensuite, on grandit, on devient adulte, et on est dans le déni de ce que nos parents nous ont fait vivre, cette phrase « Tu honoreras ton père et ta mère », ça efface la possibilité de se dire, mais ils sont peut-être responsables de l’état dans lequel je suis aujourd’hui. Pourquoi ils m’ont fait souffrir comme ça ? Donc ça, c’est une deuxième chose d’Alice Miller qui est très importante. Il y a une autre chose et qui, pour moi, me tient énormément à cœur, c’est le pardon. Si un thérapeute ou quelqu’un, qui que ce soit, vous dit, pour guérir, il faut pardonner, stop. Alice Miller en parle, mais moi, j’avais déjà réfléchi sur ce sujet. Le pardon, c’est pas une action comme, tiens, aujourd’hui, je vais mettre un jean bleu, tiens, aujourd’hui, je vais pardonner. C’est pas ça du tout. Le pardon, c’est un processus. Si en début de thérapie, on vous dit de pardonner, ça n’a aucun sens. Parce que vous allez devoir travailler sur ce que vous avez subi dans l’enfance, sur tout ce parcours. Vous pouvez pas commencer par pardonner à vos bourreaux avant même d’avoir fait la réparation, enfin, d’avoir travaillé sur vous. Et ces bourreaux, est-ce qu’ils vous demandent pardon ? Donc, en fait, le pardon, ça va être un processus qui arrivera ou pas. C’est, pour moi, jamais obligatoire. Et j’ai tendance à me mettre en colère quand j’entends qu’il faut pardonner. Parce qu’on a un impact de des religions. Alors, il y a la religion et il y a l’éducation et la culture. Mais je pense que Alice Miller a complètement raison à ce sujet. Et je ne cesserai de le dire. Et la dernière chose, enfin, c’est pas la dernière, mais encore une chose dont parle Alice Miller, c’est la colère. En fait, j’ai mis beaucoup de temps à comprendre ce qu’elle voulait dire par là. Parce que moi, je n’arrivais pas à me mettre en colère contre mes parents. J’ai passé des tas d’années à faire des thérapies, etc. Et en fait, à un moment donné, l’expression de la colère est une libération. Parce que quand vous exprimez votre colère, ça sort de vous. Et plutôt que de garder en vous toute cette colère, justement. Cette colère, elle va vous nuire. Donc, l’exprimer, c’est pas forcément l’exprimer face à face avec ses parents, parce que certains parents ne vont pas le comprendre et vont en rajouter en vous disant, mais n’importe quoi, bref, comment oses-tu, blablabla. Donc, cette colère, vous pouvez l’exprimer auprès d’un thérapeute qui est empathique, qui connaît les conséquences de la maltraitance dans l’enfance dans la vie d’adulte. Vous pouvez l’exprimer dans une randonnée en montagne et crier votre colère en haut de la montagne. Vous pouvez l’exprimer où vous voulez. Vous pouvez l’écrire. Mais exprimer sa colère, c’est faire sortir de soi sa colère. Et ça, c’est vraiment salvateur. Voilà. J’ai encore beaucoup à dire sur Alice Miller, mais je ne sais pas si on peut parler encore beaucoup d’elle.

Photo de Laurence Benoist prise par Les Yeux d'Estelle

Katia : Si tu as d’autres choses à nous partager, on t’écoute.

Laurence : Trois petites choses. Alice Miller, dans ses livres, elle parle de la pédagogie noire. La pédagogie noire, c’est une façon d’éduquer les enfants pour les soumettre et pour en faire des objets soumis. Elle, dans C’est pour ton bien, un de ses livres, elle raconte des passages de la pédagogie noire. Par exemple, au XIXe siècle, où des médecins écrivaient, ils expliquaient aux parents que pour dresser leurs enfants, je crois que c’est ce mot qui est utilisé Là, j’ai un doute si c’est éduqué, mais je crois que c’est dressé. Il faut les frapper jusqu’à ce qu’ils se soumettent. Ça, c’est des médecins qui donnaient ça comme conseil aux parents. On comprend pourquoi en France, on a un mal de chien à faire voter cette loi pour la fesser. Alors là, j’avoue que je ne sais pas si elle a été votée ou pas, je n’ai pas noté. Mais c’est très récent, en tout cas, si ça a été fait.

Katia : Il me semble que oui. Oui, c’est très récent.

Laurence : Donc, elle parle de cette pédagogie noire. C’est important de la connaître, c’est-à-dire de savoir de quoi se servent les adultes parfois. Alors moi, je fais un petit point d’arrêt, c’est que je parle des parents maltraitants. Tous les parents ne sont pas maltraitants, on est d’accord. Je suis là pour aider les adultes qui ont subi de la maltraitance à la réparer pour mieux vivre leur vie d’adulte. Donc, cette pédagogie noire, il faut en avoir conscience et lire ce livre d’Alice Miller. Je pense que c’est assez dur à lire, mais c’est important. La deuxième chose dont elle parle, c’est les témoins, le témoin secourable. Ça, c’est le témoin, c’est-à-dire quand l’enfant est dans une famille dysfonctionnelle, il se peut qu’il y ait une personne autour de lui. Ça peut être un oncle, une tante, un frère, une sœur, un enseignant, n’importe qui, qui occasionnellement va lui faire… va l’assister, enfin, lui faire prendre conscience que ce qu’il vit, c’est pas normal, et qu’il n’est pas tout seul. Et ça, sur le chemin de vie de cet enfant qui va devenir adulte, c’est hyper important d’avoir rencontré de temps en temps une personne comme ça, secourable. Moi, je peux le dire, c’est mon arrière-grand-mère. Voilà, mon arrière-grand-mère était un témoin secourable pour moi. Et ensuite, elle parle du témoin lucide. Le témoin lucide, c’est l’équivalent du témoin secourable dans l’enfance, mais dans la vie d’adulte. Et là, ça peut être un thérapeute, ça peut être une amie ou un ami, ça peut être une personne rencontrée qui connaît les conséquences de la maltraitance dans l’enfance sur la vie d’adulte, et qui est en empathie avec cette personne, qui est capable d’entendre ce qu’elle a à dire, parce que c’est des fois très difficile. Cette personne, donc, on peut, sur son chemin de vie, rencontrer ces témoins, et c’est ces personnes-là qui vont vous aider à sortir de vos souffrances. Voilà. Je pense que… J’ai bien dit.

Katia : C’est la personne que tu es devenue, Laurence.

Laurence : Oui. Alors là, je suis un peu émue, parce qu’arriver à 62 ans, pour accepter, enfin, c’était un peu avant, mais disons vers 60 ans, pour accepter de voir que finalement, c’est une mission de vie que je ne voulais pas voir, et je pense, même si j’en avais conscience, parce que j’ai toujours pratiqué l’écoute active, même autour de moi, que ce soit avec des amis, dans la famille, etc. Comme dit Pierre Blanc-Sahnoun, on ne devient pas coach, on l’est depuis tout petit, au vu de son histoire personnelle, de ses névroses, de sa personnalité, etc. Ce qu’on a traversé, du chemin qu’on a fait, et on est prêt. À un moment donné, on est prêt. Donc, en fait, moi, je suis prête, depuis quelques années, à assumer cette mission, et à aider des gens, parce que, voilà, c’est ce pourquoi je suis là aujourd’hui, en fait.

Katia : Il t’a fallu du temps pour l’admettre, le reconnaître, mais peut-être du temps pour, toi-même, guérir tes propres blessures, et te réparer, parce que c’est un terme que tu as utilisé plusieurs fois.

Laurence : Oui, oui. Et la réparation est indispensable. On peut toujours aider les gens, même si on n’est pas complètement réparé. Je pense que je suis au bout du chemin de la réparation, et ça, c’est quand même hyper important pour être confortable face aux personnes en souffrance.

Katia : Si on revient en arrière, tout à l’heure, tu me disais qu’en mars 2020, tout s’arrête. Les activités que tu commences à mettre en place sont stoppées net par le confinement, par la crise sanitaire. Qu’est-ce qu’il advient à ce moment-là pour toi ? Est-ce qu’on peut en dire quelques mots ? C’est une période qu’on a traversée même dans la main, toutes les deux.

Laurence : Oui, c’est ça. On a vécu quelque chose. Alors, on a parlé tout à l’heure de mon côté autrice. Moi, j’écris au quotidien depuis des tas d’années, j’écris tous les jours. Et dans cette période de mars 2020 et les années qui ont suivi, j’ai continué à écrire. Et en fait, au vu de ce qu’on a traversé, parce qu’il y avait quand même un côté de grande peur, de tout d’un coup, on allait tous mourir, on allait tous tomber malades et contaminer tout le monde, et enfin, il y avait quand même une espèce de terreur, je dirais, organisée par les médias mainstream, aux ordres du gouvernement. Moi, j’ose dire les choses telles que je le pense, parce que c’est ce que je pense. Donc, si les gens pensent autre chose, ils pensent autre chose, ils ont le droit. Mais moi, c’est ce que je pense.

Katia : Espérons que nous ne soyons pas censurés.

Laurence : Si y a censure, ça veut dire quelque chose, encore une fois, c’est que ça dérange.

Katia : Attention à l’outrage en ligne. Tu sais que depuis quelques jours a été votée la loi sur l’outrage en ligne.

Laurence : Mais sinon, nous sommes en démocratie, tout va bien. Bon. En fait, on a vécu une période pour moi de grandes réflexions. Et comme je l’ai dit tout à l’heure, je cherche à comprendre, c’est-à-dire tous ces morts qu’on nous balançait tous les jours à la télévision, étant donné qu’on était enfermés chez nous, on n’avait pas grand-chose d’autre à faire. Donc, on regardait ce qu’on nous disait. Et je me disais, au bout d’un moment, c’est bien beau tout ça, mais d’habitude, il y en a combien des morts ? Parce qu’il y en a toujours eu des morts. Jusqu’à présent, ça. Et en fait, en regardant, je me rappelle, c’était avril-mai 2020, j’ai commencé à faire des recherches. Et en fait, des morts, je ne sais pas, on était à 20 000 morts, mais en fait, à la même époque que les autres années, on a autant de morts. Donc, pourquoi ? Qu’est-ce qui se passe ? Donc, ça a été une grande réflexion. Mais je suis vraiment passée par des périodes très difficiles. Et j’en ai fait un livre parce qu’on oublie, malheureusement. C’est très difficile de reparler de cette période-là parce qu’il y a de l’oubli. Par contre, il y a eu des moments, très difficiles, et il y a aussi eu des moments formidables, notamment quand on a commencé à manifester et qu’on s’est retrouvés toutes les deux. Et ça, ça a été magique parce que c’était une expérience, je ne sais pas si toi, c’est pareil, mais moi, je n’avais jamais trop manifesté avant. Et là, c’était comme une évidence, en fait. On est sortis, on s’est dit, tu viens, je viens, on y va, et hop, c’est parti.

Katia : C’était notre rendez-vous tous les samedis. Il n’y avait pas moyen de faire autre chose, effectivement. C’était certes pour dire notre mécontentement et qu’on ne consentait pas à ce qui est en train de se passer, même si on savait que dans l’absolu, ça n’allait peut-être pas changer grand-chose, mais c’était vital, en tout cas, d’aller dire non, et puis de se fédérer, d’en rencontrer aussi d’autres qui, comme nous, se posaient des questions, remettaient en question ce qui était en train de se passer. On n’était pas en accord avec ça.

Laurence : Oui, c’était à la fois, toutes les deux, c’était… On a beaucoup rigolé. Je ne sais pas si tu te rappelles. On a eu des sacrés fourrures, quand même, alors que la situation était tellement dramatique. C’était vraiment une bouffée d’oxygène. Alors, on était toutes les deux. Et puis après, on a des amis qui nous ont rejoints. Et puis, il y avait ce groupe de gens qu’on ne connaissait pas et qui étaient là. Il y avait des pancartes avec des slogans. Mais tout ça, ça a été heureusement mis en photo. Et il y a eu des vidéos. Il faut que ça reste. Ça a été ce qui nous a permis de tenir, moi, je trouve, sur le long terme. Parce que quand on est tout seul chez soi, c’est mortifère dans cette situation. Et là, en fait, on s’ouvrait à d’autres personnes. On rencontrait d’autres personnes. On marchait. On chantait. On disait des slogans. Et c’est la vie. Et en fait, ce qu’il y avait d’extraordinaire aussi, c’est qu’il faut se rappeler qu’on nous disait de garder des distances avec l’autre. Il fallait se masquer. Il ne fallait pas s’embrasser. Il ne fallait pas s’enlacer. À nous, qu’est-ce qu’on s’enlassait ? Je précise qu’on n’est même pas tombés malades. C’est quand même un monde. Et oui, il nous fallait garder une distance.

Katia : J’allais dire la distance de sécurité. La distanciation sociale de deux mètres.

Laurence : Donc, on est allées contre tout ça. Et en fait, d’un côté, on nous disait ne soyez pas vivants. Mourez à petit feu. Surtout, si vous tombez malade, n’appelez pas le médecin. Restez chez vous. Et puis, quand vraiment vous allez mal, faites le 15. On est hospitalisés. Mais c’est quoi ce monde ? On ne soigne plus les gens. Les médecins ne devaient pas soigner leurs malades. C’est quand même hallucinant. Il y a énormément à dire. J’en ai fait un livre. Donc, il n’est pas encore fini. Je l’ai appelé Déshumanisation, ni oubli, ni pardon. Et j’irai jusqu’au bout de ce livre parce que pour moi, c’est fondamental. Je ne suis pas la seule à le faire. Mais plus on sera nombreux, mieux ce sera. Justement, à témoigner de ce qu’on a vécu. Et d’ailleurs, il y a une personne qui l’a lu parce que je l’ai fini. Il est à la relecture. Et je lui ai demandé si ce n’était pas trop. Pas assez. Des critiques, tout ça. Non, non, non. On a tendance à oublier. Il ne faut pas oublier.

Katia : Pendant tout ce temps où tu es empêchée de pouvoir exercer ton métier de coach, tu te lances dans l’écriture. Tu arrives même à aboutir à ce travail d’écriture en réalisant un manuscrit assez conséquent. Tu relates presque jour par jour de tout ce qu’on a vécu depuis mars 2020. Et puis, à un moment donné, quand même, il y a des perspectives joyeuses où tu peux à nouveau exercer ton métier.

Laurence : Oui. Alors, en fait, pour tout dire, je suis censée être à la retraite. Et ça fait une grosse réflexion dans ma tête. Enfin, il y avait une question pécuniaire. C’est-à-dire que je devais avoir une activité pour pouvoir continuer à bénéficier d’une rente qui m’a été octroyée suite à mon burn-out. Donc là, ça m’a fait accélérer le processus. Et moi, je trouve que l’univers est fabuleux parce que j’étais prête à être coach. Je le faisais bénévolement. Je l’ai beaucoup fait.  Il y avait comme un frein à créer mon activité, mon auto-entreprise parce que… par peur, simplement. Et là, c’est l’univers qui m’a envoyé cette injonction. C’est-à-dire, il faut que tu aies ton activité si tu veux continuer à toucher cette rente. Et il n’y a pas 36 solutions. Et donc, je me suis dit, c’est le moment. Mais moi, ça me fait beaucoup rire parce qu’en fait, l’univers est fabuleux. Et donc, j’ai créé mon entreprise. Bon, après avoir bataillé avec l’administratif française pour comprendre comment ça se passe, etc. Et donc, je me vois là auto-entrepreneuse avec cette activité et tout s’est bousculé. Et puis, on se rend compte qu’il y a des gens autour de nous pour nous aider et qui nous tombent du ciel. Enfin, tout est magique, en fait. Le site Internet, il a été fait par ma fille qui, elle, n’est pas spécialiste de site Internet, mais qui a trouvé… Mais vraiment, ça fait partie de ses capacités. Et c’est quelqu’un qui m’a boostée pour le faire. En fait, parce que sinon, toute seule, moi, je serais restée brouillée. Un site Internet, pourquoi faire ? Blablabla. Bon. Ensuite, j’ai retrouvé une amie. Un jour, je la vois et puis je lui ai dit, oh là là, je ne savais plus ce qu’elle faisait. Je l’avais rencontrée à la période du burn-out. Je ne savais plus quelle était son activité, où est-ce qu’elle en était, etc. Et j’étais dans la phase administrative de la création d’entreprise, avec toutes les questions qu’on peut se poser, etc. Et je sentais que je n’y arrivais pas. Et puis, je l’ai appelée en me disant peut-être qu’elle va pouvoir m’aider, je ne sais pas. Et puis, elle me dit, mais tu sais, c’est mon travail. J’accompagne les gens qui veulent créer leur entreprise. Moi, c’était trop drôle. Du coup, elle m’a accompagnée, elle m’a donné des tuyaux, etc. Et puis, aujourd’hui, je suis face à toi, Katia. Alors, il se trouve que tu m’as déjà interviewée il y a fort longtemps, avec l’histoire, justement, du Covid. J’étais la première, d’ailleurs, je crois bien que tu avais.

Katia : Tu étais la première. Petite aparté. Effectivement, c’est drôle qu’on se retrouve là, parce que deux ans en arrière, un peu plus, tu as  été effectivement la première que j’ai interviewée. J’étais dans la même dynamique que toi, recueillir des témoignages, pour laisser une trace sur ce que nous vivions depuis le début de la crise sanitaire. Et c’est toi qui m’avais encouragée à passer le pas de le faire, parce que je procrastinais, j’avais peur, je ne me sentais pas légitime. Tu étais, effectivement, donc la première à être interviewée. Donc, oui, la vie est drôlement faite.

Laurence : Oui, parce que quand tu m’as interviewée à cette époque-là, je n’imaginais pas qu’aujourd’hui, tu allais m’interviewer dans le cadre de ton podcast, Aujourd’hui, écrivons Demain, qui est un podcast super que je conseille à tout le monde, que j’écoute, moi, systématiquement, que je trouve qu’on apprend des belles choses, c’est positif, c’est pétillant, ça donne la pêche. En fait, Katia, tu sors de l’ombre des gens que je n’aurais jamais rencontrés, dont je ne connais pas du tout l’existence. Enfin, tu fais ça pour tous ceux qui t’écoutent, et c’est magique.

Katia : Naturellement est venue l’idée de te donner à mon tour la parole sur ce podcast, pour raconter aussi ton parcours de transformation et quand je t’écoute, je comprends bien que tout ce que tu as vécu dans ta vie, il y a quand même un fil rouge, ce qui n’est pas très sympathique, c’est quand même la maltraitance, familiale, institutionnelle, d’entreprise, comment dire, gouvernementale. En tout cas, la maltraitance et le fil rouge dans ta vie, tu as vécu énormément d’expériences de maltraitance, et parallèlement, tu as fait un énorme travail sur toi, d’introspection, de cheminement, pour sortir de cette posture aussi de victime. Oui, tu as été victime, mais tu n’es plus dans la victimisation et aujourd’hui, tu mets au service des autres toute ton expérience, tu l’as dit au début, de vie, pour accompagner les autres, parce que ta spécialité, c’est la thématique du trauma, de la maltraitance autour de l’enfance.

Laurence : Oui, j’ai eu du mal à mettre un mot sur ce que je peux apporter aux autres, ce qui est très difficile, parce que pour moi, c’était évident. Oui, je sais, j’apporte, mais je ne sais pas quoi. En fait, trouver les mots pour dire que je dirais que je suis spécialiste des conséquences de la maltraitance dans l’enfance sur la vie de l’adulte. Donc, effectivement, c’est de l’ordre du trauma. Et puis, j’ai une autre corde à mon arc, c’est que j’ai la chance d’avoir eu un père particulier. Et juste une petite anecdote, j’avais 34 ans quand une de mes thérapeutes que je suivais à l’époque m’a dit, votre père est un pervers narcissique. Ah, je ne sais pas ce que c’est qu’un pervers narcissique. Mais enfin, j’avais une explication de son comportement menteur, manipulateur, pervers. Et quand j’étais ado, dans les années 80, on ne parlait pas des pervers narcissiques. C’est Paul-Claude Racamier, le premier qui en a parlé, en tout cas, on a fait un livre, La perversion narcissique, qui est sorti en 1992. Donc, moi, je dirais que ça, c’est une corde à mon arc, parce que je sais très bien comment fonctionnent les pervers manipulateurs. Donc, si une personne est en présence de ce genre d’individu, je peux aussi l’aider. Moi, j’aurais beaucoup aimé, quand j’avais une vingtaine d’années, rencontrer un thérapeute aguerri sur ce sujet, parce que c’est un sujet quand même très particulier. Il faut le connaître, pour aider la personne à s’en sortir. Parce que quand vous êtes victime d’un pervers narcissique, ça peut vous amener jusqu’à la mort. Vous pouvez vous en suicider, si je puis me permettre. Donc, voilà, ça c’est une corde supplémentaire. Donc oui, effectivement, les traumas, les traumas de l’enfance, le pervers narcissique, c’est autre chose. Et puis aussi, il se trouve que j’ai été la maman d’une enfant qui a eu une grave maladie à deux ans, que j’ai accompagnée, et comme toute maman accompagne son enfant dans les soins hospitaliers sur de longues années. Donc, je suis aussi à même d’écouter ce genre de souffrance qui n’est pas banale.

Katia : On peut préciser que tu en as fait un livre.

Laurence : Effectivement. Un si long voyage. Oui, oui, oui. Ça a été mon premier livre qui a été… Bon, aujourd’hui, il est à compte d’auteur, mais donc il a été édité parce que j’avais trouvé sur Internet une maison d’édition. En fait, je m’étais fourvoyée parce que cette maison d’édition ne m’a pas servi à grand-chose, mais maintenant c’est à compte d’auteur, donc il est vendable si quelqu’un veut l’acheter. Je parle de cette expérience de maman qui accompagne son enfant dans la maladie. Il est bouleversant.

Katia : Je l’ai lu en 48 heures, je crois, et je t’ai découverte sous un autre angle. J’étais très émue et touchée de lire ton témoignage parce que je crois qu’au moment où je lisais ton livre, j’avais l’âge auquel toi, tu accompagnais ta fille.

C’est un livre que je vous invite à lire vraiment. Tu dis qu’on peut le trouver ou il faut te contacter peut-être pour pouvoir y avoir accès.

Laurence : Le mieux, c’est de me contacter parce que c’est par mon biais, en fait, que je le vends. Après, j’ai un blog sur Internet qui parle de ce livre mais en me contactant, il n’y a pas de souci. Juste une petite anecdote sur ce livre. Les personnes qui le lisent, en général, sont très touchées. Certaines pleurent, le trouvent poignant, etc. Mais c’est quand même un livre d’espoir. Et notamment, il y a une dame, quand je travaillais encore avant mon burnout, une dame assez âgée, une cliente que je ne connaissais pas, mais à qui on avait amené mon livre, un commercial qui l’avait amené, et elle m’a dit quelque chose. Je ne m’y attendais pas du tout. Elle m’a dit « Je vous remercie pour votre livre et je le relis de temps en temps parce qu’il me donne du courage. » Je ne m’attendais pas du tout à ça. C’est surprenant, finalement. Une fois qu’on a écrit un livre, on ne se rend pas compte de ce que les gens peuvent ressentir.

Katia : C’est pour ça que j’ai mentionné en introduction que tu étais pour moi une battante et une guerrière. Je t’ai connue il y a une dizaine d’années. Je n’avais pas notion à l’époque de ce que tu avais traversé déjà dans ta vie passée. J’avoue que quand je t’ai lue, il y a une force de vie qui se lie dans ce que tu as écrit qui est juste incroyable.

Laurence : Oui, il est optimiste.

Katia : Quand on sait aujourd’hui que ta fille, elle est bel et bien là parmi nous. C’est elle qui a fait ton site internet. C’est quand même aussi une très belle histoire.

Laurence : Oui, c’est difficile pour moi de parler sans émotions. Mais oui, ça fait partie des épreuves de la vie et Dieu sait qu’on en traverse. Mais j’ai au fond de moi, je vais finir par le croire, une force de vie assez extraordinaire et je n’y suis pour rien. C’est mon âme, c’est mon chemin d’âme. Je ne sais pas.

Katia : Alors, comme dirait Jean-Dominique Michel, qu’est-ce qui te fait tenir bon ou debout parce que tu as traversé des épreuves ? Alors, on les a balayées un peu rapidement, mais on a bien compris en tout cas ce que tu as vécu dans ta vie sur le plan personnel, familial, professionnel.

Laurence : C’est une grande question. Je ne sais même pas si j’ai la réponse. C’est un peu ce que je t’ai dit là. C’est en moi. Ça fait partie de ma nature. C’est donc ça la résilience. Je pense que ce qui est aussi très prégnant en moi, c’est l’amour. L’amour avec un grand A que les êtres humains ont les uns pour les autres. C’est drôle de dire ça quand on a été maltraité. Mais en tout cas, il y a des êtres humains fabuleux sur notre chemin et l’amitié en fait partie ici. Mes filles, certaines personnes de ma famille. Je me souviens, c’est ce que je dis dans mon livre sur ce qu’on a traversé depuis le Covid, c’est que j’ai eu des moments, j’ai un compagnon de vie avec qui je ne vis pas par choix, mais on est ensemble depuis de nombreuses années. Pendant le Covid, il y avait des injonctions du gouvernement qui nous disaient qu’il fallait qu’on soit vacciné. Donc on accepte un produit dans notre corps qui était en phase 3 de test, dont on ne connaissait rien, même pas la composition, etc. Moi, ma petite intuition personnelle qui est souvent là finalement, m’a dit, surtout pas, ne te fais pas injecter ce produit. Bon, c’était mon choix. Mais j’avais un compagnon et je ne voulais pas qu’il se fasse injecter ce produit. Et ça a été tout le long du Covid, lui, il avait une façon de voir les choses et moi une autre et on a eu des discussions. Je crois que jamais on s’est autant gueulé dessus. Moi, ça me mettait dans des colères. Je suis une personne très calme, qui aime apaiser les situations. Mais là, je suis sortie de mes gants, etc. Je me suis dit, tout ça pour en venir là, que si notre couple tenait le coup, malgré cette situation, c’était qu’il allait tenir encore très longtemps et que pour moi, quoi qu’il arrive, l’amour devait être plus fort que ça. Donc l’amour est vraiment mon leitmotiv. Je dirais ça.

Katia : C’est une belle réponse. Et une belle raison de continuer à tenir bon et de pouvoir tenir bon. Finalement, c’est l’énergie d’amour la plus puissante. Laurence : Oui, et puis c’est le lien qu’on a les uns avec les autres. On a voulu nous retirer ça. On a voulu nous couper les uns des autres. C’est criminel.

Katia : Tu es aussi bibliothérapeute. Donc tu aimes écrire. Tu aimes lire. Alors, qu’est-ce que c’est que bibliothérapeute ?

Laurence : Alors, une petite anecdote. Un jour, j’étais dans un magasin et je vois une carte de visite d’un homme qui était bibliothérapeute. Alors, comme je suis curieuse, j’ai pris sa carte, je l’ai emmenée chez moi. Je suis allée voir son site internet et puis j’ai vu qu’il s’était formé auprès de Régine Détambel. Régine Détambel, c’est une femme que je connaissais en tant qu’autrice mais qui est bibliothérapeute en France et qui est une des rares d’ailleurs. Enfin, en tout cas, à l’époque, il y en avait très très peu. Et j’ai vu qu’elle formait les gens par internet. Donc, je suis allée sur son site pour voir ce que c’était, etc. Et puis, je me suis dit, moi, je vais faire une formation avec elle. C’est super. En fait, je me suis rendue compte que bibliothérapeute, j’ai été plus ou moins depuis toujours, c’est-à-dire conseiller des livres aux gens qui peuvent leur apporter quelque chose, que ce soit des romans ou des essais, etc. Et puis, moi-même, je me suis soignée avec les livres parce que depuis que je suis toute petite, depuis que je sais lire, le livre, c’est mon compagnon. Pour moi, un livre, c’est magique. Donc, j’écris, effectivement, mais je lis beaucoup.

Katia : Vous ne le voyez pas, mais moi, oui. Il y a une énorme bibliothèque derrière Laurence.

Laurence : Oui, effectivement. Ce sont mes bébés. Je les bichonne. Je les prête des fois. Alors, la bibliothérapie, en fait, c’est né aux États-Unis. C’est une infirmière qui prenait en charge les soldats qui rentraient de la première guerre mondiale. Et elle s’était rendue compte… Donc, c’était des personnes traumatisées. Elle s’était rendue compte qu’en leur faisant la lecture ou en les faisant lire, ça les guérissait, enfin, ça les soignait. Ça avait une action très positive. Et les anglo-saxons se servent beaucoup des livres, justement, pour aider les gens. Mais alors, moi, je voudrais parler de la façon dont Régine Détambel voit la bibliothérapie. Elle était kinésithérapeute à la base. Et en fait, grâce à la lecture de textes, pour des clients qui peuvent être enfermés soit dans leur corps, soit enfermés dans les prisons, dans les hôpitaux, quand on est malade, dans les EHPAD, quand on est âgé. Il y a un espèce d’enfermement comme ça. Et la lecture de textes, alors, les personnes peuvent les lire, les scander, les marteler, les chuchoter. Ça fait vivre quelque chose dans leur corps, soit en écoutant, soit en le lisant à voix haute. C’est très important, la lecture à voix haute. Et puis ensuite, on peut avoir un petit carnet dans ces ateliers de bibliothérapie créatrice. On peut avoir un petit carnet et puis chacun va faire un petit collage ou écrire des mots qui résonnent par rapport aux textes qui sont lus. Donc ça, c’est la bibliothérapie vue par Régine Détambel. Moi, j’ai fait, notamment, je m’en suis servie pour le burn-out, pour des personnes en burn-out, parce que je choisissais des textes qui faisaient que ça allait faire écho dans leur vécu, ou faire des pas de côté. Il faut le vivre pour le comprendre.

Photo de Laurence Benoist et de Katia Crabé

Katia : Donc c’est un outil, si on peut dire, que tu mets au service de ton accompagnement. C’est comme si tu faisais une prescription du dernier livre d’Alice Miller.

Laurence : Voilà. Chez les anglo-saxons, il y a des médecins qui font ça. Ils font des ordonnances avec des livres. Et moi, ça va être, si j’ai une personne en face de moi, par exemple, qui se sent… qui n’ose pas avancer, agir, etc., je peux très bien lui proposer un livre de Frédéric Fongé qui s’appelle Oser. Mais je peux aussi lui proposer un roman. Par exemple, je ne sais pas, moi, il disait Lionel Duroy, que j’adore, ou… Enfin, voilà.

Katia : Ça peut être des romans, ça peut être de la poésie. Ça implique d’aimer la lecture et de lire régulièrement. Et d’avoir une connaissance sur différents types. Tu parles de poésie, de romans, de développement personnel, peut-être spiritualité.

Laurence : Oui, voilà. C’est ça. Alors, après, on n’a que 24 heures et on ne peut pas tout lire. Donc je sais très bien qu’il y a des tas de choses que je ne lis pas. Mais je suis quelqu’un qui lit tous les jours. Donc j’ai une petite connaissance.

Katia : J’avais repéré une autre petite phrase que tu avais notée sur ton site. Alors, on fait beaucoup d’allers-retours. Mais tout ça, pour moi, ça a un sens quand même. « Le meilleur service que l’on peut rendre aux autres, c’est de faire un travail sur soi ».

Laurence : Oui. En fait, c’est assez simple. C’est-à-dire que si on ne va pas bien, si on a des souffrances, si on a des manques, si on a des vides, on va demander, même inconsciemment à l’autre, à l’autre de remplir ses vides, de remplir ses manques, de nourrir les besoins que soi-même on n’arrive pas à satisfaire. Et quand on fait un travail sur soi, on n’a plus besoin des autres pour ça. Parce qu’on sait le faire seul. On l’a déjà fait, on l’a réparé, donc on n’a plus de besoin. Et l’autre devient un interlocuteur. C’est beaucoup plus simple, c’est plus fluide. On a juste à raconter, à parler. Ça simplifie énormément. Alors, un exemple, des parents qui n’ont pas fait un travail sur eux vont reporter sur leurs enfants des demandes de réassurance, des besoins qu’eux-mêmes dévident, de tendresse, etc. Ils vont faire porter sur leurs enfants le poids de leurs propres problèmes. Dans la vie de couple, c’est pareil. On va demander à l’autre d’être le pourvoyeur de notre bien-être. En fait, c’est pas ça, la relation à l’autre. La relation à l’autre, c’est un échange. C’est pas demander à l’autre de pourvoir à notre bien-être. C’est demander à l’autre de pourvoir à nos manques. Et quand on est réparé, qu’on est bien, non seulement on ne va pas demander à l’autre de nous réparer et de pourvoir à nos manques, mais en plus, on va être en capacité de dire nos limites, de dire nos besoins, de dire, oui, je suis d’accord pour t’aider, ou, ah ben non, là, je ne peux pas. En fait, ça simplifie tout.

Katia : Pour bien apprendre à se connaître, on peut venir te rencontrer.

Laurence : Avec plaisir.

Katia : Si tu devais définir la raison d’être aujourd’hui de ton activité, quel est le why, la raison d’être ?

Laurence : C’est d’être une main tendue pour les gens qui en ont besoin. Et puis, d’aider les personnes à réfléchir par eux-mêmes et à être dans la connaissance et pas dans l’ignorance. Je crois que c’est Alice Miller qui a dit ça.

Katia : Quelles sont les valeurs qui t’animent ?

Laurence : Alors, j’ai des valeurs très fortes, comme la liberté et la justice. Et, bon, c’est pas des sous-valeurs, les autres sont aussi très fortes. La paix, la joie et l’humour. Parce que là, on parle de choses un peu dramatiques, mais comme tu peux voir, j’ai souvent le sourire. Et je trouve que, d’ailleurs, on s’est rencontrés sur un atelier rigologie de notre amie Christine. Le rire est le meilleur médicament. C’est la meilleure thérapie qu’il puisse y avoir. Donc, il faut toujours mettre de l’humour même dans les situations les plus dramatiques. En tout cas, c’est la façon dont je fonctionne. Ce n’est pas toujours inné.

Katia : On dit que c’est le mécanisme de défense le plus élaboré. Ce n’est pas forcément quelque chose que l’on a en nous. C’est du point de vue psychopathologique ou psychanalytique, mais c’est le mécanisme le plus puissant qui nous permet peut-être de prendre du recul, de nous détacher, d’être moins impacté, même dans les situations les plus critiques, les plus dramatiques.

Laurence : Oui, et puis ça relie les gens, les humains entre eux aussi, le rire. Parce qu’on rit à plusieurs. Quand on a un fou-rire, et qu’on est deux à avoir un fou-rire, et qu’on n’en peut plus et tout, mais c’est magique.

Katia : C’était quand ton dernier fou-rire ?

Laurence : Oh, je ne me rappelle plus. Là, je ne saurais pas te le dire, mais il y en a eu un il n’y a pas longtemps, mais je ne saurais pas te le dire avec qui et pour quelle occasion. Peut-être avec une de mes filles, parce que j’ai souvent des faux rires avec mes filles, mais j’en ai aussi avec mon compagnon. Donc, je ne saurais pas te le dire un exemple.

Katia : Moi, j’en ai eu un avant de s’y ressortir. J’avoue que ça fait drôlement du bien. Je me dis là, mais mince, on ne rit pas suffisamment.

Laurence : Oui, je suis d’accord.

Katia : Qu’est-ce que tu souhaites transmettre comme message aujourd’hui ?

Laurence : Alors, je voudrais dire aux personnes qui souffrent qu’il y a un moyen d’aller bien, d’aller mieux d’abord et d’aller bien ensuite. Ce n’est pas inéluctable. Ce n’est pas parce qu’on a des problèmes relationnels, des problèmes psychologiques qui prennent la tête, etc. Non, il y a des solutions. Effectivement, faire une thérapie avec une personne qui vous convient, c’est très important. Et puis, la deuxième chose, c’est que vous n’êtes pas responsable de ce que vous avez subi dans l’enfance et que ça, c’est quand même très, très important parce qu’on a tendance à se culpabiliser. Voilà, je crois que c’est les deux choses principales. Après, j’aurais tendance à dire aussi qu’il y a des choses qui ne sont pas normales comme ce n’est pas normal de s’autodétruire, ce n’est pas normal de se soumettre, ce n’est pas normal d’être agressif, ce n’est pas normal d’être violent. Et tout ça, ce sont des surréactions par rapport à ce qu’on a vécu. Donc, mettre tout ça en lumière, en fait, il faut avoir envie de vivre et non plus de survivre pour avancer, pour évoluer. Donc, c’est un choix. On a cette responsabilité-là quand on est adulte. Est-ce que j’ai envie de prendre ma vie en main aujourd’hui, même malgré tout ce que j’ai vécu ? Est-ce que j’ai envie d’avancer ? Est-ce que j’ai envie d’évoluer et d’aller mieux ?

Katia : Peut-être si je peux rebondir sur ce que tu as dit avant, on n’est peut-être pas responsable de ce que nos parents nous ont fait vivre, mais alors peut-être responsable de ce que l’on en fait dans notre vie, par contre, pour continuer à vivre et à avancer.

Laurence : Mais on n’est pas responsable des souffrances que l’on endure à cause de cette enfance. La responsabilité, elle est simplement de est-ce que je me remonte les manches et est-ce que je fais quelque chose pour aller mieux ou pas ?

Katia : Qu’est-ce que tu aurais envie de dire à la petite Laurence ?

Laurence : Qu’elle est bien plus forte que tous ceux qui ont voulu la soumettre, qu’elle garde toujours son humour et sa joie de vivre et que la vie vaut la peine d’être vécue.

Katia : Est-ce que tu as des projets ?

Laurence : J’ai envie de continuer à développer mon activité de coach, donc me faire connaître et aider le maximum de gens que je pourrais tout en respectant mes besoins et mes limites parce que le burn-out est passé par là et qu’il faut savoir ne pas se laisser envahir non plus par trop d’activités. Continuer l’écriture parce que de toute façon je ne l’ai pas dit mais, l’écriture fait partie de mon ADN et sans écriture je pense que je me désintégrerais. Je ne sais pas trop si on peut dire ça comme ça.

Katia : Donc continuer à écrire parce que tu as une routine tous les matins.

Laurence : Moi j’écris tous les matins dans un carnet d’écriture depuis 2015 ça doit être le centième à peu près 95.

Katia : Et c’est grâce à ces carnets que tu as pu aussi écrire ces manuscrits

Laurence : « Déshumanisation, ni oubli ni pardon » je l’ai écrit en reprenant toutes mes notes depuis 2020 quotidienne. Bon après j’en ai fait quelque chose de chronologique mais avec des coupures quand même mais c’est pour ça montre bien ce qu’on a vécu je me suis servi de ça parce que la mémoire je ne l’aurais pas eu de tous ces événements, c’était trop compliqué.

Katia : Tu as redécouvert en lisant tes notes ce que nous avions vécu l’absurdité …

Laurence : Je ne dis pas tout parce qu’il y a des gens qui ont vécu des choses de leur côté, c’est vu de mon côté et individuellement même si on a vécu tous la même chose individuellement on a vécu des choses différentes.

Katia : Je t’ai invité à participer à Aujourd’hui, écrivons demain, le podcast qui met en lumière les acteurs du nouveau monde. Qu’est-ce que c’est le nouveau monde pour toi ?

Laurence : Pour moi tout commence par l’éducation. J’aimerais un monde où les enfants soient élevés dans la bienveillance, dans l’amour, jamais dans la violence. Ce qui n’empêche pas de mettre des limites. Mais pour moi le nouveau monde, ça commence par ça parce que je suis toujours assez surprise que les gens pensent régler les problèmes de violence d’adultes du monde, de la société etc. sans aller à la source à l’origine parce qu’en fait l’enfant qui est maltraité apprend la violence et ça fera un adulte ou qui va s’auto-mutiler ou qui va être violent vis-à-vis des autres à moins qu’il fasse une thérapie. Donc en fait la violence, c’est bien de réparer les gens et d’essayer d’empêcher qu’il y ait de la violence dans la société mais si on prend à la base dans l’enfance, je pense qu’on ira vers un monde plus humain, ça rejoint tout ce que j’ai dit depuis tout à l’heure c’est les gens sont en lien sans agressivité ou en tout cas beaucoup moins donc pour moi c’est ça je suis ni pessimiste ni optimiste, plutôt réaliste. Quand je pense pardon pour parler encore de ça mais qu’on a masqué des enfants à l’école, ils ne pouvaient pas respirer de toute la journée, on leur donnait un jeton de temps en temps pour pouvoir baisser le masque. Personnellement quand je mettais le masque pour faire mes courses en tant qu’adulte, je le baissais pour respirer et je ne le supportais pas. Ces enfants, on leur a fait supporter ça. On les a culpabilisés en disant qu’éventuellement si leurs grands-parents mouraient, c’était de leur faute.

Katia : C’était même pas éventuellement, le spot publicitaire était quand même très explicite. On voyait des enfants qui embrassaient leurs grands-parents et ensuite on voyait les grands-parents à l’hôpital. C’est monstrueux, c’est de la maltraitance de l’état envers nos enfants je trouve ça assez criminel. Donc c’est pour ça que je dis je suis réaliste, pas trop optimiste parce que si la société n’est pas capable mais toutes les personnes qui ont contribué à cette maltraitance de l’enfance pendant la période Covid, il faut quand même qu’on ouvre les yeux sur ce qui est fondamental dans la vie. Ce qui est fondamental, c’est d’être bienveillant vis-à-vis de nos enfants, c’est les adultes de demain pour leur vie d’enfant et pour leur vie de futur adulte. Le nouveau monde pour moi serait un monde où enfin tous ceux qui œuvrent pour le bien-être des enfants soient entendus. Tous ces livres doivent être lus celui de Catherine Guéguen, je fais ma bibliothérapeute coach mais lisez « Pour une enfance heureuse » de Catherine Guéguen, vous allez comprendre comment fonctionne et se développe le cerveau d’un enfant. On va comprendre que battre un enfant, être violent, lui dire des horreurs ou le punir, ou le mettre dans sa chambre ou le masquer, c’est scandaleux. Je suis outrée. Petit point positif, pendant cette période des associations de parents se sont montées et je pense à une en particulier pour protéger les enfants donc ça c’est le côté positif je pense à l’association des Mamans Louves. Les humains sont capables du pire et du meilleur. Alors pour ce nouveau monde, allons vers le meilleur.

Katia : Comment est-ce que toi tu penses pouvoir apporter ta pierre à l’édifice ?

Laurence : J’aimerais offrir aux personnes que je côtoie le meilleur de moi-même, c’est assez modeste, c’est une petite pierre .

Katia : Nous arrivons à la fin de l’interview. Est-ce qu’il y a une question que je ne t’ai pas posée que tu aurais aimé que je te pose ?

Laurence : Ou un sujet qu’on n’a pas abordé mais juste pour dire que je suis une personne hypersensible à multi-potentiel. J’ai découvert ça très tardivement en passant un test de QI et donc je suis à même d’accompagner des personnes surefficientes comme les appels Christelle Petit-Colin dont je recommande la lecture « Je pense trop ». C’est une particularité intéressante parce que quand je l’ai su, quand j’ai compris qui j’étais après ce test, j’ai compris tout mon parcours professionnel, toute la façon dont je fonctionnais en entreprise avec une espèce de vision globale des problèmes, des solutions, etc. Et quand je coache une personne, j’ai aussi cette particularité de voir ce que tout le monde ne voit pas donc c’est important. Alors on dit beaucoup hypersensibilité il y a une épidémie d’hypersensibilité à une époque on disait les surdoués alors ça fait genre on se prend pour qui mais on se prend pour personne. C’est juste qu’on a une réflexion, des pensées en arborescence, on pense très très vite à beaucoup de choses et une pensée en amène une autre et c’est juste un fonctionnement cérébral différent de ce qui est la norme parce qu’on est moins nombreux, c’est pas se la péter avec une histoire de QI et tout ça mais c’est important de savoir qui on est.

Katia : Il y a plein de gens qui le sont et qui ne le savent pas et d’autres qui pensent l’être et qui ne le sont pas.

Laurence : Oui ça c’est sûr il faut faire le ménage !

Katia : Il y a une flopée de burn-out, une flopée d’hypersensibles et de pervers narcissiques. Il y a une psychiatrisation massive, on a besoin de porter des étiquettes : j’ai fait un burn-out, je suis hypersensible comme si on le revendiquait comme une identité alors qu’en fait on est tous et on revient à la question de départ de qui tu es, qui sommes-nous.

Laurence : En fait on a plein de facettes tout le monde a plein de facettes mais les étiquettes ça aide à je pense que les étiquettes, c’est bien de se les mettre à un moment donné pour expliquer les choses et puis après on s’en détache et on est soi qui je suis, je suis moi il nous a fallu une heure pour arriver à répondre à la question de départ.

Katia : Est-ce que tu souhaites nous dire quelque chose de plus pour terminer avant que nous passions à mon portrait chinois ?

Laurence : Je pense qu’on a dit beaucoup de choses.

Katia : Tu ne m’as pas parlé d’un texte que tu voulais lire, est-ce que c’est le bon moment ? Ou à la fin, c’est comme tu veux. Je pense qu’on peut finir dessus alors on va avancer sur le portrait chinois. Si tu étais un plat, tu serais ?

Laurence : Alors ça tombe bien parce qu’on va bientôt manger on a faim. Alors moi si j’étais un plat, je serais une salade thaï au bœuf. J’adore ce plat pour son côté parfumé parce que dedans il y a de la coriandre et de la citronnelle. Je me damnerais pour de la coriandre et de la citronnelle puis c’est épicé donc c’est pétillant.

Katia Si tu étais un livre ?

Laurence : Alors là c’est un problème pour moi de répondre, on a combien de temps ? J’ai beaucoup de livres est-ce que je ne dis qu’un seul livre ?

Katia : Ou est-ce que tu en as plusieurs ? Tu peux nous en dire plusieurs.

Laurence : Déjà lire les livres d’Alice Miller. On n’est pas obligé de tous les lire mais il faut en lire quelques-uns quand même pour moi c’est très important. Et dans la lignée d’Alice Miller, il y a Brigitte Auriol qui est une dame qui a travaillé avec elle, une psychologue et qui a écrit un livre très récent qui pour les personnes qui n’ont pas envie de lire beaucoup à la place de lire Alice Miller ils peuvent lire ce livre-là qui s’intitule « Après tout ce qu’on a fait pour toi ». J’ai envie de parler d’ « Une farouche liberté » de Gisèle Halimi parce que ça c’est mon côté femme. C’est une femme extraordinaire franchement il faut lire ce livre et il se lit très vite c’est incroyable ce qu’elle a fait son parcours de vie est incroyable. Et puis, je suis obligée de citer un livre de Lionel Duroy « Le Chagrin » c’est un des livres, c’est un auteur qui se sert de sa vie pour écrire des récits de vie mais sous forme de romans qui sont très bien écrits qui sont passionnants. Lui aussi il a eu une enfance très particulière et cet auteur en plus j’ai eu la chance de le rencontrer, de passer plus d’une heure avec lui dans un café de ma ville et on a échangé sur l’écriture, c’était magnifique. Je vais m’arrêter, là il y en a plein d’autres.

Katia : Si tu étais un dicton ?

Laurence : « Soyez vous-même, les autres sont déjà pris » d’Oscar Wilde

Katia : Si tu étais un film ?

Laurence : « Le cercle des poètes disparus ». Celui-là c’est aussi un incontournable qui revient régulièrement. Il y a tout dedans : il y a Carpe Diem mais surtout moi ce qui m’a beaucoup marquée, c’est l’histoire de ce garçon qui a été maltraité par son père, je crois, qui se suicide. Elle est terrible cette histoire et puis cet acteur Robin Williams qui joue le professeur, c’est un petit peu moi quelque part, transmettre. Très beau film.

Katia : Si tu étais un super héros ou une super héroïne ?

Laurence : Alors là sans hésiter, je serais un Zorro au féminin pour sauver tous les enfants.

Katia : Merci Laurence de ta participation.

Laurence : De rien C’était un plaisir Katia.

Katia : Merci à toi de ton partage et de ton authenticité. Tu as donc un texte à nous lire, un texte que tu as écrit.

Laurence : En fait c’est un texte que j’ai écrit en 2017 mais je l’ai retrouvé pour l’occasion et voilà. Je l’ai intitulé L’origine de la violence, délestage. J’enrage. J’enrage de savoir ces enfants maltraités au sein de leur famille. Je voudrais, telle la fée transformer leurs bourreaux en parents bienveillants Que de temps gagner sur le futur. Pourquoi croit-on que l’on peut bâtir une société sans violence quand elle est présente à l’origine C’est absurde. On essaye de colmater les plaies quand il est trop tard. C’est à la source qu’il faut agir Futurs parents, anciens enfants ayant été niés dans vos besoins, regardez votre réalité en face, soyez lucides sur ce que vous avez vécu dans votre enfance. Pansez vos plaies. Fermez vos cicatrices et ne demandez pas à vos propres enfants de le faire. En fait, l’aveuglement généralisé sur les actes de cruauté endurés dans l’enfance est une grenade que l’on emmène partout avec soi dans sa vie d’adulte Déposez cette grenade avant qu’elle ne vous pète à la figure et fasse d’autres victimes. Ouvrez les yeux sur votre histoire. Vous avez le droit de vous plaindre. Puis, après ce temps de délestage de vos fardeaux, repartez allégés et enrichis de la connaissance de la vérité. C’est un cadeau que vous vous faites et que vous faites à vos enfants.

Katia : Merci Tu l’avais écrit dans quel contexte ? Tu te souviens ?

Laurence : Précisément non. Mais c’est ce genre de texte que j’écris spontanément après des maturations de pensée dans mon esprit Je ne me souviens pas précisément.

Katia : Encore merci.

Laurence : De rien Katia, merci à toi. Et longue vie à ton podcast Aujourd’hui écrivons demain A écouter Ça fait vraiment du bien Je conseille à tout le monde de l’écouter.

Retranscription effectuée à l’aide d’AutoScript.

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