Cécile Joyeux, fondatrice et gérante du Spot du linge
Publié le 20 mai 2024, par Katia Crabé
Temps de lecture : 30 min
Présentation de Cécile Joyeux du Spot du linge
Interview de Cécile Joyeux
Le Nouveau Monde selon Cécile Joyeux
Le portrait chinois de Cécile Joyeux

Présentation de Cécile Joyeux du Spot du linge
Katia : Aujourd’hui, Cécile me reçoit non pas au Spot du linge, dans son café laverie, mais à l’hôtel Côte Basque, juste à côté de la laverie parce qu’on craignait les sollicitations, le bruit, etc. On est dans le quartier de la gare à Bayonne. Ouvert depuis le 12 décembre 2018, le Spot du linge est un lieu utile, convivial et divertissant qui rassemble les fédères. On peut y prendre notre café, y déposer notre linge pour le laver et le repasser, manger sur le pouce des encas sucrés salés faits maison ou profiter d’une soirée karaoké entre amis. Ce n’est pas une laverie comme les autres. C’est plus qu’un lieu de vie, c’est une communauté, aime à dire Cécile. Cécile Joyeux est la créatrice de ce concept qui casse les codes de la laverie libre-service classique. Elle a d’ailleurs été récompensée à deux reprises pour son projet dans la catégorie… Alors si je ne me trompe pas, entreprise innovante dans un quartier sensible et concept reconnu comme innovant. D’autant qu’elle s’inscrit dans une démarche de développement durable. Elle choisit avec soin ses partenaires, ses lessives et le mobilier de décoration. Je ne vous en dis pas plus, installez-vous confortablement et immiscez-vous dans notre conversation qui s’annonce décapante. Je vous assure, vous n’irez plus à la laverie comme avant. Bonne écoute !
Interview de Cécile Joyeux, du Spot du linge
Katia : Bonjour Cécile !
Cécile : Bonjour Katia !
Katia : Comment vas-tu ?
Cécile : Moi ça va très très bien, merci de me donner la parole.
Katia : Merci à toi d’avoir accepté mon invitation. Alors, en aparté, on se rappelait comment on s’était connues.
Cécile : Et oui, c’était au temps des manifestations. C’était quelle année ?
Katia : En 2021. Je te disais que le Spot du linge était notre fief. Avec les copains, on venait prendre notre café avant la manif et notre petit demi au retour.
Cécile : Quel bon souvenir !
Katia : Il s’en est passé des choses depuis.
Cécile : Ah oui, ça c’est certain.
Katia : Parce que tu venais quasiment d’ouvrir, ça faisait quelques mois que tu étais ouverte en 2021.
Cécile : En 2021, ça faisait plus longtemps parce que j’ai ouvert en décembre 2018. Mais on va dire qu’avec les années de la crise, ce qui concerne la crise sanitaire, c’était un peu plus compliqué. Donc on peut dire que 2021 c’était comme un renouveau. On était post-Covid. Donc oui, il s’en est passé des choses, ça c’est sûr. Alors quand je dis on, c’est les 15 personnes qui m’habitent. Mais ça, je crois que tous ceux qui me connaissent l’ont entendu au moins une fois en nous rencontrant. Mais oui, on a beaucoup ramé. On rame encore, mais là on commence à avoir un peu la sortie du tunnel. Donc c’est chouette parce qu’on voit qu’il y a un renouveau là depuis un peu plus d’un an. Depuis début 2023.
Katia : Alors avant que tu nous racontes, est-ce que tu veux bien nous dire qui tu es, Cécile ?
Cécile : Ouh là là, qui je suis ? Alors 15 personnes m’habitent, mais en fait, à la base, je suis issue d’un bac littéraire, lettres et langues. J’avais validé ce cursus-là parce que j’aimais beaucoup comprendre comment les étrangers s’exprimaient. Donc j’avais suivi un cursus anglais, espagnol et italien. J’ai gardé beaucoup d’espagnol et beaucoup d’anglais. Et puis, comme il n’y avait pas d’études au-delà du BTS de commerce international m’intéressant, j’ai décidé de rentrer très vite dans la vie active en tant qu’ingénieure commerciale dans les métiers informatiques. Donc tout ce qui était édition de logiciels. Et puis ensuite, très rapidement, je me suis fait démarcher par des ingénieurs commerciaux qui étaient plutôt liés au métier de la prestation de services en informatique. Donc, vous vous doutez bien, c’est pas tout à fait dans le Pays Basque qu’il y a ces métiers-là. Donc je suis née en banlieue parisienne. Et j’ai fait toute mon avancée sur ces métiers-là, sur la région parisienne et Paris-Intramuros. Et puis un jour, j’ai eu envie de changer. Déjà depuis longtemps, depuis mes 20 ans, je voulais aller vivre en Espagne. Donc j’avais vraiment le souhait très très fort de m’exiler de la région parisienne, qui ne me correspondait pas tout à fait. Je me suis adaptée, j’ai fait ma vie maritale, j’ai créé ma famille là-bas. Et puis un beau jour, j’ai décidé de changer de vie. Et d’aller vers un ailleurs. Un ailleurs où je pouvais plutôt me réaliser par moi-même. Sortir du monde salarial. Et je crois que d’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu créer quelque chose par moi-même. Quand je suis arrivée dans le Pays Basque, j’avoue, je n’avais pas grande idée de ce que je voulais faire. Je voulais juste réinitialiser un petit peu tout mon état d’esprit. Revenir un petit peu vers la nature. Et puis bon, j’ai quand même, je ne sais pas si on peut appeler ça karma, mais en tout cas un fonctionnement où je ne ne me laisse pas trop le temps de me reposer. Et au bout d’un mois, moi, j’avais emménagé à côté de Cap-Breton. Et j’ai eu cette idée folle en étant dans mon linge. J’avais un très, très grand fil à linge dans mon jardin qui était immense. J’ai eu un eurêka. J’ai dit à mes fils, ça y est, je sais ce que je veux faire. Je vais monter un café laverie. Je ne savais pas vraiment ce que ça voulait dire, mais j’avais déjà une idée bien précise de ce que ça voulait dire pour moi. Et l’idée, c’était vraiment de créer un lieu de vie où on aurait eu pour prétexte d’aller laver son linge. Finalement, laver son linge, ça devient un prétexte. Ça devient une raison pour se retrouver. Une raison très, très forte. Donc, j’ai commencé à en parler. Mon fils aîné m’a tout de suite aidée à trouver le prix des machines. J’ai dit, attends, on va respirer. On va respirer. Et puis, du coup, le projet s’est vite, vite monté dans mon esprit. Ça a été assez fulgurant. Et je croyais que j’allais ouvrir six mois après, évidemment. Ce qui n’était absolument pas le cas. Voilà, la suite a été que j’ai été voir dans un premier temps un café création. Je n’ai pas dit que j’étais maman. Je suis maman de deux garçons qui ont aujourd’hui 19 et 21 ans et qui avaient, à l’époque du projet, 13 et 15 ans. Donc, j’ai été voir un café création à Capbreton. Donc, à l’époque, j’étais quand même très sceptique à l’idée de partager mon projet parce que j’avais tellement peur qu’on le fauche que je ne voulais pas.
Katia : L’idée, tu veux dire, qu’on te prenne ton idée ?
Cécile : Oui, exactement. Je pensais que dès que j’allais en parler… Et puis, au final, non, ça m’a beaucoup aidée d’aller voir ce café création. J’ai rencontré une banque, un expert-comptable, un avocat, Pôle emploi. Enfin, maintenant, je fais un travail. Et tout ça, ça m’a aidée à me construire et à me diriger aussi vers la CCI.
Katia : Alors, le café création, qu’est-ce que c’est ? Un lieu qui permet de rencontrer tous les partenaires qui peuvent t’aider à développer ton projet ?
Cécile : En fait, le café création, j’ai découvert ça ici. Parce que, bon, avant, je n’étais pas dans la création d’entreprise. Mais c’est un moment qui est organisé par plusieurs interlocuteurs, effectivement, qui aident à la création d’entreprise et qui se retrouvent dans un lieu public comme le café à l’époque. Je ne vais peut-être pas le citer. Je ne sais pas si c’est utile.
Katia : Comme tu veux.
Cécile : À l’époque, c’était au Café Belharra à Capbreton. Tu y rencontres plein de créateurs d’entreprise et des interlocuteurs clés qui vont t’aider à mener ta réflexion sur ton projet. Donc, moi, j’étais en pleine ébullition à l’époque. Bon, je ne suis pas trop descendue. Mais du coup, ça m’a aidée à y voir plus clair et à me diriger vers la CCI de Bayonne puisque mon projet, pour moi, c’était inéluctable. C’était inéluctable que ça se passe à Bayonne étant donné que c’est une grande ville de province. Mais en tout cas, c’était la plus grande ville proche de chez moi. Je me suis dit, pour créer mon concept, il faut du flux quand même. Il faut un flux. Il faut que je puisse… J’aurais besoin de salariés pour monter ce projet-là, pour que les salariés vivent, pour que je puisse créer de l’emploi. Il me faut un flux.
Katia : C’est un endroit que tu connaissais déjà ? Je veux dire. Bayonne, c’est une ville que tu connaissais déjà ?
Cécile : Non, mais pas du tout. Alors, moi, je suis arrivée dans la région. Mais alors, vraiment, ne m’en voulez pas. Mais j’avais besoin d’ailleurs, en fait. Et j’aime beaucoup cette perspective d’atterrir dans un ailleurs pour me créer, en fait, pour me repenser. C’est comme un reset, en fait. Donc ça, j’en avais grandement besoin. Et j’en ai besoin de façon cyclique. À un moment donné, j’ai besoin de renouveau. J’ai besoin de rencontrer des gens. Ça me fait vivre. Voilà, je suis très curieuse de rencontrer les gens, de découvrir leur univers, de savoir comment ils fonctionnent. Et c’était très plaisant. Le démarrage du projet a été très plaisant. Découvrir Bayonne, la ville, les gens, comment ils fonctionnent, comment ils nous reçoivent. Est-ce que c’est sur la durée ? Est-ce que c’est one-shot ? Enfin, il y a plein d’attitudes et de comportements. Et j’aime beaucoup cette ville parce qu’elle est de taille raisonnable. Et finalement, ça représente comme un arrondissement. C’est vraiment une vie de quartier, en fait. Donc, c’est assez plaisant. Et dans le Spot du linge, dans le concept que j’ai créé, on retrouve vraiment cette communauté que j’ai créée. Et puis, je me suis rendue compte, en fait, que même dans un coin de rue différent, il y a des modes de vie. Il y a un lieu de vie qui crée finalement un autre café que le Spot du linge. Mais ça peut être dans le boulevard Jean Jaurès, à côté de la prison. Ça peut être en centre-ville de Bayonne. Et du coup, chacun a ses habitudes et c’est vraiment à quelques pas de l’art, en fait. Donc, on arrive à se créer une communauté. Donc, ça, c’est hyper intéressant. C’est très, très riche de rencontres.
Katia : Et pourquoi le quartier de la gare ? Parce que c’est quand même un des quartiers les plus populaires de Bayonne. Il y a quelques années en arrière, il n’y avait peut-être pas la même, comment dire, notoriété, si on peut dire qu’aujourd’hui, parce que le quartier a sacrément évolué. Il y a eu beaucoup de réhabilitation, de réaménagement. On voit la gare aussi. Ils ont fait des travaux incroyables sur le parvis de la gare, l’intérieur. Il y a des constructions. C’est un quartier qui est en pleine ébullition.

Cécile : En pleine ébullition, oui. En pleine redynamisation. Et la mairie a beaucoup ouvré. Alors, pourquoi le quartier de la gare ? Alors, en fait, moi, je suis challenger dans la vie. J’aime le challenge. Et je crois qu’il n’y a pas un moment dans ma vie où je n’ai pas relevé des challenges. Je crois que ma dernière boîte, le directeur commercial qui m’avait reçue, m’avait dit, bon, alors, c’est un peu un bateau qui coule, mais on n’a besoin de personne pour le relever. Donc, j’avais accepté le deal et contribué. J’ai participé, parce que je n’ai pas la velléité de quoi que ce soit. Mais en tout cas, j’aime participer à des projets challengeants comme celui-ci. Le quartier de la gare, moi, j’ai trouvé super sympa parce que je trouve que la gare est super belle. Enfin, je trouve que ce quartier est magnifique. Donc, c’est vrai que je suis arrivée en plein milieu des travaux. Mais je voyais déjà le potentiel. Je me suis dit, bon, c’est cool parce qu’en fait, c’est vraiment hyper aéré. Et je me suis dit que, en fait, je vais rebooter directement par rapport à une phrase qu’un client m’a dit au bout d’un mois d’ouverture. C’était assez pertinent, assez choquant et assez désagréable pour le quartier, mais assez parlant. Ce client venant de Biarritz me dit : « Mais pourquoi, c’est trop beau ce que vous avez fait ? Mais pourquoi vous l’avez créé ici ? Pourquoi dans le quartier Saint-Esprit ? » Et là, j’étais choquée de recevoir cette réflexion. Je lui ai dit : « Bah écoutez, merci de me dire que c’est trop beau, ça me fait plaisir. Je viens d’ouvrir. Néanmoins, pourquoi je ne l’aurais pas créé ici ? Pourquoi les gens du quartier Saint-Esprit, dit quartier populaire, n’auraient pas droit à un joli lieu où se retrouver tout simplement ? Pourquoi ici plus qu’ailleurs ? Pourquoi à Biarritz plus qu’ailleurs ? Pourquoi ? Pourquoi pas ? » Donc ça, ça m’avait beaucoup frappée. Et moi, je suis partisante du fait qu’on ne devrait pas avoir à faire de différence entre des quartiers et que tout le monde a droit à des beaux endroits. Alors bon, moi, je ne pense pas que mon endroit soit un endroit magnifique. Ce n’est pas un palace, c’est un endroit comme à la maison. Et l’idée, c’était vraiment de partager un peu de mes valeurs, que ce soit ici ou ailleurs, en fait. J’aimais bien, moi, ce quartier quand j’y suis arrivée et je l’apprécie toujours autant pour la diversité des profils que j’ai rencontrés. J’ai rencontré des gueules, des tronches qu’on peut dire de quartier. Des gens qui sont aussi appréciés que pas appréciés. On peut le dire aussi comme ça. Il y a de tout. Et c’est ça qui fait la richesse de ce quartier. Et c’est un quartier en pleine redynamisation. La mairie a beaucoup ouvré pour le rendre tel qu’il est aujourd’hui. Parce que bon, effectivement, c’est un quartier qui jouit d’un passif pas facile. Nombreuses ont été les personnes à me dire, mais non, il ne faut pas t’installer au quartier Saint-Esprit. Ça craint, etc. J’ai dit, moi, je m’en fiche. Quand j’ai vu le quartier, j’ai constaté par moi-même que ce n’était pas un quartier de gare de banlieue parisienne, pardon de le dire, mais en banlieue parisienne, il y en a des quartiers qui craignent. Ici, franchement, c’est lumineux. Les gens ont l’air de se balader.
Katia : Oui, comme si c’était le quartier le plus mal famé de Bayonne.
Cécile : Ah non, non, non. Je vais faire un petit clin d’œil à des Bayonnais que j’ai rencontrés lors d’une soirée. Si vous m’entendez, coucou. C’était une soirée où j’ai vécu un petit moment de solitude. Je rejoignais une soirée auto-entrepreneur qui s’organise régulièrement sur la Côte-Basque. Sauf que je ne devais pas être au bon endroit. Et du coup, je me fais inviter à une table et j’étais avec mon petit sac. J’avais tagué un petit sac, le Spot du linge. Et donc, je commençais à parler, je commençais à dire : « le Spot du linge, bonjour ». Et en fait, ce n’était pas du tout ça. Donc, j’ai senti que je n’étais pas à la bonne place. Et je leur ai dit non, mais en fait, je me suis trompée, c’est ça. Et les personnes m’ont dit ah oui, oui, effectivement, on est juste entre amis. On a vu que tu étais perdue, on t’a en proposé, etc. Ta soirée entrepreneur, ça doit être à un autre étage. Et donc, je vais à l’étage. Manque de bol, ce n’était pas du tout ça non plus. Donc, j’étais vraiment très éloignée de la soirée. Je n’avais pas le courage d’aller ailleurs. Donc, je suis restée. Je ne me suis incrustée dans la table initiale. Ils m’ont gardée avec eux. Et au bout d’un moment, les jeunes femmes se sont tournées vers moi et m’ont dit : « mais qu’est-ce que tu fais en vrai dans la vie, etc. » Je dis bah voilà, j’ai un café laverie à Saint-Esprit. Ah non, mais Saint-Esprit, nous, on n’y va pas. Au DIDAM, la dernière fois, il y avait une voiture de police. J’ai dit bah c’est plutôt rassurant qu’il y ait une voiture de police parce que ça veut dire que ça tourne et que ça surveille. Je trouve ça plutôt sain. Et je leur dis, je pense que dans le Petit Bayonne et dans le Grand Bayonne, honnêtement, on n’est pas éloigné des événements peut-être plus nombreux qu’à Saint-Esprit qui se sont déroulés à Saint-Esprit. Aujourd’hui, Saint-Esprit, c’est un quartier très aéré, surveillé, certes, parce que justement, il y a une vigilance parce qu’on n’a pas envie. Enfin, je pense que la mairie a envie de maintenir le niveau de bien-être qui s’y produit actuellement. C’est un quartier très agréable. Franchement, moi, je vois plein de nouveaux habitants qui viennent investir ce périmètre et c’est plutôt séduisant. Franchement, on a une belle clientèle. Les gens sont polis, serviables, ça passe. Franchement, je n’en ai rien à redire sur ce quartier.
Katia : Oui, ça dit combien il est porteur de représentation. Enfin, la peur, j’entends la peur dans le discours aussi.
Cécile : Oui, mais on parle d’un temps révolu, là. Il faut parler d’un temps révolu. Le quartier Saint-Esprit a été réhabilité. Il y a eu un gros coup de balai qui a été fait. Venez voir, surtout, parce qu’effectivement, il y a plein de belles adresses qui se sont installées. Sur le quartier Saint-Esprit, on a le Corail, l’hôtel Côte-Basque, là où on est aujourd’hui, qui est un très bel établissement.
Katia : Alors, le Corail, c’est le café qui a été réaménagé à la gare, qui propose un espace de coworking qui est effectivement…
Cécile : Oui, oui, tout à fait. Donc, il y a vraiment des belles adresses. On y mange très bien aussi. Toute la rue Sainte-Catherine aussi, qui est une rue piétonne, commerçante, qui est aussi réaménagée, réinvestie, il y a de belles adresses. On ne parle pas du Relief parce que, bon, ça devient une nationalité connue, il y a aussi Don Hernan, le restaurant argentin, et puis il y a la pizzeria tout au bout de… Avec Laurent et Pizza et compagnie. Enfin, il y a quand même pas mal d’adresses. Il y a Kitoko, à la rue Maubec, qu’on n’oublie pas. Il y a le Vo Vo. Enfin, bon, il y a quand même quelques belles adresses qui font la notoriété de ce quartier et qui sont des adresses qui se maintiennent malgré la crise, malgré tout ce qui s’est passé. Ce sont des adresses qui sont vraiment à visiter. C’est un quartier populaire.
Katia : C’est presque the place to be.
Cécile : Moi, je trouve que c’est un beau quartier, franchement. Et il est aéré. En plus, on n’est pas dans quelque chose de serré, en fait. Je ne sais pas comment le dire autrement.
Katia : Je ne sais pas ce qu’il en est, mais il y a de gros projets immobiliers aussi en perspective dans les vieux bâtiments le long de…
Cécile : On a hâte que ça se réhabilite. Il y a une maison des seniors aussi qui s’est ouverte. Et puis, il y a juste à côté l’hôtel Côte-Basque. Et le magasin de vélo.
Katia : C’est quoi ? Une résidence autonomie ?
Cécile : C’est une résidence et service pour personnes âgées qui vient juste de s’ouvrir. On n’a pas parlé du Monte-Carlo, évidemment, mais il y a le Monte-Carlo. Il y a des adresses qui restent, qui sont implantées ici depuis longue date et qui font le cœur de ville de ce quartier de Bayonne. On peut dire un deuxième cœur de ville, mais on est à Bayonne. Ne l’oubliez pas, on est à Bayonne, on est à l’entrée de la gare. La gare est plongée dans la ville. Donc, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que dès lors que vous descendez du train, vous êtes dans le cœur de ville de Bayonne. Il faut passer le pont Saint-Esprit pour découvrir les Halles, etc. Mais on est dans le cœur de ville de Bayonne pour moi.
Katia : J’ai l’impression de redécouvrir ce quartier-là. Je n’y venais pas au demeurant, vraiment, jusque-là. Là, j’ai eu l’occasion plusieurs fois de venir justement au Korail pour des rendez-vous professionnels ou te rencontrer pour caler le rendez-vous pour aujourd’hui. J’ai même laissé ma voiture à Ondres pour prendre le tram’bus. J’ai eu plaisir même de venir en tram et de me poser, de redécouvrir ce quartier-là et de voir comment il a évolué. Je me souviens, il y a quelques années, je faisais partie de la Croix-Rouge et on faisait les Maraudes et il n’y avait pas encore toute cette réhabilitation. Je pense que je n’ai pas connu ce temps-là
Cécile : C’est un quartier safe. Il peut m’arriver de rentrer très tôt comme très tard, même dans la nuit, de Bayonne. Enfin, peu importe d’où je viens et à quelle heure je rentre, personne n’est inquiété ici. C’est un quartier sous caméra, sous surveillance. Donc, honnêtement, je vous invite à venir découvrir le quartier Saint-Esprit.

Katia : Et comment a été accueilli ton café laverie par les habitants du quartier ?
Cécile : Alors, moi, j’ai été super bien accueillie. Franchement, je ne peux pas dire le contraire. J’ai eu que des grands sourires très rapidement. Ma plus grande frayeur, c’était qu’on rentre et qu’on pose plein de questions. Alors, ça a été le cas. Mais mes plus grandes récompenses, ça a été, quand les gens rentraient et s’installaient directement. Ça a été mon kiff. Ou alors, ils s’installaient… Alors, au début, c’était le comptoir, parce qu’après, on a eu la période Covid, on ne pouvait plus s’installer au comptoir. Mais quand les gens se sont installés au comptoir et qu’en fait, ils commençaient à parler avec moi… Alors, moi, je viens d’un autre monde. Alors, j’ai une affaire, un SS2I, dit, entre guillemets, commercial grand compte. Donc, il n’y a rien de super valorisant. J’étais sur un autre schéma. J’avais besoin de cette relation simplifiée avec les gens. Et très rapidement, les gens se sont mis au comptoir, ont pris leur café et ont commencé à parler avec moi. Ça m’a fait du bien autant qu’à eux, en fait. Déjà, je ne suis plus perché sur mes talons de 12. Donc, je suis descendue de ma hauteur, entre guillemets, j’étais quand même dans les codes… Les codes nécessaires à mon ancien métier. Et on a commencé à parler, à échanger sur nos vies. C’est bien. Parce qu’en fait, l’essentiel, il est là. Je pense que tout le monde a besoin de parler de sa vie, à un moment donné ou à un autre. Et que nous, commerçants, lieu de vie, lieu d’accueil, on puisse être à l’écoute des problématiques de chacun, sans forcément pouvoir y apporter une réponse parce qu’on n’est pas la clé de tout. Mais de pouvoir juste tendre une oreille attentive avec sourire et bienveillance, ben ça, ça fait du bien aux gens. Donc, on a une partie d’écoute dite sociale, on va dire. Oui, mais ça nous fait du bien. Ça fait du bien à tout le monde.
Katia : Tu as des habitués qui viennent prendre leur café le matin, tous les jours ?
Cécile : Alors, on a changé nos horaires d’ouverture. Au début, on ouvrait très tôt, entre 7h et 9h. Et puis, ça a changé au fil de l’eau, au fil des mouvements, des aléas du Covid, etc. Et puis, du coup, on a décidé d’organiser un peu mieux les horaires d’ouverture. Donc, on a, oui, des habitués. Avant, on avait les habitués café. Et aujourd’hui, on a d’autres habitués. Mais on a quand même un noyau qui circule et qui sont des habitués. Et ce sont des relations fortes. Ce sont des belles relations. Des relations où on a cette écoute, cet échange, en fait. Et c’est pour ça que je parle de communauté. Parce que je pense qu’après, on crée quelque chose qui nous ressemble et si vous offrez de la bienveillance, vous avez de la bienveillance en retour. Et Dieu sait que moi, alors je ne suis pas croyante, donc j’utilise cette formule, mais Dieu sait qu’aujourd’hui, j’ai beaucoup de bienveillance autour de moi. J’ai mes bienveillants. Et oui, on a pas mal d’habitués qui viennent, qui reviennent. Et puis, on a des gens qui sont nouveaux. À chaque fois, tous les jours, on a des nouveaux clients. Et puis, ces nouveaux clients reviennent. Donc, deviennent des habitués. C’est un petit cercle vertueux.
Katia : Que disent-ils de ton lieu ?
Cécile : Que c’est comme à la maison. Souvent, ce qui revient souvent, c’est comme à la maison.
Katia : Et c’est ce que tu mets en avant, toi aussi, dans ton concept ? Comme à la maison.
Cécile : Ah oui, oui. C’est essentiel pour moi. Dans la déco, dans ce que tu proposes.
Cécile : Puis même dans ma façon d’être, clairement. C’est une nature. C’est pas très conventionnel pour certains. Alors, une fois, ah tiens, j’ai une anecdote là-dessus. Une fois, j’ai une dame qui est venue prendre une quiche salade et un café. Donc, nous, on pose plein de questions parce qu’on veut s’occuper du bien-être des clients et en général, les clients ne s’en plaignent pas. Et souvent, j’avais remarqué que les personnes ne prenaient pas de sucre pour leur café. Donc, mes questions vont est-ce que la quiche est assez chaude ? Si c’est pas assez chaud, vous nous le dites. Et puis, si vous voulez pas de sucre à votre café, est-ce que vous voulez du sucre ou pas ? La dame commence à s’agacer. Elle me dit, mais vous allez me poser tant de questions comme ça ? Je suis venue pour manger, laissez-moi tranquille. Je dis, écoutez, madame, je suis désolée que notre accueil ne vous plaise pas. Pourtant, il est de notoriété connue qu’en général, on est agréable avec tout le monde. Je lui dis, écoutez, si ça ne vous convient pas, ne revenez pas. Elle me dit, je ne reviendrai pas. Je dis, écoutez, OK. Donc, il y a des gens aussi à qui ça peut surprendre d’avoir autant de bienveillance. On n’en fait pas des caisses, clairement, c’est pas l’objectif. C’est juste, moi, j’ai décidé que, de ne pas être dans des conventions. Aujourd’hui, on n’est pas un hôtel grand luxe, on n’est pas un restaurant grand luxe. C’est ce que je voulais créer.
Katia : Oui, de créer une forme de proximité avec tes clients, dans le contact, dans les échanges.
Cécile : En fait, ce qui m’importe, moi, aujourd’hui, dans ma conception du commerce, c’est des choses peut-être qui m’ont manqué dans le commerce que j’ai fréquenté, dans les commerces que j’ai fréquentés. C’est vraiment la considération des gens. C’est de se dire, déjà, avoir un accueil souriant, bonjour, et que ce bonjour soit dans les deux sens. La personne qui rentre nous dit bonjour. Avec un sourire, ça nous fait plaisir autant que quand nous, on le prodigue, qu’on demande effectivement si les gens vont bien, comment ils passent leur journée. Alors, on essaye de ne pas trop être intrusif, on peut l’être parfois. Mais ça va avec, voilà, de s’enquérir, de savoir est-ce que la personne va bien ? Si elle n’a pas envie de discuter, ce n’est pas grave, on a compris. Si elle a envie de discuter, on est là. Alors, on ne va pas discuter pendant des heures, sauf si vraiment, il n’y a personne et que c’est un moment tranquille, ce qui peut arriver, mais c’est un moment pour dire, voilà, on est là pour que vous passiez un bon moment, et pas autre chose. Mais ce ne sont pas de simples consommateurs. Voilà, pour moi, mais parce que je pense qu’on a tous besoin de cette considération. Clairement, on en parlait tout à l’heure avec Jonathan parce que la semaine dernière, j’ai eu un client qui m’a claqué des doigts. Il a passé la porte et il m’a dit j’étais au fond de la salle dans la laverie en train de plier du linge et il a claqué des doigts en me disant à peine bonjour, café. J’ai réagi et je lui ai dit écoutez monsieur, bonjour. Et il n’a pas dit bonjour. Et je lui ai dit écoutez, moi je ne suis pas là, on ne claque pas des doigts. Je suis une personne devant vous. Donc, soit vous êtes poli et je viens vous voir, soit vous n’êtes pas poli et vous tournez les talons et vous allez voir une autre personne qui vous intéresse. Voilà. Moi, je pense qu’aujourd’hui, tout le monde, y compris les salariés, les gens qui travaillent, ont besoin de cette considération et de cette bienveillance. C’est ma vision des choses, ça n’engage que moi. Mais un sourire ne coûte rien. C’est encore la chose gratuite qu’on peut offrir au monde aujourd’hui. Donc, s’il vous plaît, dites-nous bonjour avec un sourire, ça nous fait plaisir et on vous le rendra tellement plus fort.
Katia : Et qu’a-t-il fait ?
Cécile : Il est parti fâché. Ce n’est pas grave, ce n’est pas notre clientèle. Après, moi, je n’ai pas franchement envie, je ne sais pas si c’est bien ou pas de dire ça, mais je n’ai pas envie de faire cet effort que d’alimenter des gens qui n’ont pas les codes de respect que moi, je propose. Je pense qu’on a besoin de respect et de considération. Ça, c’est un sujet sur lequel j’aurais du mal à changer d’avis.

Katia : Se faire claquer les doigts comme ça, appeler en se faisant claquer les doigts ?
Cécile : Oui, non, mais voilà, enfin non, ce n’est pas tolérable. Enfin, je veux dire, on est un commerce, on n’est pas des malotrus, il faut respecter chacun. Et c’est des valeurs, je pense que dans mon lieu, j’essaye de maintenir les valeurs avec lesquelles j’ai été éduquée aussi quelque part. Justement,
Katia : Quelles sont les valeurs que tu essayes de faire valoir ?
Cécile : C’est ça, les règles de politesse, de bienveillance, de bienséance, de savoir-être, de considération de l’autre, d’être dans l’écoute et de savoir être dans le service, mais avec respect. Respect, c’est très important. Et c’est pouvoir être à l’écoute. Il y a des gens, ils ont des problématiques qui ne sont jamais les nôtres, mais d’être toujours dans l’écoute pour essayer de trouver des solutions. Après, parfois, on ne peut pas trouver de solution parce que soit la personne est entêtée, soit elle n’a pas envie d’écouter. Donc là, on ne peut plus rien faire. Je veux dire, à un moment donné, moi, aujourd’hui, je n’ai pas forcément envie de rentrer dans un jeu où il va y avoir une prise de pouvoir sur quiconque. Ça ne m’intéresse pas.
Katia : Tu proposes des soirées à thème, karaoké, rencontres, il y a des concerts, du théâtre. L’art et la culture s’invitent aussi au Café Laverie. Il y a eu aussi, par le passé, des soins esthétiques. Tu as eu proposé plein de choses.
Cécile : Oui, oui. C’est-à-dire que j’ai un esprit qui fuse en fait. C’est vrai que ça bouillonne pas mal. Ça ne s’arrête pas. Mais il y avait un fil conducteur dans la création de ce concept. Bon, c’est la faute à pas de chance, on a démarré à la veille du Covid. Donc là où ça aurait pu prendre de l’élan, le Covid a tout bousculé. Du coup, j’ai préféré amputer et squeezer la partie beauté express qui était dans le concept pour la mettre au profit des événements culturels et musicaux. Et c’est vrai que finalement, on y a gagné très rapidement en espace. Bizarrement, quand j’ai enlevé l’espace, j’ai mis une table et des chaises à la place. J’ai gardé le fauteuil. Et le miroir. Mais très rapidement, comme l’espace est près de la laverie, du coup, les gens, les premiers clients se sont mis directement dans ce coin-là. Donc, ça m’a beaucoup rassurée. Et finalement, j’ai très vite oublié l’espace beauté. C’était très sympathique. C’était un petit boudoir très actif, très mignon, qui était un lieu qui me coûtait beaucoup d’argent. Mais comme je suis un peu têtue, je suis allée jusqu’au bout de mon idée. Jusqu’au jour où j’ai décidé d’avancer et de dire j’ampute et je continue d’avancer. C’était ça. On mourait. Donc, le spot du l’air, je ne devais pas mourir. Donc, il devait continuer d’exister. Et c’est vrai qu’aujourd’hui, je suis très contente d’avoir validé cette décision avec l’équipe des 15 personnes qui m’habitent. Parce que souvent, quand on est entrepreneur, on est tout seul à décider. Et parce que, du coup, on peut accueillir beaucoup plus de monde pour les concerts intimistes qu’on propose, qui sont effectivement variés parce que l’objectif, c’est pas de cloisonner un seul style de musique. Par exemple, de vendredi soir. On est quel jour là ?
Katia : On est mercredi.
Cécile : On est mercredi. Voilà, vendredi soir, on a le groupe Alma Flores qui est un groupe latin avec Jérémy qui vient en mode de voix guitare. Donc, ça va être un moment comme on les aime, voilà, avec un petit public, certes, mais public grandissant. Quand il y a des concerts intimistes comme ça, c’est un public qui est attentif. C’est ça que j’aime bien proposer aussi aux artistes. Il faut savoir que c’est souvent au chapeau. Et puis, on a de plus en plus d’artistes qui viennent frapper à ma porte pour savoir s’ils peuvent jouer. Donc, ça, c’est hyper flatteur.
Katia : Oui, parce que là, on vient les écouter. Ils ne viennent pas faire l’animation musicale du lieu.
Cécile : Oui, voilà, c’est ça.
Katia : On vient spécifiquement pour les écouter.
Cécile : En fait, ils ne sont pas mis dans un coin. Et on est vraiment dans les écoutes. Parce que même quand les gens mangent, j’essaye de leur dire de venir avant pour manger. Comme ça, les bruits de fourchettes, etc., on évite. Et puis après, ils sont vraiment dans les écoutes. On peut boire des verres sur place. Bon, à bon entendeur, on a la licence 4. Donc, vous pouvez venir sans problème. Et puis après, on a des soirées rencontres comme samedi. Là, on en a une le 23. Donc, l’idée, c’est de venir se rencontrer.
Katia : Alors, ce n’est pas forcément des soirées que célibataires.
Cécile : Oui, c’est ça. Parce que souvent, rencontre, c’est assimilé à célibataire. Non, j’ai mis rencontre avec un S. Parce que vous pouvez venir en couple, avoir envie d’élargir votre réseau. Vous pouvez être nouvel habitant du quartier Saint-Esprit ou de Bayonne et vous dire, tiens, ce lieu m’intéresse et pourquoi pas découvrir ce lieu et y rencontrer. Il y a beaucoup de personnes qui me disent, non, mais moi, je suis seule, je viens par un artiste qui va se reconnaître, qui va exposer en décembre. Je suis trop contente qu’il vienne exposer. Je ne le citerai pas parce que je fais du teasing. D’accord, on attendra. On se reconnectera en fin d’année. Comme ça, vous allez chercher qui va venir en décembre. Il n’est pas encore annoncé, mais ça ne va pas tarder. Et du coup, lui me dit, non, mais j’aimerais trop venir, mais je suis tout seul, donc je vais appeler des potes. Et je dis, non, n’appelle pas des potes si tu veux rencontrer des gens. Et par mon expérience personnelle, depuis toute jeune, à chaque fois que j’ai pris des vacances, je les ai prises sans amis, sans famille. Je n’ai jamais eu peur d’aller vers l’autre. Et du coup, c’est comme ça qu’on rencontre les gens. Si on est avec une amie, un copain, un groupe, etc., on va rester cloisonné. On ne peut pas aller discuter avec les gens. C’est impossible. Alors que là, si vous venez seul, là, c’est sûr, vous faites des rencontres. On a un jeune homme qui est arrivé il y a deux mois dans le quartier Saint-Esprit. Il vient régulièrement à nos soirées, à la trentaine. Il est content de venir. Il boit un verre. Il me dit, je suis content d’avoir découvert ce lieu-là. Et puis, il n’est fait sûrement pas que le nôtre. Et bien, heureusement pour lui. En tout cas, on le voit régulièrement. Et s’il n’était pas venu ce soir-là, il n’aurait pas fait des connaissances. Donc moi, mon rôle, en tout cas celui que je me suis attribué, ce n’est pas d’être en sorte de fédérer du lien social. Ça, ça m’intéresse parce que j’adore voir les gens se rencontrer, se regarder, rire et vivre une vraie vie, en fait. On est combien devant nos téléphones portables à regarder ce qui se passe sur la vie des autres, surtout, et de ne pas la vivre en vrai. Donc ça, c’est compliqué.
Katia : Oui, peut-être ce qui nous a manqué ces dernières années. Donc tu permets justement à ce qu’on se reconnecte les uns les autres et en se rencontrant dans la vraie vie en sortant du virtuel. C’est ça. Super initiative.
Cécile : Merci beaucoup.

Katia : Qu’est-ce que tu aurais envie de dire à la petite Cécile ?
Cécile : À la petite Cécile, la petite fille ? Alors, aie confiance en toi. Alors là, c’est intime. C’est vrai, on ne s’attend pas à ce qu’il y ait des choses qui remontent comme ça.
Katia : C’est une question qui peut bousculer. Même si je vous la donne en amont, il n’empêche qu’au moment où je vous la pose, effectivement, ça génère des émotions.
Cécile : Mais ça y est, je me souviens, j’ai été interviewée par Côte Sud FM il y a un an. Il n’y a pas si longtemps que ça. Et pareil, elle m’a posé des questions. Ça m’a fait remonter des souvenirs. Mais alors, qu’est-ce que je dirais ? Je dirais, aie confiance en toi. Alors, j’ai beaucoup fait, beaucoup travaillé pendant toutes ces années passées entre l’adolescence et hier, veille du spot du Linge, sur travailler la différence entre l’estime de soi et la confiance en soi. Je crois que fondamentalement, je n’ai jamais manqué de confiance en moi parce que j’ai jamais eu peur d’aller au-devant de mes peurs, d’affronter des challenges, par exemple. Donc ça, c’est de la confiance en soi. en fait, le plus difficile, c’est le regard qu’on porte sur soi. Et ça, c’est un peu plus introspectif. Et je dirais, et c’est vrai que ça fait monter des émotions. Merci beaucoup, Katia.
Katia : Tu n’es pas obligée de répondre.
Cécile : Mais ça fait remonter un travail sur soi. Mais si je devais passer un message, vraiment, soyez vous-même et ne vous comparez pas à personne d’autre parce que vous valez ce que vous êtes. Ça peut paraître basique comme mot. Faites-vous confiance et estimez-vous à votre juste valeur. Vous avez des défauts et des qualités et personne ne peut vous les enlever. Vous pouvez juste évoluer et les accepter et vous aimer tel que vous êtes. Et ça, ça sera déjà très bien. Merci, Katia.
Le Nouveau Monde selon Cécile Joyeux, du Spot du linge
Katia : Merci à toi. Alors, on est obligé d’écourter aujourd’hui. On aura l’occasion de se voir une autre fois. Mais bon, la vie fait qu’aujourd’hui, on se retrouve avec un temps restreint. Je t’ai invitée aujourd’hui parce que je donne la parole aux acteurs du Nouveau Monde. J’aimais bien, effectivement, l’idée que tu puisses vouloir fédérer, créer une communauté, créer du lien, rassembler autour de ton concept. C’est quoi pour toi le Nouveau Monde ?
Cécile : Déjà, on jette les portables ou alors, on les utilise juste pour savoir quels sont les événements qui fédèrent du lien social. Je pense qu’on s’est fait happer par Internet et on ne sait pas du tout l’utiliser. À bon escient, il n’y a pas eu de guide défini parce qu’en fait, de toute façon, c’était une grande inconnue. Le monde de demain, c’est plutôt un monde à moi idéalisé, mais c’est qu’il est trop idéalisé, en fait.
Katia : Mais ce n’est pas grave, vas-y !
Cécile : C’est que les gens arrêtent de se tirer dans les pattes pour un oui, pour un non, qu’il n’y ait plus de méchanceté gratuite et qu’on puisse avancer ensemble. C’est un bien grand projet, ça. Parce que, l’humain est fait de malfaçons, de naissances inégales. Enfin, on n’est pas tous nés égaux. Et de ce fait, c’est ce qui crée des mal-être, etc. Alors, allez voir tout simple-ci une fois dans votre vie, ça vous ferait du bien. Vous posez votre karma et puis, voilà, vous faites le check de qui vous êtes, comment vous pouvez avancer en faisant du bien autour de vous et pas en faisant du mal, quoi. Et ça, ça sera déjà un énorme pas. Et ça, serrez-vous la main, dites-vous des mots gentils tous les jours, quoi, à vos voisins, aux gens. Tiens, la dernière fois, c’était la journée du droit international de la femme et je voyais une petite dame, c’est pas pour me valoriser que je dis ça, mais c’est moi, dans la rue, je souris aux gens, des fois, ils me sourient pas, c’est un truc de fou. Puis des fois, moi, je souris pas non plus parce que je suis dans mes pensées. Et je dis à cette dame qui avait la tête baissée et qui portait la lourdeur de sa vie sur ses épaules, je lui dis bonjour, madame, souriez. Aujourd’hui, tous vos droits, vous les avez acquis, relevez la tête et avancez, souriez, c’est la journée des droits internationaux de la femme. Voilà. Et du coup, elle avait le sourire, elle était contente. Voilà, c’est des petites actions, c’est juste sourire aux gens. Je pense que le sourire peut apporter beaucoup. Il change pas le monde. Mais il est communicatif. Mais au moins, si on peut ouvrir des sourires, c’est gratuit.
Katia : Comment est-ce que toi, tu penses pour apporter ta pierre à l’édifice, à ce monde idéalisé, idéalisé, idéaliste que tu as ?
Cécile : Comment je peux apporter ma pierre à l’édifice ?
Katia : Comment est-ce que tu l’apportes déjà ?
Cécile : Je pense que je l’apporte déjà dans le lieu parce que je communique tout mon être avec vous tous. Voilà, je crois que je peux pas donner plus.
Katia : Tu es pleinement toi, authentique.
Cécile : Oui. Je peux pas changer qui je suis. J’ai accepté qui j’étais avec mes qualités, mes défauts. Et je vous partage tout de moi dans ce lieu.
Katia : Et c’est aussi pour toi qu’on vient.
Cécile : Oui, alors, maintenant, on vient plus que pour moi, d’ailleurs. Ça va pas du tout. Non, si, c’est très, très bien parce qu’on vient aussi pour Jonathan, qui est une très belle personne qui est rentrée dans l’équipe depuis… Il va fêter ses un an au mois de juillet. Non, non, on ne viendra pas que pour moi, mais on viendra pour un état d’esprit. Ce que je souhaite, c’est qu’on vienne dans le spot du Lange pour un état d’esprit. C’est plus que des personnes. C’est sûr que les personnes véhiculent cette aide d’esprit, mais elles vont se démultiplier, ces personnes. L’objectif, peut-être, la démultiplier. Et quand on arrivera à démultiplier, ça sera génial. On sera cette participation à un monde meilleur. Bon, à petite échelle, on est d’accord.
Katia : Avant que je te propose mon portrait chinois, pour terminer, parce qu’il va falloir qu’on termine notre interview, est-ce qu’il y a une question que je ne t’ai pas posée que tu aurais aimé que je te pose ? Une question que tu aurais aimé que je te pose ? Parce qu’on n’a pas tout abordé là, aujourd’hui.
Cécile : Oui, bien sûr.
Katia : On est en train de teaser pour peut-être. Une prochaine vidéo. Avec grand plaisir.
Cécile : Je n’ai pas de questions. Est-ce qu’on mange au spot du linge ?
Katia : Alors, je l’ai cité dans l’intro rapidement, des encas sucrés salés faits maison.
Cécile : Alors, sachez, messieurs, dames, que nous mangeons au Spot du linge, que toute la cuisine est faite maison, qu’on vous propose en hiver des soupes, en été des gazpachos, des quiches faites maison, des lasagnes faites maison, des petits plats maison, une suggestion du jour, qu’on fait des desserts, tout est maison et que c’est très bon. En tout cas, les clients finissent leur plat à tel point que je n’ai même pas besoin de passer au lave-vaisselle. Voilà, on est très méconnus sur cette partie-là. Donc, est-ce qu’on fait à manger au spot du linge ?
Katia : Midi et soir ?
Cécile : Toute la journée, tant qu’il y a à manger. Et on reproduit tout fraîchement le lendemain. Merci pour cette question, Katia. Non, mais c’est vrai que les gens ne savent pas qu’on peut manger. Certains ne savent même pas qu’on peut boire un verre. Alors, on a la licence IV, donc on peut boire un verre et on peut manger au spot du linge. C’est vrai que, de but en blanc, les gens ne se disent pas tiens, on va manger à table, on va manger le midi à la laverie ou on va boire un verre alcoolisé à la laverie.
Katia : Mais oui, puisque c’est café-laverie, donc on a vraiment la représentation du café qu’on boit comme ça sur le pouce.
Cécile : C’est ça. Ce n’est pas restaurant-laverie ou brasserie-laverie. Mais alors bon, il y a des dénominations en France qui sont difficiles à traduire. Nous, on est en train de travailler, enfin actuellement, je pense que je peux en parler, on est en train de travailler sur comment justement améliorer cet axe de communication pour que vous le compreniez mieux. Café-laverie-repassage, c’est ce qui est indiqué aujourd’hui. Ça va certainement évoluer dans les mois à venir. Je ne peux pas dire exactement quand, mais on est en train de travailler dessus. Ce qu’il faut retenir, c’est que le concept a été créé sans licence 4, que la licence 4 est venue deux ans après. Donc, on a la licence 4 depuis 2021. Donc, on fait des cocktails, on sert des Ricards, on sert des bières à profusion, etc. Et, et Dieu sait qu’on fait la fête pendant toutes nos soirées. Et on fait à manger aussi. Donc, pourquoi manger ? Parce qu’en fait, quand j’ai créé le concept, je me suis dit que j’allais ouvrir entre midi et deux. Donc, il fallait bien substanter les gens. Donc, on ne fait pas de sandwich. L’objectif, ce n’était pas de faire du sandwich parce qu’il y a les boulangeries qui le vendent très bien ou les sandwicheries. Et moi, j’aime le fait maison. Je ne sais pas faire autrement que du fait maison. Donc, venez manger le fait maison parce que sinon, un jour, on sera obligé de changer le concept de venir manger.
Katia : Et c’est bien Cécile qui est au fourneau. Je l’ai vue à l’œuvre.
Cécile : Ah oui, oui, je suis tout à fait transparente là-dessus. Et voilà, ça continuera, j’espère, très longtemps. OK. On doit terminer. Merci beaucoup.
Le portrait chinois de Cécile Joyeux
Katia : On termine sur le portrait chinois. Peut-être, as-tu déjà fait ce jeu-là quand tu étais plus jeune ?
Cécile : Non, je sais que je suis déjà dragon, mais sinon.
Katia : Si tu étais un plat, justement, on parlait de manger.
Cécile : Un plat ? Ah oui, mais alors moi, j’ai des goûts très, très simples. Si j’étais un plat, je serais des noix de Saint-Jacques saisies à la poêle avec sel, poivre, ail et fricassé de haricots verts avec des girolles que j’adore tellement. Voilà, moi juste, ça, ça me fait plaisir. Est-ce que je serais ce plat ? Je ne sais pas, mais en tout cas, c’est mon plat préféré.
Cécile : On en dit des secrets à la radio, c’est un truc de fou.
Katia : Et si tu étais un livre ?
Cécile : Alors, si j’étais un livre je ne serais pas un livre, mais j’ai le souvenir d’avoir lu Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley, qui était un livre phare et qui était un livre très parlant, très avant-gardiste. Ça fait très longtemps que je ne l’ai pas lu. J’aimerais avoir le temps de lire, je ne lis plus parce que j’ai trop de choses dans la tête. Mais ouais, Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley, c’était un très, très beau livre qui m’avait beaucoup parlé.
Katia : Observe peut-être ce qui se passe autour de toi en ce moment. Il n’y a peut-être pas besoin de relire le bouquin.
Cécile : Ah non, il n’y a pas besoin de relire le bouquin, on est en plein dedans,
Katia : Donc tout va bien. Voilà, c’est ça.
Katia : Si tu étais un dicton ?
Cécile : Alors, le dicton qui me suit, qui me poursuit, que j’ai mis un temps fou à retenir, est-ce que je vais réussir à le dire ? Parce qu’à chaque fois, c’est celui que mon père m’a inculqué, mais que je n’arrive jamais à dire. Donc, « il n’est pas nécessaire d’espérer pour entreprendre ni de persévérer pour réussir ».
Katia : Il est joli, ce dicton. Il est de quelqu’un, de ton père ?
Cécile : Non, il me le disait. Alors, normalement, je crois que c’était Guillaume d’Orange. Pour avoir regardé un petit peu, je ne suis pas tout à fait sûre, mais en tout cas, de mémoire, c’était Guillaume d’Orange.
Katia : D’accord, je regarderai.
Cécile : Oui, il faudra vérifier quand même.
Katia : Si tu étais un film ?
Cécile : Alors, un film, là, c’est dur. Je ne sais pas, ma culture cinématographique est trop légère. Non, je n’ai pas de film comme ça qui me vient à l’esprit.
Katia : Si tu étais un super-héros ou une super-héroïne ?
Cécile : Je n’ai pas envie d’être un super-héros ou une super-héroïne. Je n’ai pas cette envie de performance. Je n’ai pas ce besoin-là non plus. Encore une fois, j’ai des besoins très simples. Je pense qu’il faut juste être humble dans la vie, c’est pas mal déjà. Que tout le monde avance avec humilité, force de travail, parce que le travail, c’est important. Moi, j’ai la valeur travail, clairement. Je pense que qu’on peut la réinculquer à la jeune génération, ça serait bien qu’ils soient capables de se retrousser des manches comme leurs parents ont fait, ça serait bien. Ça, c’est déjà pas mal, c’est déjà un super pouvoir si on arrive à faire ça.
Katia : Mais tu sais que quasiment aucun de mes invités n’ont donné de nom de super-héros ou super-héroïne.
Cécile : Ça me rassure sur l’humanité alors, parce que si on a des modèles cinématographiques en super-héros et super-héroïne, c’est compliqué.
Katia : Merci Cécile de ta participation.
Cécile : Merci infiniment de m’avoir laissé vous parler.
Retranscription effectuée à l’aide d’AutoScript.